Le C Star, navire de l’association « génération identitaire » vogue depuis plusieurs mois en mer Méditerranée sur fond de crise migratoire. A son bord, Allemands, Anglais, Français et Italiens veulent « défendre l’Europe » et cherchent à prendre certaines ONG la main dans le sac de leur complicité avec les passeurs.

Identitaires vs Pêcheurs tunisiens

Échangeant des noms d’oiseaux de bâbord à tribord avec les navires humanitaires, ils cherchent à révéler le « trafic d’êtres humains » derrière le généreux prétexte de l’altruisme. Occasionnellement, le vaisseau repêche des migrants pour les renvoyer aussitôt à domicile. Tous veulent faire passer le message « immigration is not welcome. »

Dimanche, l’équipée s’est opposée à une association de marins-pêcheurs tunisiens du port de Zarzis, au large de Djerba, voulant empêcher leur accostage. Le président des pêcheurs est un homme rodé à l’art de la guerre. Il dit suivre chacun des mouvements du vaisseau sur Internet et « à 80% ! ». Qu’il s’approche du port et « nous allons fermer le canal qui sert au ravitaillement. C’est la moindre des choses vu ce qui se passe en Méditerranée, la mort de musulmans et d’Africains ».

On pensait la décadence du jeu de société inéluctable ; comme son grand remplacement par le loisir numérique. C’était oublier qu’humanitaires et identitaires renouvelleraient le genre de la bataille navale par médias interposés.

Désormais, pour jouer à la nouvelle bataille navale, il faut donc :

  • Deux meilleurs ennemis : un humanitaire et un identitaire.
  • Un chalutier « Defend Europ » et une levée de fond sur Paypal pour mettre du Gazole dedans.
  • La croisière d’une ONG lucrativement humanitaire.
  • La grille d’une Europe envahie, numérotée de 1 à 10 horizontalement et de A à J verticalement.
  • Quelques millions de migrants sur pirogues.
  • Une crise migratoire transcontinentale ; la déstabilisation d’une région entière par l’effondrement des Etats, quatre ou cinq guerres civiles (néo)coloniales et une historique flambée de l’islamisme radical à travers le monde.

Précision : toutes les parties de bataille navale sont filmées et retransmises en direct.

Commencer une partie de nouvelle bataille navale :

Au début, chaque joueur définit son « plan com ». Le but étant de faire un maximum de « buzz » en compliquant la tâche de son adversaire, c’est-à-dire en le couvrant de ridicule tout en réussissant mettre son bateau à portée des caméras.

Une fois les bateaux en mer et les médias présents, la partie peut commencer.

Le déroulé d’une partie de nouvelle bataille navale :

Les joueurs doivent ramasser le plus de migrants possible pour les remettre dans le camp adverse : l’Europe pour le joueur humanitaire / l’Afrique pour le joueur identitaire.

Un pion dans le camp adverse rapporte cent « likes » sur Facebook. Le but est d’en accumuler le plus possible.

Précisions :

Le joueur humanitaire a toujours sept coups d’avance.

Par contre, le joueur identitaire doit obtenir un 6 aux dés avant de mettre son pion dans le camp adverse.

Comment gagner une partie de nouvelle bataille navale :

A la fin, on compte les « likes » sur Facebook. Le joueur qui en a obtenu le plus remporte la partie.

Attention : une partie de bataille navale s’arrête si le joueur identitaire est en train de gagner.

Astuces pour gagner une nouvelle bataille navale :

Pour le joueur humanitaire : utiliser les pêcheurs tunisiens pour piper le jet de dé du joueur identitaire et l’empêcher de mettre ses pions en Afrique.

Pour le joueur identitaire : écourter la partie, se faire une raison et changer de métier. Éventuellement accuser l’autre joueur de favoriser le trafic d’êtres humains.

Et l’on joue comme ça. Jusqu’à la prochaine fois.

Vous venez de lire un article en accès libre.
Causeur ne vit que par ses lecteurs, c’est la seule garantie de son indépendance.
Pour nous soutenir, achetez Causeur en kiosque ou abonnez-vous !
est étudiant et pigiste.