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La vaccination: véritable enjeu des élections, suite

La vaccination obligatoire était une bonne décision

La vaccination: véritable enjeu des élections, suite
Centre de vaccination éphémère à la Station F, campus de Xavier Niel, le 9 juillet 2021, dans le 13eme arrondissement de Paris © ISA HARSIN/SIPA Numéro de reportage : 01027608_000015

Fin décembre 2020, débutait timidement, notamment faute de doses disponibles, la campagne de la vaccination contre le Covid 19 en France avec Mauricette.


J’avais eu l’occasion de m’exprimer sur le sujet. Nous allions enfin entrevoir le bout du tunnel. Naturellement, j’ai couru me faire vacciner à l’hôpital Beaujon dès que j’ai obtenu un rendez-vous mi-janvier. Ce matin-là, j’étais entourée des internes des urgences et de la réanimation, arrivés en masse, émus aux larmes. Ne plus revivre cette hécatombe, apporter sa contribution à cette opération de sauvetage planétaire, éviter des décès, remettre à flot l’économie… En l’absence d’autres thérapeutiques efficaces, je ne voyais que des bonnes raisons à cette vaccination sûre et efficace, ce n’était pas un sujet de réflexion, voire je n’imaginais pas d’alternative, pas d’autres solutions.

Lorsque j’ai quitté Beaujon en arborant mon badge bleu de vaccinée, une passante a levé les yeux au ciel en l’apercevant et m’a craché dessus.

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Puis, j’ai posté fièrement la photo de ce badge sur les réseaux sociaux. Certains contacts m’ont trouvé chanceuse et ils avaient raison. D’autres m’ont insultée. Et Clem, une ancienne copine de lycée, a fait un commentaire-fleuve avec des ingrédients bien connus maintenant de la croyance pure où des “faits” qui sont tout sauf certains sont présentés avec certitude et une étonnante véhémence.

Depuis que l’infection au Sars Cov 2 a touché la France, on n’a cessé d’entendre les voix discordantes des méfiants artisanaux et industriels. Cette crise nous a permis de reparler du complotisme. Certains conspirationnistes sont radicaux, structurés, habités. Plus que défiants, ils sont anti-système, ils présentent l’actualité comme étant une mise en scène dont profiteraient les puissants. Ces mécanismes ont été bien étudiés et décrits notamment par l’historienne Marie Peltier, Rudy Reichstadt fondateur de Conspiracy Watch, dans le reportage de Martin Weill, ou dans le numéro spécial de Zadig de Eric Fottorino.

Qui observe-t-on dans cette fosse à sceptiques ?

Des allumés adeptes de l’immunité naturelle, des oligo-éléments ou des huiles essentielles ? Pas uniquement. L’éventail est multiple avec des éléments en commun. J’en veux pour exemples leurs hésitations entre l’extrême droite et l’extrême gauche, l’utilisation de thématiques redondantes : chemises noires, étoiles jaunes, pandémie capitaliste voire sioniste, leur vision noire de notre avenir d’esclaves à la merci de nos gouvernants qui nous maintiendraient dans un régime dictatorial… Leurs dogmes plombent des mesures efficaces, ils se raccrochent à des éléments bancals pour étayer leurs théories. Ils sont des éponges à rumeurs.

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Pour ces personnes, la pandémie est une occasion rêvée, unique, de s’ériger en contestataires absolus, d’enfin prendre la lumière. Elles sont évidemment des antivax convaincus. Cependant, depuis que des doses de vaccins sont théoriquement disponibles dans toute la France aux plus de 16, puis aux plus de 12 ans, on note que dans la population adulte réticente à la vaccination, il n’y a pas que des complotistes. Et le « je ne suis pas antivax mais » est en passe de remplacer le « je ne suis pas raciste mais ».Tous les médecins en rencontrent sur leurs lieux d’exercice. J’étais étonnée, début juillet, de les voir encore nombreux lorsque je demandais : « ça y est, vous êtes vacciné(e) ? »

« Vous croyez ? Mais je suis jeune et sportif »

« Que sait-on vraiment de ces vaccins »

« On verra à la rentrée ! »

Certains sont des dénialistes, d’autres des doutants, des hésitants, des n’y pensant plus, des « ni pour ni contre, bien au contraire » qui ne demandent qu’à basculer vers un camp ou un autre. À l’étranger, on nous perçoit comme des occidentaux gâtés. Et le variant delta de progresser.

Alors le président Macron a tranché le 12 juillet en décidant d’établir le Pass sanitaire et l’obligation vaccinale des soignants. Il n’a plus tergiversé. Il s’est finalement montré déterminé. Après des discussions, oppositions, et des manifestations, ce passe vient d’être adopté par le Parlement. Et le nombre de vaccinations a fait un énorme bond.

Pouvions-nous vraiment éviter ces injonctions ?

Sans ressasser l’année 2020, les mensonges et les errements du gouvernement ont entaché la confiance des Français. Ensuite, lorsque la campagne vaccinale a débuté avec un rythme très léger, on avait l’impression que le gouvernement attendait notre adhésion, que la vaccination n’était qu’une possibilité. La vaccination était proposée sans manœuvre incitative, en attendant que les gens se rapprochent de la vaccination et pas le contraire. Ce d’autant que son accès est inégal selon les territoires (déserts médicaux, nombre de doses différent, rendez-vous surtout par internet, pas de vaccinodromes mobiles…) et que la vaccination seule ne suffit pas. Aucune véritable stratégie ne se dessinait.

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Et tout le monde ne va pas vers l’information. Nombreux sont les Français qui n’ont pas de médecin à qui parler. Ils ne disposent pas des mêmes informations. Le grand public lit rarement Nature ou le New England Journal of Medecine. Ils regardent la télévision, suivent les réseaux sociaux, les chaînes YouTube. Ainsi, la nuance ne faisant pas d’audience, certains médias ont porté aux nues des rassuristes, des scientifiques ou des pseudoscientifiques qui ne connaissaient rien au Covid mais s’exprimaient à longueur de journée, sur les différentes vagues, sur les soi-disant traitements précoces… Désinformation ou trop plein d’informations. Les Français ne savaient plus à quel sachant se vouer.

Le civisme a été préféré à l’égoisme pour s’en sortir tous ensemble. L’exécutif n’est pas qu’un arbitre, il peut adopter des mesures contraignantes. C’était aux adversaires politiques de démontrer avec de bons arguments s’ils en avaient, que la ceinture de sécurité vaccinale portait atteinte aux libertés individuelles. Ils n’ont pas réussi à le faire.


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Flora Fischer est Médecin spécialiste en dermatologie et vénéréologie, en cabinet libéral à Paris depuis 10 ans. Elle est également auteure du blog Les billets d'humeur du docteur F ainsi que de l'essai "Confidences d'une dermatologue" à paraître chez Robert Laffont.

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