Il revient à la justice de dire si certains actes de Matzneff méritent un procès. Mais son lynchage en place publique, le pilonnage et la censure de ses livres signifient la mort de la littérature. Et de la liberté.


Il serait certainement impossible aujourd’hui qu’un professeur d’université conseille à ses étudiants la lecture de Tony Duvert. Tel fut pourtant le cas dans les (pas si lointaines) années 1980, et je crois avoir encore en ma possession la liste des recommandations bibliographiques qui mentionne cet auteur sulfureux. Tony Duvert revendiquait sa pédophilie dans plusieurs ouvrages, et n’est pas sans rappeler un certain Gabriel Matzneff, qui ne s’en cache pas davantage dans les siens. Tous deux ont publié dans les plus grandes maisons d’édition (Minuit pour Duvert) et les éloges n’ont pas manqué d’accompagner régulièrement les quelques décennies de leurs carrières respectives. Ne doutons pas que Duvert connaîtrait le même sort médiatique que Matzneff s’il était encore de ce monde.

Tous contre un

Matzneff, puisqu’il s’agit de lui. Matzneff soumis depuis plusieurs semaines à la vindicte publique, Matzneff cloué au pilori par des réseaux sociaux en ébullition autour d’un homme dont ils ignoraient jusque-là l’existence, Matzneff lâché par le milieu littéraire maître en hypocrisie – les collègues en écriture, les journalistes et même ses éditeurs, dont le retournement est proprement spectaculaire (il faut saluer les acrobates !) : s’ils ont publié ce que tous unanimement jugent aujourd’hui immondices, on peut penser qu’ils n’y ont pas trouvé jusque-là matière à redire…

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Pourquoi le récit de Vanessa Springora, l’une des « proies » du pédophile Matzneff, aurait-il soudain ouvert les yeux de ceux qui ne voyaient pas ce qu’ils lisaient depuis cinquante ans ?

Les repentis 

L’acte de contrition télévisuel de François Busnel, le 8 janvier dernier, fut à cet égard un grand moment de lâcheté face à la pression de la meute : le pécheur a reconnu sa très grande faute, il a expié publiquement le tort d’avoir un jour reçu l

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Février 2020 - Causeur #76

Article extrait du Magazine Causeur

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