Ma nièce met un truc vraiment très curieux dans son vagin. Laissez-moi vous expliquer…


La semaine dernière, lors d’un déjeuner entre filles, une de mes nièces nous a expliqué, avec force détails, les bienfaits de l’œuf de Yoni. 

Ne voulant paraître ni débranchée, ni hostile, j’ai tout bien écouté, sans poser de questions, éberluée quand même. J’ai ainsi appris qu’il s’agissait d’un accessoire en forme d’œuf, trois tailles disponibles, fourni avec ou sans ficelle, à introduire dans le vagin pour des durées variables. Cet héritage des reines et concubines chinoises est censé produire « de nombreux bénéfices » sur le bien-être, la santé intime, la sexualité et permet aux femmes de libérer leur puissance et leur beauté intérieure.

Une certaine Lilou Macé

Pendant le repas, ma nièce portait le sien sur elle, enfin façon de parler. D’après ce que j’ai compris, elle s’en trouvait très épanouie. Son œuf était de grande taille, (forcément elle débutait). Elle l’avait choisi en quartz rose, réputé pour favoriser la tendresse. Le jade apaise, l’obsidienne libère les rancœurs. Elle se l’était procuré tout simplement à la boutique en ligne de l’auteur de L’œuf de Yoni, le féminin révélé et libéré, tome 1 paru le 13 mars 2018.

A lire aussi: L’ubérisation du cheveu m’inquiète

Elle entretenait désormais une vraie complicité avec ce « partenaire » qu’elle appelait Henry. Donner un nom à cette source d’énergie et de bienfaits fait en effet partie du protocole de cette « litho thérapie ». Cet Henry lui permettait de se connecter à elle-même, à sa féminité, lui apportait bien-être et confiance.

Rentrée chez moi, un peu secouée, mais ne voulant pas louper quelque chose – on ne sait jamais – je suis d’abord allée sur le site de vente. J’ai découvert un vrai business avec une campagne de presse bien rodée. Au premier trimestre 2018, l’œuf de Yoni et sa promotionneuse française avaient eu les honneurs de la presse féminine et pas que féminine d’ailleurs.

Une campagne de relations presse réussie

D’après les résultats constatés, un nombre non négligeable de chroniqueuses, influenceuses, journalistes sexo (c’est le terme consacré) et rédactrices … avaient dû recevoir (et essayer ?) l’objet magique. 

A lire aussi: Que pense la jeunesse du Grenelle de Schiappa?

L’œuf est donc commercialisé via le site (compter entre 39 € et 55 € pour une pièce, 74 € pour une paire d’œufs de tailles différentes, 101 € à 157 € pour une triplette – 69 modèles proposés mais attention certains sont épuisés à l’unité mais disponibles par deux ou trois). On peut aussi le dénicher (humour !) dans des boutiques de « bien-être » référencées sur le site, en métropole et outre-mer. Et pour qui serait tenté par l’aventure économique, il est possible de proposer l’œuf merveilleux dans « son magasin Bio, sa librairie, sa boutique, son site en ligne, son cabinet de sage-femme, de thérapeute etc… Remplir le formulaire nous vous contacterons au plus tôt ».

Chemin faisant, j’ai appris que cette « nouvelle » pratique sexuelle et cosmique initialement destinée au plaisir de l’Empereur du milieu, nous venait tout droit des USA et plus précisément de Goop, l’empire du wellbeing de Gwyneth Paltrow, rappelez-vous : l’actrice oscarisée de Seven, en 1995. 

Les œufs pas si frais de Gwyneth Paltrow

Évaluée à 250 millions de dollars lors de la dernière levée de financement en février dernier, son entreprise tentaculaire multi-catégories emploie 220 personnes et a été condamnée à 145 000 $ par la justice américaine le 14 septembre 2018, pour publicité mensongère, justement pour cette histoire d’œufs. Et la belle Gwyneth a aussi dû rembourser les œufs achetés sur Goop entre le 12 janvier et le 31 août 2017. Le procureur du district d’Orange, Californie, a estimé qu’ « il est important de rendre les entreprises responsables des promesses sans fondement surtout lorsque cela peut affecter la santé des femmes. » 

Selon la faculté, avec une pratique encadrée, ces œufs pourraient peut-être muscler le périnée et prévenir l’incontinence, mais ils pourraient aussi contribuer au relâchement vaginal et seraient un facteur de vaginose bactérienne ou même de choc toxique potentiellement mortel. Bon, d’un seul coup, tout cela devient beaucoup moins glamour. Et, on oublie Gwyneth et l’Empereur.

Lire la suite