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La créolisation heureuse ou le nouvel horizon politique de la gauche soumise

La créolisation heureuse ou le nouvel horizon politique de la gauche soumise
Les élus de gauche Benoit Hamon, Danielle Simonnet, Eric Coquerel et Clementine Autain, Paris, mars 2018 © LEWIS JOLY/SIPA

Si le mot ne l’est pas, le concept de “créolisation” est loin d’être nouveau. Métissage célébré qui crée de l’inattendu pour la gauche, la créolisation est plutôt un joli synonyme de “balkanisation” pour la droite. Mais à ce petit jeu, l’extrême gauche française finira par se faire supplanter par les indigénistes.


En 1997, Alain Minc publia son essai La mondialisation heureuse. Quelques années après l’effondrement de l’URSS, le haut-fonctionnaire était convaincu de l’hégémonie à venir de la démocratie libérale, horizon politique indépassable en ce vaste monde. Point de salut en dehors du libre-échange mondialisé, Occident et pays ateliers y trouveraient chacun leur compte. Telle l’infirmière dans Vol au-dessus d’un nid de coucou, une partie des élites françaises communia à cet enthousiasme candide. Pourtant, on s’en rendrait compte assez vite, cette théorie revenait à organiser une forme de servitude volontaire collective, puisque la mondialisation rimait avec une désindustrialisation aux conséquences délétères. Le créneau électoral de l’anti-globalisation devint même particulièrement porteur et le Covid acheva d’installer cette perception majoritaire dans le débat public.

Quant le think tank Terra Nova impose ses vues à gauche

Comme Alain Minc en son temps, Jean-Luc Mélenchon s’essaye depuis quelques mois, dans un autre registre, à donner une respectabilité à l’idée de « créolisation ». Exhumée de l’œuvre du philosophe martiniquais Edouard Glissant, elle peut être définie ainsi : « un métissage […] qui produit de l’inattendu, […] une façon de se transformer de façon continue sans se perdre. C’est un espace où la dispersion permet de se rassembler, où les chocs de culture, la disharmonie, le désordre, l’interférence deviennent créateurs. » Encore une fois, la gauche démontre sa préférence pour le mouvement au détriment de l’ordre, fait l’éloge de l’anomie et des mouvements centrifuges. Sachons surtout y lire une apologie pure et simple de la société multiculturelle, où le mélange de cultures différentes sur un même territoire se fait au bénéfice de tous, où l’immigré est invité à persévérer dans son être initial, à en faire la promotion dans son pays hôte ; l’exact inverse de l’assimilation, qui veut le transfert des origines et l’appropriation par l’immigré du passé glorieux et millénaire de la France. 

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Si le mot est nouveau, la réalité qu’il désigne est vue et revue. La création de SOS Racisme sous le patronage bienveillant du Parti socialiste mitterrandien en 1984, la stratégie électorale ouvertement multiculturelle et finalement victorieuse du think-tank Terra Nova en 2012 ou encore l’affirmation par Emmanuel Macron qu’il n’existe pas de culture française en 2017 : M. Mélenchon n’est décidément pas le premier à tenter de donner une justification à la balkanisation de la France.

Servitude volontaire

Car, comme chez Alain Minc, il y a de la servitude volontaire dans cette idée de créolisation. Tout comme la mondialisation heureuse portait en son sein la désindustrialisation, la créolisation heureuse porte en elle la fracturation de la communauté nationale. Il n’est en effet plus besoin de démontrer que l’immigration de masse a conduit à l’islamisation de la France, à la constitution d’enclaves étrangères où les représentants de l’État (pompiers, policiers, professeurs) ne s’aventurent que la boule au ventre et, in fine, au terrorisme. S’il est possible d’assimiler des individus à une culture d’accueil – et c’est précisément là que réside la vocation universelle de la France, des masses mues par des cultures différentes ne peuvent cohabiter à égalité sur un même territoire. L’une finit forcément par prendre le dessus sur l’autre : il en va ainsi de Louis XIV qui restaura la primauté du catholicisme sur le protestantisme en révoquant l’édit de Nantes en 1685, des communautés juives d’Afrique du Nord qui vécurent pendant des siècles sous la domination ottomane ou encore des chrétiens d’Orient qui disparaissent aujourd’hui face à l’hégémonie de l’islam. Pire, la créolisation est allée jusqu’à détruire ce beau legs de l’histoire de France qu’est le décret Crémieux, forçant de nombreux Français de confession juive à partir vivre ailleurs.

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Pendant ce temps, les livres de Houellebecq se vendent très bien

Victime d’une manie toute française consistant à vouloir faire coïncider la réalité à des principes abstraits et généreux, M. Mélenchon tente d’inventer un nom chic et intellectualisant pour parer de nobles oripeaux la dissolution de la France. Pour autant, il serait trop facile de réduire cela à un simple aveuglement idéologique. Souvenons-nous en effet de ce que disait M. Mélenchon lui-même en 2010 d’une candidate voilée aux élections régionales : « […] qu’est-ce que porter le voile, si ce n’est s’infliger un stigmate ? » Si cette gauche a troqué une anti-religiosité primaire contre la société multiculturelle, ça n’est pas par crédulité mais bien par soumission. Consciente du fait que l’électorat ouvrier ne vote plus à gauche depuis longtemps, elle s’est trouvée un électorat de substitution dans les banlieues. Comme le disait M. Mélenchon lui-même en 2020, la créolisation – comprendre l’immigration de masse – « n’est ni un projet ni un programme ; c’est un fait qui se constate ». Michel Houellebecq, le plus brillant interprète de notre époque, l’avait bien vu dans Soumission en 2015 : une partie du personnel politique a fait le choix de poser genou à terre devant un nouvel électorat. Eric Coquerel, Clémentine Autain, Danièle Obono, etc. sont faits de ce bois-là. Ils sont aujourd’hui les meilleurs alliés de l’islamisation de la France et de la dissolution de la communauté nationale. C’est en ce sens qu’il faut lire les récentes déclarations de la pasionaria indigéniste Houria Bouteldja à l’égard du fondateur de La France Insoumise, le qualifiant de « butin de guerre » politique nouvellement acquis à ses idées.

Le Président de La France Insoumise (LFI) et candidat à l’élection présidentielle de 2022 Jean-Luc Mélenchon lors de son premier meeting de campagne à Aubin, dans le sud de la France, le 16 mai 2021 © Alain ROBERT/SIPA/SIPA Numéro de reportage : 01019454_000003

On le voit, la créolisation heureuse est donc devenue l’horizon politique incontournable de ce qu’on peut désormais légitimement appeler la gauche soumise. Il y a fort à parier que cette stratégie sera perdante pour elle car la soumission n’augure jamais d’une relation saine et pérenne. Autrement dit, elle se fera vraisemblablement dépasser sur sa gauche par les indigénistes, ceux-ci l’ont d’ailleurs bien compris et ne se privent pas de critiquer aussi lourdement que régulièrement les prises de position de M. Mélenchon.


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