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Laurence Trochu : « Les conservateurs ne se coucheront pas ! »

Laurence Trochu : « Les conservateurs ne se coucheront pas ! »
Laurence Trochu à Villepinte, 5 décembre 2021 © WITT / ACCORSINI/SIPA Numéro de reportage : 01051624_000033

La Présidente du Mouvement Conservateur, désormais ralliée à Reconquête !, a signé une tribune dans Valeurs Actuelles s’opposant à la bien-pensance du mouvement LGBT qui cherche à faire taire ses opposants. Entretien.


Causeur. Suite à l’affaire Cayeux, dont nous avons déjà parlé dans les colonnes de Causeur, vous décrivez dans une tribune un « nouveau paradigme bien-pensant ». Quelles en sont les caractéristiques et ses nouveaux maîtres ?

Nous sommes en présence d’un « soft totalitarisme » que le philosophe britannique Roger Scruton a très bien analysé. Toute pensée ou toute parole que l’on peut accuser d’exclure tel ou tel groupe qui a les faveurs et la protection des progressistes fait l’objet d’une condamnation et d’un bannissement.

Nous assistons à une véritable chasse aux sorcières menée tambour battant par l’extrême gauche bien sûr, mais aussi par les politiques qui se réclament du progressisme ou veulent faire partie du camp des bien-pensants, abdiquant toute conviction. Scruton le dit en ces termes, et ils pourraient s’appliquer aux politiques : « Si vous vous démarquez, comme journaliste ou comme universitaire, des relais d’opinion, le but est d’empêcher que votre voix ne soit entendue ».

Le recours à l’autocensure est l’arme la plus efficace contre un peuple. L’été dernier, je relisais 1984 d’Orwell publié en 1949. Comment ne pas voir l’actualité et la pertinence de ce texte ? Aujourd’hui, on est accusé de « crimes de pensée » dès lors qu’on n’adhère pas à la doxa progressiste. Elle a d’ailleurs inventé de nouveaux mots – homophobie, islamophobie, transphobie – afin de faire passer pour fous ou dangereux, ceux qui osent dire qu’un enfant naît d’un père et d’une mère ou que l’immigration musulmane met en danger notre mode de vie.

Aux côtés du sénateur Sébastien Meurant qui a rejoint Eric Zemmour pendant la présidentielle, de Jean-Frédéric Poisson de VIA, de mon estimable confrère Jeremy Stubbs et de nombreux élus, vous dénoncez en fait la judiciarisation des opinions par le mouvement LGBTQIA+. Diriez-vous qu’il y a un lobby LGBTQIA+ ? Et, si oui, que cherche-t-il à obtenir en ostracisant Mme Cayeux, et par quels moyens ?

Je reprends à mon compte l’expression de « soft totalitarisme », car nous expérimentons tous la puissance contraignante des lobbys qui cherchent à exclure les dissidents : enseignants, cadres supérieurs, mais aussi chauffeurs de bus, journalistes : combien risquent l’exclusion et la fin d’une carrière, parfois même sur la base d’un simple soupçon ? La propagande woke est l’outil d’un mouvement révolutionnaire qui exclut tout ce qui ne pense pas comme il faut. Effacer toute trace du passé, renier tout héritage culturel et même toute filiation biologique, c’est le rêve des progressistes qui cherchent à déraciner l’Homme et lui donner l’illusion d’une totale liberté.

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L’actualité nous en donne chaque jour des exemples plus fantasques les uns que les autres : ici on déboulonne des statues, là on interdit des dessins animés qui sont les classiques de notre enfance, car ils « véhiculent des stéréotypes racistes ou sexistes ». Le lobby LGBT est un acteur majeur de cette machine à détruire notre culture et nos mœurs. Elisabeth Borne déclare que « la bataille des mentalités n’est pas encore gagnée ». C’est bien l’aveu qu’une force idéologique est à l’œuvre et que le gouvernement y participe. Le mois dernier, la Direction Générale des Finances Publiques demandait à ses agents de ne plus utiliser « Madame » ou « Monsieur » dans ses notes de service pour une « meilleure prise en compte des évolutions de l’identité de genre ». Nietzsche disait très justement que « les pensées qui mènent le monde viennent sur des pattes de colombe ». Nous le voyons, c’est subrepticement que s’effectuent ces changements de civilisation, mais nous connaissons une forte accélération sous les quinquennats d’Emmanuel Macron.

Doit-on faire une différence entre le rejet du mariage homosexuel et l’homophobie ? La gauche ne semble y voir aucune différence.

Je lis aujourd’hui qu’Elisabeth Borne va créer un poste d’ambassadeur aux droits LGBT+, assorti de la création d’un fonds de 3 millions d’euros. Elle ne voit pas la contradiction d’une telle décision qui crée en fait une discrimination. Il est scandaleux de traiter les personnes homosexuelles ou transsexuelles comme des étrangers en leur commettant un ambassadeur pour les représenter. Là est la véritable homophobie, car ce sont des citoyens à part entière !

