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Les noces tumultueuses de la peur, du pouvoir et du savoir

Les noces tumultueuses de la peur, du pouvoir et du savoir
Tag à Paris, mars 2021 © LOUISE MERESSE/SIPA Numéro de reportage : 01010836_000040

Crise sanitaire. Selon Ariel Beresniak, l’opinion publique française est privée des informations élémentaires permettant de défier les hypothèses et mesures gouvernementales.


En avril 2020, des médecins et scientifiques corses, particulièrement motivés, s’organisent pour mieux évaluer le risque épidémique et anticiper l’effet des restrictions sur l’économie de l’île. Ayant l’honneur d’avoir été associé à cette réflexion comme spécialiste des méthodologies en Santé Publique, il apparait immédiatement qu’aucune information fiable n’existe pour le suivi de l’épidémie. La proportion de la population ayant été en contact avec le virus est inconnue. Il suffirait pourtant de lancer une étude dite de « séroprévalence » représentative. Les études de séroprévalence consistent à compter combien y a-t-il de personnes ayant développé des anticorps spécifiques, donc ayant été en contact avec le virus. Cette information est fondamentale pour pouvoir suivre la dynamique d’une épidémie. Encore faut-il que l’étude de séroprévalence soit « représentative », c’est-à-dire que les résultats puissent être extrapolés à la population générale.

Une initiative étouffée?

Or pour garantir la représentativité, l’échantillon doit être « aléatoire », c’est-à-dire tiré au sort au sein de la population générale. Un projet d’étude représentative de séroprévalence sur la Corse est donc rédigé avec le soutien des institutions, médecins et scientifiques locaux. Il est demandé à la CPAM (Caisse Primaire d’Assurance Maladie) de réaliser le tirage au sort de l’échantillon sur la liste des assurés sociaux. La CPAM transmet la demande pour autorisation à la CNAM (Caisse Nationale d’Assurance Maladie). Celle-ci ignore la demande sans répondre… On ne peut que supposer qu’au niveau national, une ou des personnes ont souhaité étouffer l’initiative en catimini en lui assurant un enterrement administratif le plus discret possible. Tout porte à croire qu’il a été jugé inopportun de laisser l’initiative corse devenir un exemple pour la métropole. Non seulement aucune étude représentative de séroprévalence n’a pu être réalisée en Corse, mais aussi sur le reste du territoire… L’INSERM (Institut National de la Santé et de la Recherche Médical) a curieusement repris l’idée en lançant l’étude nationale EPICOV. Bien que l’INSERM présente officiellement cette étude comme « représentative », elle n’est en rien représentative puisque les analyses d’anticorps ont été faites sur la base de prélèvements sanguins réalisés chez les sujets qui ont bien voulu participer. Les résultats sont donc ceux de volontaires et ne peuvent en aucune manière être extrapolés à la population générale…

Le Ministre de la Santé Olivier Véran prend la parole le 18 mars 2021, après que le Premier ministre ait annoncé de nouvelles restrictions © Martin Bureau/AP/SIPA Numéro de reportage : AP22549778_000032
Le Ministre de la Santé Olivier Véran prend la parole le 18 mars 2021, après que le Premier ministre ait annoncé de nouvelles restrictions © Martin Bureau/AP/SIPA Numéro de reportage : AP22549778_000032

Le pouvoir se méfie par nature du savoir car son intérêt est de décréter plutôt que de démontrer. Afin d’assoir sa légitimité auprès d’une population docile, le pouvoir dispose d’un outil extrêmement efficace : la peur. 

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Celle-ci est cependant le reflet de la propre peur du pouvoir dont la hantise première est de perdre sa crédibilité et ses prérogatives. La peur est un symptôme de la Peste émotionnelle, formule créée par Wilhelm Reich, qui la présente comme une maladie contagieuse provoquant un sentiment d’impuissance qui ne peut se calmer que par la domination des autres. Cette pathologie explique en grande partie le goût pour le pouvoir. Grace à cette représentation, il est possible de défendre toute cause pour se protéger des ennemis. Ces ennemis sont nommés et identifiés par la cause (l’apostat, le juif, le communiste, l’extrême droite, le virus…). Les idées reçues et la parole officielle constituent le dogme qui assoit l’ordre établi. Qui veut se contenter de simplement vivre paisiblement, où d’y jouer un rôle, en constitue le rouage d’un engrenage huilé par l’hypocrisie et la lâcheté.

