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Le marché des préservatifs se dégonfle

Le marché des préservatifs se dégonfle
Les usines de Goh Miah Kiat (notre photo), magnat de la capote et dirigeant du géant Karex, sont à l'arrêt © SAEED KHAN / AFP

On aurait pu penser que le confinement entraînerait une augmentation de l’activité sexuelle. En réalité, la distanciation sociale a été telle que l’industriel leader du préservatif, le malaisien Karex, a perdu 50% en bourse.


Malgré le froid hivernal, les queues s’allongent devant les pharmacies. Mais ce n’est pas pour acheter des préservatifs. Leur utilisation aurait même baissé de 40% en deux ans selon Goh Miah Kiat, le patron de la société malaisienne Karex, le plus grand fabricant de préservatifs au monde avec plus de 5 milliards d’unités vendues chaque année dans 140 pays.

Les conséquences de la crise sanitaire n’ont pas fini de nous surprendre. En raison de l’allongement du temps passé à la maison dans (ou à proximité de) la chambre à coucher, on aurait pu s’attendre à une augmentation de l’activité sexuelle. C’est en tout cas ce qu’anticipait Karex au début de la pandémie, au point de craindre même une pénurie de préservatifs. Que nenni, c’est l’inverse qui s’est produit. Selon le patron du groupe, la fermeture des motels et hôtels aurait empêché de nombreux couples de se retrouver pour partager des moments d’intimité (difficiles à trouver dans des appartements ou maisons surpeuplés). Eh oui, le sexe se pratique aussi hors domicile. Mais sortir, c’est s’exposer au virus. Alors, il faut choisir.

Le patron accuse également les gouvernements qui se concentrent exclusivement sur la gestion de l’épidémie. Il est vrai que ces derniers préfèrent distribuer des masques que des préservatifs, et cherchent par tous les moyens à limiter les interactions sociales, augmentant l’anxiété et le repli sur soi, favorisant les dépressions et la baisse de libido. On a tendance à l’oublier, mais le manque d’activité sexuelle est un problème de santé, puisqu’elle a un effet sur le bien-être mental, mais pas seulement.

À lire aussi, du même auteur: Vers une pénurie mondiale de préservatifs?

Ainsi l’autre reproche adressé aux gouvernements concerne le relâchement de la lutte contre le VIH. Rappelons quelques chiffres : selon l’OMS, il y a eu plus de 5,5 millions de morts du covid dans le monde pour 318 millions d’infections (1,7 % de décès) contre 36 millions de morts du VIH pour 79 millions d’infections (45 % de décès). D’après le Bulletin de Santé publique France, il y a eu une diminution importante du recours au dépistage en France avec 5,2 millions de sérologies au VIH réalisées en 2020 (-14% par rapport à 2019). L’utilisation d’un préservatif reste le meilleur moyen de protection contre le VIH. Mais dans la hiérarchisation gouvernementale, les comportements à risques consistent à prendre son café debout dans un bar ou manger dans un train. Il y a les malades du covid et les autres.

Karex l’a bien compris. C’est pourquoi l’entreprise se lance désormais dans la diversification avec les gants en latex car, ne l’oublions pas, il faut continuer à respecter les gestes barrières. De quoi éviter à Karex une autre débandade en bourse, après avoir perdu 50% en un an. L’usine de production de gants devrait démarrer en Thaïlande d’ici à mi-2022. Espérons que ce ne soit pas un projet qui capote.


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