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Meghan et Harry: The Crown, nouvelle saison

La mise en scène de Meghan, Harry et Oprah ressemble à une série de fiction télévisée

Meghan et Harry: The Crown, nouvelle saison
Meghan interviewée à la télévision par Oprah Winfrey, le 7 mars 2021. AP22546261_000140 STRF/STAR MAX/IPx/AP/SIPA

L’interview que le duc et la duchesse de Sussex ont accordée à Oprah Winfrey, la doyenne des people américains, est un exercice cynique de manipulation leur permettant de régler leurs comptes avec la famille royale et d’alimenter leur compte en banque. 


Une jeune femme, l’air de l’héroïne d’un conte de fées hollywoodien, minaudant à souhait, les yeux papillonnants, prêts à se mouiller aux moments stratégiques, raconte sa vie à une interlocutrice, véritable incarnation de la conscience morale américaine, sorte d’idole trônant sur un siège de jardin, affublée de bésicles de hibou. Quand elle aborde des épisodes traumatiques ou évoque une conversation troublante, la simili-princesse hésite, laisse planer un silence momentané, feint de chercher les mots adéquats à son émotion. Plus tard, elle est rejointe par un jeune homme, dont elle tient la main. Corroborant plus ou moins les dires de son épouse, ce prince décontracté reste plutôt effacé: à la vérité, ce n’est pas un comédien de premier rang mais un simple figurant. Comme pour un épisode de The Crown, la série blockbuster de Netflix, on peut dire que le jeu des acteurs est passable et le décor – une villa de gagnant de loterie – relativement somptueux. Pourtant, les dialogues sont alambiqués et le scénario d’une incohérence manifeste.

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La cause des causes: le racisme

Les théologiens médiévaux parlaient de la « cause des causes », le principe qui est à l’origine de toutes les choses et de tous les événements. A leurs yeux, ce rôle incombait à Dieu. Moins naïfs, nos contemporains savent que c’est le racisme qui est la fons et origo de tout. Le racisme n’a pas vraiment besoin d’être expliqué, car c’est le racisme qui explique les autres phénomènes de la vie humaine. Dès qu’on postule que la raison pour quelque chose est le racisme, on est dispensé de chercher plus loin, de considérer d’autres facteurs. Meghan et Harry, en parfaits adeptes de cette scolastique moderne, ont écrit un scénario qui explique que, s’ils ont quitté la famille royale britannique, s’ils ont été rejetés par cette famille, c’est à cause du racisme, la mère de la duchesse de Sussex étant une Afro-américaine. Au cours de sa conversation avec Oprah Winfrey, Meghan laisse entendre que leur fils, Archie, n’a pas reçu de titre comme les trois enfants du frère de Harry, le Prince William, parce qu’une certaine quantité de sang noir coule dans ses veines. Elle fait semblant d’ignorer que, selon les règles établies par le roi George V en 1917, les titres de courtoisie sont réservés aux petits-fils et petites-filles du monarque ou aux fils et filles de son héritier (ou de son héritière). William est l’héritier du trône après son père, le Prince Charles, pas Harry. Calomnier, calomnier, il en restera toujours quelque chose.

Pour bien cimenter l’association entre racisme et disqualification de son fils, Meghan évoque des conversations que son mari aurait eues, avant la naissance d’Archie, avec des membres de la famille royale au sujet de la possible couleur de la peau de l’enfant. Oprah écarquille les yeux qui étaient déjà grands derrière ses lentilles. Quand le mari arrive pour étayer cette assertion, le récit se modifie sensiblement : selon Harry, il se serait agi d’une conversation, au singulier, avec une personne, également au singulier. Comme les époux habitent ensemble, ils auraient pu mieux concerter leurs deux versions. Cette incohérence est la conséquence de leur stratégie générale, perfide, qui consiste à tout confondre pour que la famille royale entière soit coupable par association. Harry ne divulgue pas le nom de son interlocuteur (même si la Reine et son mari sont mis hors de cause), invitant ainsi les spéculations les plus folles. Le contexte et les propos exacts de cette conversation ne sont pas explicités. Son assertion est donc impossible à vérifier et toute défense de son interlocuteur impossible à monter. Il en reste une accusation sans accusé qui incrimine tout le monde et un crime sans substance qui laisse supposer le pire. Les déclarations de ces deux témoins peu fiables que sont Meghan et Harry ont été gobées par la plupart des médias, même en France, Libération en tête. C’est comme si une autre explication de ces témoignages trop commodes n’existait pas, comme si on ne savait pas que Meghan et Harry préparaient de longue date un règlement de comptes qui devait servir aussi à alimenter leur compte en banque. Meghan rancunière ? Dans un livre de révélations sur elle publié en janvier par sa demi-sœur, on apprend que, la famille royale proposant de garantir la sécurité financière de son père, dont elle est éloignée, Meghan s’y serait opposée[tooltips content=”Samantha Markle, The Diary of Princess Pushy’s Sister (Central Park South, 2021)”](1)[/tooltips]. Qui vit par l’épée périra par l’épée – celle de la médisance.

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Conclusion: «Le plagiat est nécessaire»

Cet aphorisme d’Isidore Ducasse, comte de Lautréamont, nous renseigne grandement sur la création de fictions. Il n’est pas nécessaire de tout inventer, il suffit de copier une œuvre, une histoire, une image qui existe déjà en en modifiant certains éléments. Meghan et Harry n’ont pas cherché bien loin le modèle de leur récit qu’ils ont calqué d’assez près sur celui de la dernière saison de The Crown, celle où l’on voit la princesse Diana, selon les scénaristes, abandonnée seule pendant des mois dans un palais vide, sans amis, appelant au secours, mais ignorée par son mari, la famille royale et les intendants de Buckingham Palace. Meghan a repris le scénario : enfermée dans un château comme quelque héroïne des sœurs Brontë, oubliée de tous (son mari fidèle disparaissant du tableau de manière aussi mystérieuse que commode), elle se serait inquiétée de sa « santé mentale » et aurait pensé au suicide. Le tout raconté avec une spontanéité soigneusement – trop soigneusement – préparée. Quand Harry arrive devant la caméra, il insère dans le récit quelques références bien calculées au destin tragique de sa mère, Lady Di. Pour boucler la boucle, l’ex-couple royal a déjà reçu des sommes pharamineuses de la part de Netflix et de Spotify et, maintenant que leur marque commerciale est bien établie outre-Atlantique, compte bien en recevoir d’autres. Pour Harry et Meghan, la fiction rapporte beaucoup plus que la réalité qu’il s’agit de masquer derrière la « comm’ ». C’est ce même couple qui, en 2019, a prêché la cause du climat avant de faire 11 voyages dans le jet privé de leur camarade, Elton John. Comme le disait Jean Baudrillard, « il y a une obsession de la vérité, mais une passion de l’apparence. » Notre monde est moins obsédé par le réel que passionné des simulacres. La mise en scène de Meghan, Harry et Oprah, est-ce que c’est The Crown pour de vrai ? Non, c’est The Crown en encore plus faux.


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