En vérité, bien avant la toute récente révolution, le gouvernement égyptien avait de fait perdu le contrôle du Sinaï. La péninsule pour laquelle Caire n’a pas hésité à faire la guerre en 1973, semblait l’intéresser beaucoup moins une fois récupérée en 1982 grâce aux accords de paix signés avec Israël en mars 1979.

Pour être plus exact, l’Egypte a montré beaucoup d’intérêt pour les ressources pétrolières et le potentiel touristique des côtes de la Mer Rouge mais s’est très peu préoccupée des quelques centaines de milliers de bédouins vivant dans cette région. Résultat : ce désert est devenu un no man’s land contrôlé par des trafiquants de toute sorte et dont les pires sont probablement ceux spécialisés dans le commerce d’êtres humains. En 2010, presque de 12000 clandestins originaires d’Afrique de l’Est sont parvenus à franchir la frontière israélienne. Ces chiffres ne comprennent évidemment pas les migrants que les autorités israéliennes n’ont pas recensés ni les malheureux qui sont morts en cours de route.

Avec l’écroulement du régime, les bédouins se sont soulevés et aujourd’hui l’appartenance du Sinaï à l’Egypte est purement formelle : aucun fonctionnaire ou militaire égyptien ne se hasarderait aujourd’hui à une balade dans la haute montagne ou les wadis escarpés de la péninsule. Bref, la situation est devenue catastrophique.

Un petit exemple : depuis plus de trois mois quelques 300 Erythréens et Ethiopiens qui voulaient trouver refuge en Israël sont retenus en otage par des bédouins. Ces hommes et femmes sont parfois vendus à d’autres bandes des trafiquants qui n’hésitent pas à leur demander de payer une deuxième voire troisième fois la traversée du désert. Ainsi la note de 2000 dollars demandée au départ peut grimper jusqu’à 8000 dollars, que leurs proches, joints au téléphone par les trafiquants, sont priés de verser.

Les témoignages recueillis, essentiellement par un ONG italienne, font état de privation de nourriture, de sévices sexuels systématiques de femmes (75% des femmes interrogées ont été violées), de marquages au fer rouge et d’exécutions sommaires en cas de tentative de fuite.

Ce drame est peu médiatisé. Sûrement trop loin de la place Tahrir.

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