Une nation résignée

Saturée d’information dramatique, la population est maintenue dans un état de torpeur et d’appréhension. Il est ainsi plus facile de faire accepter de nouvelles lois et règlementations, ainsi que le renouvellement de l’état d’urgence qui pérennise un pouvoir absolu. 

Si une nation entière a pu se résigner si aisément à ce qu’on lui retire ses libertés les plus fondamentales, c’est justement parce que le pouvoir a su orchestrer la peur. Les images dramatiques de patients hospitalisés en unités de soins intensifs sont effrayantes ainsi que les déclamations journalières lancinantes des nombres de « cas » (en fait des tests viraux positifs) et de morts pendant la pandémie, sans mise en perspective aucune des chiffres, sont uniquement destinées à saturer et inhiber les esprits afin de faire accepter des limitations inédites aux libertés fondamentales. Celles-ci sont appelées à grands cris par de nouveaux télévangélistes en blouses blanches courtisés par les principales chaines de télévision.

Ces médecins omniprésents dans les media ont eux même été contaminés par la peste émotionnelle de Reich. Leurs titres hospitaliers, universitaires ou syndicaux sont autant de sésames pour parler de façon péremptoire de spécialités qui ne sont pas les leurs. Ils hantent les medias avec un aplomb déconcertant en discourant sur la dynamique de l’épidémie et la performance des interventions de santé publique, dont ils n’ont absolument ni données, ni expérience, ni compétence. Magister dixit : le Maître l’a dit. Cette formule pythagoricienne permet d’énoncer tout argument sans justification et par simple principe d’autorité.

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Toute contestation est muselée et les rares paroles qui s’élèvent contre les discours alarmistes et les lots de mesures coercitives sont traitées d’irresponsables. La mécanique est implacable. Pour imposer le discours gouvernemental, il suffit de faire peur (des images et des listes de chiffres), de culpabiliser (on « sauve des vies ») et de trouver des boucs émissaires (les irresponsables). 

Questions sans réponse

Critiquer n’est pas démolir, mais questionner, chercher, fouiller, distinguer, vérifier et comparer. Pourquoi de véritables études représentatives de séroprévalence n’ont toujours pas été conduites sur le territoire ? Pourquoi est-il impossible de distinguer les chiffres d’admission en surveillance continue, soins intensifs et réanimation ? Quels sont les critères pour attribuer les causes de mortalité à la maladie ? Quels sont les taux de faux positifs et faux négatifs des différentes technologies de tests RT-PCR utilisées sur le territoire ? Quel est la proportion réelle de patients symptomatiques par rapports aux patients positifs confirmés ? 

Autant de questions indispensables pour le suivi de l’épidémie auxquelles aucune réponse claire n’est avancée… ainsi, l’opinion publique est privée des informations élémentaires permettant de défier les hypothèses et mesures gouvernementales. La plus totale transparence est pourtant indispensable pour gagner la confiance de la population et lutter efficacement contre l’épidémie. 

Dans ces circonstances, le principe même d’une information pertinente apparait subversive car non seulement elle questionnerait le bien fondé des mesures gouvernementales prises, mais on serait aussi en droit de se demander pourquoi les informations utiles n’ont pas été recherchées avant…

 


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Docteur en Médecine spécialiste en Santé Publique, Docteur en Sciences économiques, Titulaire d’une Habilitation à Diriger des Recherches, Professeur invité à l’Université Russe d’Economie Plekhanov. Auteur de « Economie de la Santé » (Elsevier-Masson), Dictionnaire commenté d’Economie de la Santé (Masson), Comprendre la Pharmacoéconomie (John Libbey), Dictionnaire raisonné des termes des entreprises du médicament (Flammarion Médecine Sciences).

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