Plus largement, tout ceci est révélateur d’un état d’esprit : les personnes ne sont vues qu’à travers leur orientation sexuelle ou la couleur de leur peau. C’est une régression sans nom d’essentialiser une personne en la réduisant de la sorte. Les conservateurs sont là précisément pour rappeler l’égale dignité intrinsèque des personnes et c’est cette voix que porte l’alliance des conservateurs dans la tribune que vous évoquez. Parce qu’une personne humaine est digne de respect quel que soit son état de vie, sa couleur de peau, sa santé.

Une initiative menée par le LR Thibault Bazin cherche à inscrire l’interdiction de la GPA dans la Constitution. Quel regard portez-vous sur cette initiative ?

Nous la soutenons ardemment et félicitons ces députés LR que nous connaissons et dont nous avons toujours salué le courage. Ne soyons pas naïfs pour autant : la GPA existe déjà en France, de deux manières.

D’une part, la retranscription à l’état civil français des enfants nés de GPA à l’étranger est une des conséquences de la loi Taubira. Certes, les enfants ainsi conçus n’y sont pour rien ! Mais la France a un devoir d’exemplarité, car une personne humaine ne doit jamais être considérée comme un objet qu’on bricole, une marchandise qu’on achète, un produit qu’on jette. Ceux qui recourent à la GPA doivent assumer la réalité : en France, ils sont hors la loi et dépossèdent un enfant de sa nationalité !

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C’est évidemment au niveau international qu’il faut lutter contre ce nouvel esclavage des mères porteuses. A minima, il s’agirait de faire appliquer la Résolution du Parlement européen du 5 mai 2022 qui demande « la mise en place de mesures contraignantes pour lutter contre la gestation pour autrui ».

D’autre part, la GPA est tolérée par les ministres de la Justice qui se sont succédé et qui n’ont pas fait interdire les salons “Désir d’enfants” qui se tenaient dans des grands hôtels parisiens. On peut y acheter des bébés sur catalogue, produits en Espagne ou en Ukraine. Le collectif Juristes pour l’Enfance vient de demander au garde des Sceaux d’interdire le prochain salon qui doit se tenir en septembre prochain. À défaut de réponse mi-août, ou en cas de réception d’une réponse négative, l’association saisira la juridiction administrative.

Nos lecteurs le savent, vous n’êtes plus chez LR. Suite à la débâcle électorale d’Eric Zemmour, comment poursuivre politiquement votre combat après l’été ? Et pourquoi Eric Zemmour ne figure-t-il pas parmi les signataires de votre texte ?

Le Mouvement Conservateur existe depuis huit ans. Il a sa vie propre avec des élus, un maillage territorial qu’il a su faire perdurer grâce à des cadres engagés et résilients. Né sous le quinquennat Hollande, le Mouvement Conservateur sait ce que signifie être dans l’opposition. Et face au progressisme d’Emmanuel Macron qui liquide et déconstruit notre identité, notre souveraineté et la dignité de la personne humaine, nous avons l’âme des résistants ! Nous allons continuer à porter la voix des conservateurs, sans craindre les foudres du politiquement correct. Nos élus dans les conseils municipaux, départementaux, régionaux œuvrent localement pour le bien commun, sans se laisser démonter par les délires progressistes qui tentent parfois de s’immiscer.

Nos trois partis ont constitué une force non négligeable dans la campagne présidentielle d’Eric Zemmour en contribuant à la dynamique dès le mois de décembre. Porte-paroles, nous avons parcouru la France pour y animer des réunions publiques. Expérimentés, nos responsables de fédérations ont épaulé les cadres Reconquête. Courageux, nos élus ont contribué significativement à l’obtention des parrainages. Puisant dans le travail intellectuel initié avec Roger Scruton, le Mouvement Conservateur a apporté sa pierre à l’édifice de l’élaboration du programme d’Eric Zemmour. Nous avons ensuite présenté des candidats aux élections législatives, constituant ainsi une équipe unie.

Je suis convaincue que la Reconquête, pour durer et gagner, doit s’appuyer sur les différents visages qui incarnent cette union des droites, certes inachevée, mais qu’Eric Zemmour a fait advenir. Autour d’une même table, grâce à lui, travaillent ensemble des personnalités qui viennent de LR et du RN, portées par un même amour de la France et rassemblées autour des mêmes priorités.

À la fin du XVIe siècle, alors que les Pays-Bas s’enfonçaient dans une crise qui aurait pu être mortelle, Guillaume le Taciturne prononça une formule qui, deux siècles et demi plus tard, devint la devise du pays : « Je maintiendrai ». Maintenir : cet impératif catégorique pourrait servir de devise à une droite qui, confrontée aux mirages frelatés de la mondialisation heureuse et de la société liquide, entend garder les yeux ouverts. Car maintenir ou conserver n’est pas un retour vers le passé, mais une lucide démarche d’avenir. Parce que cette approche réaliste est à même de fédérer, dans un élan partagé, tous les Français qui ne se reconnaissent plus dans ce monde que leur bâtissent des idéologues, et qui s’inquiètent du sectarisme avec lequel ces derniers entendent imposer leurs conceptions. Cette majorité silencieuse, ces Français de toutes classes, milieux, régions savent que les temps à venir seront rudes, mais ils y sont prêts, car ils ne veulent pas mourir. Les conservateurs, cœur de la droite, ne se coucheront pas !


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Rédacteur en chef du site Causeur.fr

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