Quand l’hygiénisme nous rend malades!


Sylvie Brasseur, coiffeuse à la retraite, est atteinte de la maladie de Crohn. Une pathologie invalidante qui provoque des diarrhées incontrôlables à près de 140 000 Français.

Mercredi 13 janvier, alors qu’elle patiente à la caisse de Lidl à Vesoul (Haute-Saône), elle est prise d’une envie pressante. Elle brandit alors sa carte Urgence toilettes – procurée par l’AFA (association François Aupetit), qui combat la maladie de Crohn. Un sauf-conduit ouvrant un accès aux trônes d’ordinaire réservés aux personnels, inestimables en pareil soubresaut colique. 

« En pleurs devant ma voiture et souillée jusqu’aux bottes »

« Cette carte facilite l’accès aux toilettes dans l’espace public. Si elle n’a pas de statut officiel comme la carte handicapé, elle aide vraiment nos membres », souffle à Causeur Eve Saumier, de l’association AFA. C’était sans compter sur le zèle hygiéniste du colosse de la grande distribution. Alors qu’elle est sur le point d’exploser, Sylvie se heurte à des employés de marbre. « Nous mettons en place un protocole sanitaire dans l’ensemble de nos supermarchés en France afin de limiter la propagation du virus et demandons des mesures en ce sens à nos salariés. Ils sont donc invités à respecter et faire respecter les règles en matière d’hygiène pour assurer la sécurité de tous, nos clients comme les collaborateurs », se défend la firme germanique dans le communiqué transmis à Causeur.

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Une implacabilité sanitaire qui a mené Madame Brasseur à se soulager sur le parking: « Tout est parti. J’étais en pleurs devant ma voiture et souillée jusqu’aux bottes ». « Nous sommes à la fois désolés et reconnaissants que Madame Brasseur prenne la parole, confie Eve Saumier. C’est vraiment un tabou qu’il faut briser. Ça représente le quotidien de milliers de malades en France ». Des milliers de malades qui pourraient avoir trouvé leur égérie en la figure de Madame Brasseur, qui semble déterminée à porter ce combat. « Avec la crise sanitaire, la situation de l’accès aux toilettes, déjà problématique en France, s’est profondément aggravée », dénonce Eve Saumier -qui a lancé une pétition.  

Quand Lidl brandit la carte de la victimisation 

« Nous regrettons l’incident qui s’est déroulé au supermarché de Vesoul  le 13 janvier dernier et avons adressé à notre cliente nos plus sincères excuses pour le désagrément subi. […] Les équipes qui ont accueilli la cliente ont en effet dans un premier temps refusé l’accès aux toilettes pour éviter toute prise de risque. Cependant, une fois informés de la situation, les responsables du supermarché avaient autorisé l’accès, mais la cliente avait déjà quitté les lieux », argue Lidl dans son communiqué. Un air de victimisation qui laisse un goût amer à Madame Brasseur. Auprès de nos confrères de L’Est Républicain, elle a dénoncé « un manque d’empathie de la part du personnel » 

Lidl estime pourtant que « depuis le début de l’épidémie, chaque jour et avec rigueur et discipline, nos équipes veillent à ce que nos clients soient reçus en toute sécurité dans nos supermarchés ». Pour faire des petites commissions, sans doute, mais pour la grosse, mieux vaut aller voir ailleurs! Manque de pot, aucune réouverture de cafés ne se profile à l’horizon. Dans ces conditions, il ne nous reste plus qu’à rester chez soi et faire ses courses sur internet. Bienvenue dans le meilleur des mondes…

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