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Incendies : «  On ne peut plus gérer une forêt comme avant »

Un nouveau rapport sénatorial propose de nouvelles méthodes de lutte contre les incendies.

Incendies : «  On ne peut plus gérer une forêt comme avant »
Pompiers luttant face à un feu de forêt, le 31 juillet 2022 à Aubais, Gard. © /AP/SIPA

Alors que cet été voit se multiplier les incendies d’ampleur dans le Sud de la France, un rapport sénatorial mené par le LR Jean Bacci alerte sur des moyens limités et la nécessité de mener une nouvelle politique de la forêt pragmatique. Entretien.


Causeur. Quand on parle de lutte contre les incendies, on parle d’abord de prévention. Comment prévenir un incendie alors que le réchauffement climatique semble nous vouer à en affronter de plus en plus dans le futur ?

Jean Bacci : Il faut d’abord savoir qu’aujourd’hui, ce qui fait la force de mon département (le Var), c’est l’anticipation des pompiers. Quand on est en période de forte température dans une région sèche avec des vents tournants, les pompiers sont prépositionnés pour intervenir le plus rapidement possible.

Les feux sont dans 90% des cas d’origine humaine, dont 70% de façon accidentelle et 20% de façon volontaire. Pour ces derniers, on peut essayer de les combattre, mais il y en aura toujours. En revanche, les feux accidentels arrivent souvent par manque de connaissance et de prise en compte de ce risque d’incendie.

Nous avons donc besoin de communiquer largement avec les locaux et les touristes. Il faut leur faire prendre conscience que le risque est prégnant : c’est le mégot qu’on jette par la fenêtre qui lance l’incendie de Gonfaron, le barbecue qu’on fait dans la maison de vacances… On pourra toujours faire des barbecues ! Simplement, il faut respecter les normes avec des gestes simples.

Il faut également préparer la forêt. Si elle n’est pas préparée au changement climatique, à l’horizon 2050, il n’y aura plus de forêt ! Il faut donc enlever de la biomasse (ensemble des plantes et animaux) pour que le feu se propage moins rapidement, et imaginer des projets de sylviculture pérenne.

La biomasse a longtemps été une charge. Aujourd’hui, on peut l’exploiter pour alimenter des centrales de cogénération ou pour la papeterie. Les beaux arbres peuvent servir à faire du bois d’œuvre ou d’industrie. Quand on enlève de la biomasse, on prépare la forêt pour que les pompiers puissent la défendre. Pour cela, ils doivent accéder au feu en toute sécurité avec des pistes DFCI (Défense des Forêts Contre les Incendies, pour les véhicules d’urgence) qu’on entretient ! Il faut aussi enlever de la biomasse par des programmes PIDAF (Plans Intercommunal de Débroussaillement et d’Aménagement Forestier) qui serviront de coupe-feux.

Fin juillet, un incendie en Gironde a détruit plus de 20 000 hectares de forêt. Certains accusent directement la gestion d’EELV de la Teste de Buch. Qu’en est-il ?

Aujourd’hui, on n’a pas tous les réflexes, raison pour laquelle cette mission sénatoriale a été conduite. Cependant, les premiers éléments qui transparaissent montrent que les pistes DFCI et les programmes PIDAF n’ont pas été faits là où ils le devaient. EELV a bloqué les choses. Nous avions cependant eu le même problème dans le Var où un incendie avait été arrêté partout par les pompiers, sauf là où on n’avait pas pu retirer de biomasse.

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Il faut bien comprendre qu’on ne peut plus gérer une forêt comme avant, qu’il faut faire évoluer la réglementation. C’est d’ailleurs ce que préconise le rapport qui veut que le préfet local, entouré des maires concernés, puisse prendre des dispositions aux endroits à risque. Parce que derrière, pour protéger deux petites fleurs et un groupe de tortues, on laisse s’embraser toute une forêt et les tortues meurent toutes. Ils ne faut pas avoir de position dogmatique comme certains : couper quelques arbres peut sauver une forêt.

Gerald Darmanin a déclaré que nous avions la plus grande flotte de Canadairs d’Europe. Sommes-nous suffisamment équipés ?

C’est de la communication ! Oui, nous avons la plus grande flotte. En comptant tous les engins volants, nous avons une trentaine d’appareils. Après, il faut se confronter au réel ! Nos appareils sont vieillissants, voire cloués au sol parce qu’on doit systématiquement les réparer. Deux tiers des appareils que nous avons sont à peine utilisables.

Mais la communication ne s’arrête pas là ! L’Etat a commandé quatre Canadairs, d’autres pays vont nous en prêter. C’est très bien. Cependant, il faut bien comprendre que la ligne de production des Canadairs est arrêtée : ces avions, on les aura au mieux en 2028. On a donc besoin d’adapter la flotte à la hauteur du risque.

Mais d’autres possibilités ne sont pas exploitées. Par exemple, Airbus a expérimenté le mois dernier un porteur militaire avec des réserves d’eau. Airbus est un constructeur français, on peut faire quelque chose avec lui !

Plusieurs fois au cours du 1er mandat d’Emmanuel Macron, les pompiers ont manifesté contre la difficulté de leurs conditions de travail. Alors qu’ils seront vraisemblablement de plus en plus appelés au front, avez-vous évoqué ce sujet dans votre rapport? 

Tout à fait. Nous avons suffisamment de pompiers professionnels. Ce qui manque surtout, ce sont les bénévoles. Nous avons aujourd’hui 200 000 pompiers bénévoles compris. Il nous en faudrait 50 000 de plus. Il faut faciliter le bénévolat, au niveau des entreprises notamment, qui auraient des crédits supplémentaires si leurs employés étaient appelés au feu. Ces dispositions deviennent nécessaires : alors que le feu était confiné dans le Sud de la France, il s’étend désormais dans des régions plus septentrionales.

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Or, en cas de grand feu, on appelle des pompiers venus des régions sans feu. Demain, ces pompiers seront mobilisés chez eux, raison pour laquelle il nous faut ces 50 000 bénévoles, ce qui ne fait que 2 ou 3 pompiers par caserne.

Le deuxième élément est que nous avons les jeunes bénévoles. Malheureusement, il faut les former, mais les pompiers étant utilisés contre le feu, les bénévoles se retrouvent à servir dans les ambulances, ce qui les décourage.

Aujourd’hui, toute cette lutte est financée principalement par les collectivités. Mais l’État ne s’occupe que des avions. L’État va devoir mettre la main à la poche pour aider nos territoires à mieux se protéger, nos pompiers à être encore plus efficaces. Les pompiers paient encore aujourd’hui leur essence avec taxes ! Tous les véhicules non-porteurs d’eau paient un malus ! Cela paraît impensable, mais c’est la réalité. Enfin, la sortie de l’exonération de TVA pour la protection des forêts va augmenter les coûts de 20%, ce qui n’arrange rien pour des collectivités territoriales sans le sou.

Un dernier problème est que, lorsqu’il y a un feu, tout le monde parle des pompiers. Mais ce qu’il faut, c’est faire un travail en amont, sur le long terme.


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Jeune (dés)espoir du journalisme politique. Etudiant, pigiste, et un peu poète.

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