Récemment, une de mes tantes, âgée de 95 ans, m’a demandé de l’accompagner chez le médecin, pour renouveler ses médicaments. Je n’ai compris le traquenard que dans la salle d’attente…


Ceci n’est pas un Stilnox

– Tu lui dis bien de me remettre du Stilnox pour dormir. L’autre truc qu’il m’a donné ne me convient pas du tout. Tu insistes bien. Du Stilnox, je veux du Stilnox.

Quand on peut faire plaisir ! Je sollicite donc innocemment le bon docteur qui se met doucement à rigoler

– Mais enfin, j’ai déjà dit des tas de fois à votre tante que ce n’est pas que je ne voulais pas lui en prescrire mais que je ne pouvais pas. Je n’en ai plus le droit. Le Stilnox est désormais sur la liste des produits stupéfiants à cause de la dépendance qu’il provoque et de l’usage détourné qu’en font les voyous pour anéantir la volonté d’autrui et les drogués pour s’halluciner eux-mêmes.

– Ma tante n’en abuse pas, un comprimé le soir, ce n’est pas ce qu’on peut appeler un abus. Elle ne confond pas avec les smarties. Elle ne détourne pas non plus. A moins qu’elle ne me l’ait caché, elle n’en revend pas. Pourquoi est-elle pénalisée ?

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Une autre source d’approvisionnement 

Explications alambiquées :

– Stilnox demi-vie très courte, zopiclone demi-vie plus longue. Blablabla. Impossible. Rien à faire. Blablabla. C’est sans appel. Que votre tante le veuille ou non, adieu Stilnox, bonjour Zopiclone. De toute façon, le Zopiclone c’est mieux !

Ma tante hausse les épaules puis décroche complètement. Elle est ailleurs.

Je ne veux pas m’avouer vaincue. Je remets une pièce dans le juke-box.

– D’accord, d’accord, mais d’après ce qu’elle me dit, ma tante prend du Stilnox depuis trente ans. Selon toute vraisemblance, il y a longtemps qu’elle est dépendante, donc un peu plus, un peu moins. A son âge ! En plus, ça a l’air de lui réussir. C’est le seul médicament qu’elle prend. Pourquoi ferait-elle les frais d’un système qui n’arrive pas à se réguler ? Pourquoi la pénaliser elle ? C’est stupéfiant quand même.

Je sens que je commence à agacer. Machine arrière. Je tente l’esquive :

– Il est peut-être possible d’en trouver ailleurs qu’à la pharmacie ?

Ma tante dresse l’oreille. Glissement perceptible de la rhétorique de la faculté. Cri du cœur du médecin.

– Mais, dans toutes les rave parties. Vous pensez bien que rien n’a changé de ce côté. Peut-être à Meslan (Sourire entendu).

Nous prenons notre ordonnance pour le Zopiclone, remercions et zou, bras dessus, bras dessous, direction la voiture.

– Bon, on y va ?

– Mais où ?

– A Meslan, bien sûr. Maintenant que je sais où en trouver, je m’en fiche si ce n’est pas remboursé, son Zobi machin, je n’en veux pas. Tu as compris où c’était ?

On n’est pas allées à Meslan. Et de toute façon, les informations de l’homme de science sur les raves dataient.

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Un grand coup ou plein de petits

Ma tante m’a expliqué que toutes ses copines du club, ses copines valides, les à-la-maison comme elle, vociféraient, se plaignaient, n’en pouvaient plus et en voulaient aux médecins.

C’était un de leur sujet de conversation du mardi. Bien sûr, elles n’allaient pas jusqu’à envier les hospitalisées pour qui c’était open-bar. Mais, pas loin.

– Tu prends ton Stilnox, emballé c’est pesé. Tu dors tout de suite. Tout-de-sui-te. L’autre truc, c’est beaucoup plus aléatoire. Tu as le temps de te faire plein d’idées noires avant que le sommeil ne vienne. Et, quand on a 95 ans, tu imagines lesquelles !

Effectivement, c’est ce qu’avait expliqué le médecin. Le Stilnox est fait pour atteindre très vite les tissus cérébraux. Ce n’est pas une intraveineuse, mais presque ! A cause de cette rapidité d’action, il a été détourné à des fins criminelles pour des viols, des vols, des violences. Si on veut comparer le Stilnox et le Zopiclone, on pourrait dire qu’ils procurent exactement la même ivresse, avec le même taux d’alcoolémie dans le sang, mais pour l’un avec un grand verre de whisky à l’apéro et pour l’autre avec plusieurs verres de vin étalés tout au long du repas. Dans le deuxième cas, on est tranquillement ivre en fin de piste, dans le premier, c’est fait avant d’attaquer l’entrée. Quand pendant trente ans, on a eu la solution whisky, forcément c’est compliqué de se mettre au muscadet.

On peut légitimement se demander s’il (était) est bien utile de médicamenter 4 millions d’insomniaques. Mais, maintenant que tout ce petit monde est bien accro, c’est un peu raide de changer les règles du jeu en milieu (ou fin) de partie. Un tantinet agacée par ce que j’apprenais sur la souffrance que ce changement de braquet infligeait à des dizaines de milliers de personnes âgées, je suis allée jeter un cil sur les préconisations qui avaient accompagné cette mesure de santé publique. Je n’ai pas été déçue: revoir son hygiène du sommeil, privilégier les tisanes, faire du yoga, de la relaxation. Que des conseils parfaitement adaptés à ma droguée de tante, qui se retrouve au final tout bonnement avec du Zopiclone au lieu du Stilnox.

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Adieu la pharmacologie, vive la technologie

Mais, j’ai aussi découvert qu’une solution non médicamenteuse existe peut-être pour les insomniaques de tous âges : le bandeau Dreem !

Disponible pour le grand public depuis décembre 2017 et vendu actuellement 399€. Inventé par deux ingénieurs français, développé en France, ce bandeau connecté mesure l’activité cérébrale, analyse le sommeil en temps réel et envoie des stimulations sonores en sommeil profond. De plus, une application propose un parcours d’amélioration personnalisé.

J’en ai parlé à ma tante qui se débrouille très bien pour envoyer et recevoir des textos.  Elle est complètement emballée par l’idée de savoir ce qui se passe dans sa tête quand elle dort. On a commandé le bandeau.

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