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Le Sida ne sera pas la peste noire du XXIe siècle

La possibilité d’une catastrophe fait toujours plus de bruit que les succès de sa prévention. Depuis vingt ans, les discours publics nous abreuvent de prophéties sinistres. Mais pas une seule n’a réussi ne serait-ce qu’à faire semblant de menacer la race humaine. En 2005, l’ONU avertit que 150 millions d’humains pourraient périr de la grippe H5N1. Des précautions furent prises et on compta finalement 400 morts. Pendant l’épizootie de la vache folle, quand 2,5 millions de bovins furent abattus au Royaume-Uni, un éminent savant annonça à la BBC qu’on devait se préparer à des centaines de milliers de morts de la maladie de Creutzfeld-Jacob. À ce jour, on en recense 204 dans le monde.

Par contraste, le SIDA a enlevé 35 millions de vies depuis son apparition. Mais ça aurait pu être pire. En 2002, le président d’une association respectée de lutte contre le SIDA prédisait que « le SIDA surpassera la peste noire comme la pire pandémie mondiale ». La même année, une agence gouvernementale américaine annonça la mort dans dix ans d’un quart de la population de l’Afrique Australe. Au lieu de cela, les compagnies pharmaceutiques, les églises, les associations humanitaires et (même) les gouvernements ont changé le cours de l’histoire. L’ONU dit maintenant qu’une génération sans SIDA est « non seulement possible, mais imminente ».

ONUSIDA, l’agence responsable de la lutte mondiale contre le VIH, prévoit dans son dernier rapport que l’épidémie sera très vraisemblablement finie en 2030. Cela ne signifie pas que la maladie sera éradiquée (comme la variole en 1979 ou la peste bovine en 2011), mais que les transmissions du VIH et les décès du SIDA auront chuté à des niveaux assez bas pour ne plus constituer qu’un problème chronique de santé publique, et non plus une épidémie.

D’ores et déjà, le nombre de décès dus au SIDA a diminué d’un tiers depuis le pic de 2,3 millions en 2005. Le nombre de nouvelles contaminations est à la moitié de son niveau de l’an 2000, et le nombre de personnes vivant avec le virus n’a quasiment pas changé. On estime que 14 millions d’années de vie ont été sauvées par les traitements durant la dernière décennie, et que 900 000 vies ont été épargnées rien que l’an dernier. L’ONU peut être fière de son travail : elle n’est jamais aussi efficace que quand elle coordonne des efforts internationaux pour éradiquer des maladies.

En attendant de trouver un vaccin contre le SIDA, les laboratoires ont développé des médicaments antirétroviraux qui suppriment l’infection et réduisent drastiquement les risques de transmission. Les infections d’enfants par le VIH ont pratiquement disparu des pays riches. Nous avons aussi considérablement amélioré le traitement des infections secondaires comme la tuberculose, qui entraînent la mort. Il y dix ans, 100 000 personnes étaient traitées ; on en dénombre aujourd’hui huit millions.

En plus de la bataille médicale contre le VIH, il faut saluer les mesures comportementales destinées à réduire l’infection. Certes, on a parfois assisté à une lutte idéologique entre abstinents et libertaires. Mais les efforts internationaux ont remporté un tel succès parce qu’ils n’ont pas privilégié un camp sur l’autre. Ils ont combiné une large variété d’approches, depuis les campagnes d’abstinence jusqu’à l’utilitarisme brutal des distributions de seringues propres aux toxicomanes.

Bien sûr, le meilleur moyen de ne pas mourir d’une maladie sexuellement transmissible est de s’abstenir de relations sexuelles. On peut en sourire, mais le rapport d’ONUSIDA loue le travail des agences catholiques, souvent méprisées dans ce domaine. Mais le combat contre le SIDA a rencontré un tel succès parce qu’il se contente de réduire les risques encourus par ceux qui ne veulent changer radicalement de comportement.

Le gouvernement français donne chaque année 360 millions d’euros à l’une des meilleures ONG internationales, le Fonds Mondial de lutte contre le SIDA, la tuberculose et le paludisme. Quand on connaît les gaspillages de l’aide publique au développement, il est encourageant de voir l’argent des contribuables enfin dépensé pour une bonne cause. Le combat contre la malaria se déroule presque aussi bien que celui contre le SIDA : le nombre de morts a reculé de 20% depuis son sommet de 2004. Le Fonds Mondial achète des médicaments pour l’Afrique, mais l’efficacité de l’industrie pharmaceutique est un facteur aussi important que la philanthropie : un programme américain d’antirétroviraux soigne désormais deux fois plus de malades qu’il y a quatre ans, simplement par la baisse du prix des médicaments.

L’alliance de la science, de l’industrie, du capitalisme globalisé et de la philanthropie a donc fait bien plus contre les plus grands ennemis de l’humanité que ce qu’on croyait même possible. Comme la violence en Syrie nous le rappelle, il y a encore bien des choses qui ne tournent pas rond dans le monde. Mais elles sont largement dépassées par celles qui vont bien.


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vit à Tourcoing. Il est menuisier et conseiller national du Parti libéral-démocrate.

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