Dante, en célébrant la femme comme moyen d’atteindre le divin, montre le caractère indispensable de la différenciation des sexes.


On sait combien une liberté sans bornes est source de désordres et tout autant combien les contraintes peuvent être fécondes. Ce principe à la fois esthétique et politique me donne l’occasion de m’exprimer sur l’actualité la plus amère, hélas, à partir d’un poème – un chef-d’œuvre universel dont je viens d’achever la traduction en français pour les éditions La Dogana de Genève : La Divine Comédie, de Dante Alighieri, homme politique et poète, penseur de la Cité et visiteur visionnaire de l’outre-tombe.

Je vais développer deux thèmes extraordinairement modernes que bien peu de gens semblent avoir perçus dans son œuvre, peut-être parce que, selon la leçon d’Edgar Poe (dans La lettre volée), les choses trop évidentes sont invisibles.

Quand Dante invente le mot transhumanisme

Le concept de « transhumanisme » nous paraît incroyablement contemporain. Il semble que le mot français soit né en 1957, et son développement socio-politique ne date que des années 80. Aucun dictionnaire à ma connaissance ne mentionne pourtant que le mot, « trasumanar »  que je traduis par « transhumaner » apparaît pour la première fois dans l’histoire de l’Occident sous la plume de Dante, il y a donc sept cents ans, dans le premier chant du Paradis (v. 70) :

Dans les sphères éternelles, Béatrice
Tenait fixés ses yeux, et moi en elle
Je mis les miens (…).
Et lors je me sentis devenir comme
Devint Glaucos lorsqu’il goûta cette herbe
Qui, en mer, le fit pair des autres dieux
Transhumaner ne se pourrait traduire
En mots mortels, mais suffise l’exemple
À qui la grâce en garde l’expérience…

Fameux créateur de néologismes, Dante ne se prive pas ici d’innover d’une étonnante manière pour traduire un concept central du christianisme : la déification de l’homme sauvé. « Dieu s’est fait homme pour que l’homme se fasse Dieu », disait saint Irénée de Lyon. Cette dimension verticale de la mutation de notre espèce est évidemment aux antipodes des mutations et manipulations esthétiques, génétiques, voire robotiques, qui sont pour notre malheur en train de prendre valeur de normes.

Le « transhumanisme » non chrétien est non seulement un des signes particulièrement inquiétants du caprice infantile (« J’ai droit à tout ») qui marque les sociétés post-modernes, mais il est surtout − à l’opposé exact du concept dantesque − dans l’horizontalité matérielle, dans le prolongement maximal de la vie physique, dans la volonté d’extension ad infinitum de ce qui par essence est transitoire, soumis aux contingences, aux limites et à la mort. C’est un

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Michel Orcel
Michel Orcel est écrivain, éditeur et psychanalyste.
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