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Le Roman de Merah : réponse à Jérôme Leroy

Dans son supplément littéraire du 30 mars, Le Monde publiait une fiction de Salim Bachi, un « dans la tête du tueur » Mohamed Merah. Pour Jacques Tarnero, le tueur de Toulouse ne saurait devenir un héros de roman. Jérôme Leroy pense au contraire, que la littérature peut tout. Mais ce que peut la littérature, le lecteur le peut aussi.

La réponse de Jérôme Leroy à Jacques Tarnero a ceci d’étonnant que, pour défendre le droit de la littérature à être amorale, elle s’encombre d’un principe de précaution assez paradoxal, invoquant un « délai de décence » qu’on aurait éventuellement apprécié de connaître : car si la liberté de romancer se défend, il n’est pas interdit de twitter, si on y met du style.

Quitte à pécher par immodestie, je prétends que pour décrire les actes d’abjection de l’être humain, un écrivain n’a nul besoin de se nourrir des cadavres que l’actualité offre aux journalistes. Chacun son métier. Celui de l’écrivain, quitte à dire un gros mot, consiste à transcender le réel : une exploration des cimes et des gouffres, des misères et grandeurs de ses contemporains. La part sombre d’un Jonathan Littell s’est nourrie d’archives et d’années d’expériences. Celle d’un Rimbaud ou d’un Lautréamont, voire, du Drieu du Feu follet, de leurs propres noirceurs, communes noirceurs que d’aucuns explorent quand d’autres les fuient. C’est probablement ce trouble intérieur dont Jérôme Leroy se défend en arguant d’une prétendue « confusion entre l’auteur et le narrateur » supposément entretenue par Jacques Tarnero dans son texte. Mais qu’importe. La voix du narrateur reste celle de l’écrivain, et ce n’est pas ce qui est mis en cause.

Relisons Tarnero et tenons-nous en à la littérature. Il n’apprécie ni le style « novlangue de banlieue » ni le propos victimaire de M. Bachi. Pour défendre l’écriture, il faudrait également la censurer ? Si critiquer un texte au motif qu’il est littéraire relève aujourd’hui, selon Jérôme Leroy, d’un véritable « procès en sorcellerie », on n’a pas fini d’encenser les biographies de footballeurs.


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Isabelle Kersimon est journaliste.

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