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Le modèle BoJo: une solution pour la France?

Entretien avec William Thay, président du Millénaire (2/2)

Le modèle BoJo: une solution pour la France?
Boris Johnson et Emmanuel Macron lors d'une visite à Downing Street, 18 juin 2020 © Justin Tallis/AP/SIPA Numéro de reportage : AP22465647_000041

William Thay est président du Millénaire, un think-tank indépendant spécialisé en politiques publiques, portant un projet gaulliste, réformateur et guidé par l’intérêt national. Dans un rapport publié récemment, il se demande si le modèle de Boris Johnson est applicable en France. Entretien 2/2.


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Causeur. Pourquoi et comment la France peut-elle s’inspirer de l’exemple de Johnson ?

William Thay. La France a manqué le tournant de la mondialisation, et cela a conduit à 40 années de déclin depuis l’arrivé au pouvoir de François Mitterrand. Est-ce que nous souhaitons poursuivre sur cette voie pour paupériser davantage une population sous tension et pour plaire à l’intelligentsia des bien-pensants ? Ou est-ce que nous voulons préparer le pays à une nouvelle ère plus conflictuelle marquée par les tensions entre les États-Unis et la Chine ? Cette deuxième voie suppose de suivre les principes de la Seconde Révolution conservatrice menée par Boris Johnson et Donald Trump, quitte à être taxé de populiste ou de nationaliste.

Pour suivre Boris Johnson, nous avons besoin de trois éléments : une personnalité volontaire, une reprise du contrôle, et un nouveau projet collectif. Une personnalité volontaire ne peut émerger qu’à travers un suffrage, et l’élection présidentielle 2022 doit être la rencontre d’un homme ou d’une femme avec le peuple. Reprendre le contrôle est une nécessité pour répondre aux quatre fractures françaises : sociales (Marcel Gauchet), territoriales (Christophe Guilluy), identitaires et démocratiques.

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Sans volonté de reprise en main de notre destin, il est impossible d’abattre les verrous de l’action publique, et le président nouvellement élu n’aura en réalité que très peu de marges de manœuvre. Il doit faire face à une bureaucratie, à des corporations et à des groupes minoritaires qui défendront toujours leurs intérêts de caste au détriment de l’intérêt collectif. Pour cela, la Constitution de la Vème République offre des solutions comme l’usage du référendum pour dépasser ces intérêts contraires. De plus, le pouvoir politique ne doit plus laisser la main à la bureaucratie ou aux autres corps constitués, pour reprendre le pouvoir qui lui est conféré dans le cadre d’une démocratie représentative.

Enfin, un projet collectif sur le modèle de « Global Britain » doit permettre d’orienter le pays vers de nouvelles perspectives. Pour cela, il est nécessaire de répondre au besoin de protection tout en assurant la nécessité de liberté : ces deux exigences ne doivent pas être antinomiques. Il est ainsi nécessaire de rompre avec l’excès de socialisme qui frappe la France depuis 40 ans et qui mine notre société, tout en dressant un horizon collectif autour de deux axes : faire de la France une nation d’industriels et de savants pour élever collectivement la société plutôt que de pratiquer le nivellement continu par le bas ; et préserver l’art de la vie à la française. Il ne sert à rien de devenir plus prospère sur le plan économique et social, si notre mode de vie est menacé par les ayatollahs verts, la loi des gangs, les indigénistes et l’islamisme.   

Qui en France – quel leader, quel parti – aura le courage et les compétences pour prendre des mesures inspirées par Johnson ?

Il est peu probable à l’heure actuelle que les partis de gauche ou de la majorité présidentielle reprennent la doctrine de Boris Johnson. Dès lors, il ne reste plus que les partis de droite ou le Rassemblement national qui puissent le faire, même s’il existe plusieurs problèmes structurels pour chacun d’entre eux.

Le Rassemblement national porte une partie des revendications exprimées par Boris Johnson, notamment dans la réponse sur les fractures qui frappent le pays. Toutefois, il n’apparait pas armé pour porter une vision globale similaire à celle du Premier ministre britannique. Il ne s’agit pas seulement de répondre à quelques préoccupations fondamentales mais de dessiner un nouveau projet global pour permettre au pays d’affronter les nouveaux défis. À ce stade, il apparait difficile d’entrevoir le projet économique de Marine Le Pen tout comme sa vision de la place de la France dans le monde. De plus, Marine Le Pen semble disqualifiée sur ces terrains depuis son débat manqué lors du second tour de l’élection présidentielle de 2017, même si tout n’est pas définitif.

Les Républicains quant à eux sont en quête d’un espace politique pour exister entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen, et possèdent le plus d’intérêt à adopter les thèses de Boris Johnson. Toutefois, il leur manque deux principales qualités qui ne sont pas pour l’instant remplies aux yeux des Français : le courage et la crédibilité pour porter un tel projet. Les citoyens reprochent aux Républicains notamment d’être fermes dans les discours, mais d’être plus timorés lorsqu’ils sont au pouvoir. L’émergence d’une nouvelle classe politique peut permettre de répondre à ce type de reproches, mais il est également nécessaire de montrer qu’ils sont capables de penser hors du cadre pour se réinventer comme Boris Johnson a pu le faire alors qu’il était un membre historique du parti conservateur britannique. Sur la question du courage, les Républicains doivent comprendre qu’ils retrouveront davantage le pouvoir en répondant aux préoccupations des citoyens et en dessinant un nouvel horizon collectif plutôt qu’en se soumettant à la gauche et à une partie des médias. Pour cela, il faut penser et agir différemment quitte à se faire traiter de « populiste » ou de « nationaliste », des qualificatifs qui n’ont pas effrayé Boris Johnson parce qu’il possède une boussole : l’intérêt général plutôt que les intérêts particuliers de l’establishment.

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À ce titre, Xavier Bertrand, Bruno Retailleau et Laurent Wauquiez incarnent pour l’instant une partie des remèdes de Boris Johnson, mais ne parviennent pas à incarner la totalité de sa philosophie. Par exemple, Xavier Bertrand reprend à son compte la volonté de réindustrialiser le pays, Bruno Retailleau le souhait de reprendre le contrôle de notre politique, et Laurent Wauquiez possède la même analyse que Boris Johnson sur l’état de la société. Il reste encore du temps d’ici la prochaine présidentielle, et ces personnalités ont le choix, comme pour notre pays, de s’adapter au modèle de Boris Johnson ou de voir la France continuer de décliner.


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est directeur adjoint de la rédaction de Causeur.

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