C’est avec des accents orwelliens que les grands commentateurs britanniques ont évoqué la gifle électorale infligée le 16 décembre dernier, à Jeremy Corbyn, leader du parti travailliste. The Telegraph a réinventé la « common decency » chère à George Orwell en titrant que le « corbynisme attentait à la décence et au bon sens de la classe ouvrière brtannique ». 


La « décence ordinaire » a été l’une des grandes découvertes politiques de George Orwell. Parti à la découverte de l’humiliation des démunis et des travailleurs sans qualifications, Orwell a découvert dans les asiles de nuit et les foyers ouvriers du Nord des classes populaires britanniques simples et humbles, dotées d’une dignité et d’un sens viscéral de l’égalité et de la solidarité, toutes qualités qui semblaient avoir déserté la société britannique. George Orwell en a conclu que les personnes qui exécutent des travaux concrets, qui produisent de leurs mains ou savent réparer des objets cassés, ces personnes-là sont douées « d’une honnêteté ordinaire » qui les fait pencher naturellement vers le bien. Comme l’écrit Bruce Bégout, auteur d’un petit livre sur la « décence ordinaire » (Editions Allia), « l’homme ordinaire n’a pas besoin de se tourner vers certaines autorités pour agir moralement. Il possède en lui-même une faculté sensible d’évaluation morale qui précède toute norme conventionnelle…. La common decency est la faculté instinctive de percevoir le bien du mal ». Notamment en politique. Et quand des faiseurs et des faisans investissent les partis de gauche, les classes populaires ne se laissent pas facilement berner, Jérémy Corbyn en a fait la triste expérience.

« La classe ouvrière britannique a sauvé les juifs »

Douglas Murray, auteur mondialement connu de L’étrange suicide de l’Europe a lui aussi retrouvé des accents orwelliens pour se féliciter de la défaite de Jeremy Corbyn. Que dit Murray ? Qu’un « fossé s’est creusé entre les gens qui se préoccupent du monde réel et ceux qui se concentrent sur des niches de réflexion et des sujets qui n’en valent pas la peine. Ce fossé a surgi entre ceux qui s’inquiètent de la façon dont ils sont gouvernés, de la façon dont la nation est conduite, du niveau d’immigration nécessaire et ceux qui les considèrent comme des arriérés ou des lunatiques parce qu’ils portent attention à ces choses insignifiantes ».

Sur son blog, la très influente Mélanie Philips a affirmé que « la classe ouvrière britannique a sauvé la Grande Bretagne et les juifs ». Les juifs, tout le monde comprend pourquoi en raison de l’antisémitisme structurel du Labour et des liens de Corbyn avec le Hamas et le Hezbollah. Mais l’Angleterre ? En fait écrit Mélanie Philips, parlant de la classe ouvrière britannique, « ces communautés économiquement brisées du Nord de l’Angleterre et des Midlands, pénalisées par des niveaux de pauvreté et de chômage très élevés, ces anciennes villes minières qui votent Labour depuis que le parti a été inventé, tous ces gens ont brutalement tourné casaque pour un type éduqué à Eton, et qui parle anglais comme s’il avait un caramel dans la bouche ».

Le Labour contre la nation britannique

Pourquoi ont-ils tourné le dos au Labour ? Parce que ce même Labour a tourné le dos à ce qui est la base de la décence ordinaire, à savoir l’attachement à la nation britannique.  La classe ouvrière britannique affirme Mélanie Philips est « profondément, passionnément patriotique et attachée à la démocratie ». À maintes reprises, ils ont « sauvé le pays », lutté contre la tyrannie, « mis leur vie en jeu pour défendre leur culture historique, leurs institutions et leurs valeurs ». Ils ont donc voté pour le seul homme politique qui a parlé de renouer avec des frontières et de sortir de l’UE, éjectant ce Corbyn qui les menait en bateau sur les eaux glauques de la mondialisation et de l’alliance avec l’islamisme. Ces classes populaires britanniques, ce sont aussi des gens profondément attachés « aux valeurs traditionnelles » dit Mélanie Philips. Et parmi ces valeurs traditionnelles, il y a l’ « attachement à la famille, la communauté et la nation », toutes valeurs que les bobos des grandes villes et les gauchistes qui prônent tout à la fois le genre, l’immigration musulmane et la charia ont piétiné depuis des décennies.

En France, c’est peu dire que la décence ordinaire attend son heure tant « l’indécence publique » (autre concept orwellien) caractérise le régime en place. La démission honteuse de Jean-Paul Delevoye pour cause de conflits d’intérêts multiples a été précédée de la démission de François de Rugy, ministre d’Etat et de la transition écologique  pour cause de homards abusifs (juillet 2019), de celle de Françoise Nyssen, ministre de la culture pour ses travaux sans autorisation (octobre 2018), de la démission de Laura Flessel, ministre des sports en raison de ses ennuis fiscaux (septembre 2018), du départ de Marielle de Sarnez, ministre des affaires européennes pour cause d’emplois présumés fictifs du Modem (‘juin 2017), de la démission de François Bayrou, ministre de la justice et ses emplois présumés fictifs (juin 2017), de Sylvie Goulard, ministre des armées et ses emplois présumés fictifs (juin 2017) sans oublier sa récente mise en examen pour détournement de fonds publics, de Richard Ferrand, ministre de la cohésion des territoires et l’affaire des Mutuelles du Mans (juin 2017)…  Alexis Kohler, secrétaire général de l’Elysée, n’a pas démissionné, mais l’association Anticor a déposé trois plaintes contre lui pour « prise illégale d’intérêt », « corruption passive » et « trafic d’influence ». Là encore, des conflits d’intérêt entre sa position de haut fonctionnaire et de puissants intérêts familiaux.

Macron et l’âme d’un poète

La liste des atteintes de ce gouvernement à la décence ordinaire serait incomplète si on ne mentionnait pas les affaires Benalla et Vincent Crase, toujours pendantes. Taisons les deux ou trois affaires de viol qui pendent aux basques de certains ministres et collaborateurs du président et refermons cette triste litanie sur la note de mépris très classique que ces élus bobos distillent quand ils parlent du peuple de France. François Hollande se moquait des « sans-dents » et Gérald Darmanin a conseillé à Emmanuel Macron d’inclure dans son entourage des gens qui « mangent avec les doigts » pour que le sentiment des classes populaires puisse être représenté au cœur du pouvoir politique. Mais le président n’a pas entendu, il était dans l’avion en direction de la Cote d’Ivoire avec le rappeur Vegedream qui chante, je cite : « Sale pute, va niquer ta race…. J’aime pas les suceurs de bite. Les gros suceurs de bite. Je déteste les suceurs de bite. Les gros suceurs de bite. J’aime pas les suceurs de bite. les gros suceurs de bite ». On ne se demandera pas si le président entendait le faire changer d’avis au cours du voyage.

Au terme de ce rapide voyage en Macronie, on cherche en vain un Boris Johnson auquel se raccrocher. La common decency ne porte pas à la révolution, mais elle ne se laisse pas dissoudre. Elle ronge son frein et si personne ne surgit sein de la classe politique pour l’incarner, il sera toujours temps d’aller se réfugier à Londres et de lancer une radio sur le Net « les Français parlent aux Français ».


Lire la suite