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La gauche dans tous ses états: sectaire, intolérante et sans pitié

La gauche dans tous ses états: sectaire, intolérante et sans pitié
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Pour s’en convaincre, il suffit de méditer ces exemples attestant de son ouverture d’esprit.


La semaine dernière, Adélaïde fut confrontée avec brutalité au sectarisme péremptoire et satisfait d’une gauche, qui, en toute simplicité, s’arroge chaque jour un peu plus le monopole du Bien, dictant ce qu’il convient de penser, voire d’être. Pour mémoire, cette jeune fille, titulaire d’un master 2 en sciences politiques et communication, férue de ballet et passionnée par l’Opéra postula à l’AROP (l’Association pour le développement de l’Opéra de Paris) et fut reçue pour un entretien d’embauche qui tourna à l’exécution sommaire. La malheureuse avait osé mentionner dans une ligne de son CV, avec une inconscience qui frise l’irresponsabilité, un stage effectué à l’hebdomadaire Valeurs actuelles, dévoilant ainsi de suspectes accointances avec « l’extrême droite ». 

Qu’on se rassure, la dame préposée à l’entretien s’est chargée de donner une bonne leçon à la péronnelle, ennemie décomplexée du genre humain, alors qu’elle s’évertuait à plaider sa cause, pourtant indéfendable. On s’est du reste laissé dire que la dame vertueuse n’aurait reçu Adélaïde que dans cette louable perspective. La défenderesse du Bien et des justes valeurs a fini par clore l’entrevue en claquant le beignet à la jeune fille, qui n’en est toujours pas revenue, sur cette réplique imparable : « Le racisme est un délit, pas une opinion. » Cette malheureuse expérience m’en a rappelé une autre, plus ancienne que j’aimerais partager afin de témoigner, s’il en était encore besoin, de la tolérance légendaire et de l’esprit inclusif (à géométrie variable) qui semble prévaloir à gauche depuis un certain temps.

Ceux qui seraient tentés par l’enseignement, à la lecture de mon billet, doivent bien se mettre en tête qu’officier dans l’Éducation nationale, de nos jours suppose qu’on appartienne à une secte qui pour moi s’apparente à un marécage

La gauche, pour y revenir, est intrinsèquement bienveillante. Au seul Bien dévolue, elle prône l’union et l’apaisement. C’est au nom de ces valeurs, hautement morales s’il en est, qu’elle tend pourtant, de plus en plus, à se permettre tous les sévices. Sa mission : débusquer, pourchasser et pourfendre son ennemi atavique : les tenants de la droite à laquelle, pour les besoins de la chasse aux sorcières entreprise, elle a accolé l’épithète « extrême ». 

La gauche, en raison de la justesse universelle de ses valeurs, règne forcément sans partage sur la culture. Elle domine aussi dans l’Éducation nationale, où il est de bon ton de célébrer la diversité et la différence. Je me propose d’en témoigner.

On aimerait, pour se donner du courage, savoir Flaubert toujours de ce monde, attelé à la rédaction de son Dictionnaire des Idées reçues. Il y a fort à parier, alors, que sous l’entrée « droite », il nous réjouirait d’une définition moqueuse qu’on ne peut s’empêcher d’imaginer ici : « Droite : amie du capital et égoïste, toujours extrême. Quand on l’évoque, il convient de se boucher le nez d’un air entendu en mentionnant ses principes « nauséabonds » puis d’ajouter, d’un air de complicité entendue de nature à fédérer les Homais de tout poil : « Le racisme ne passera pas. »

J’ai commencé ma carrière, comme il se doit, dans ce qu’on nomme pudiquement « la banlieue » auprès d’un public difficile. À l’époque, mes collègues et moi, nous nous serrions les coudes, sans nous préoccuper outre mesure de nos orientations politiques. Prévalaient encore le respect du travail bien fait et la solidarité. Peu importaient les penchants de chacun.

J’ai obtenu ensuite ce que j’ai pris pour le Graal et qui s’est révélé un chemin de croix, à savoir une mutation, près de chez moi, dans « un bon établissement de centre-ville. »  J’ai pu, en ces lieux, dispenser un enseignement correct puisqu’on bénéficiait encore de l’attention des élèves, et ce fut là une merveilleuse expérience.

Plus désagréable fut l’étiquette qu’on me colla sur le dos, en dépit d’une conscience politique que je n’avais, à l’époque, que fort peu développée. On m’estampilla, tout simplement parce que j’étais mère d’une très nombreuse famille, comme bourgeoise, catholique et intégriste. Il fallait que je fusse de droite, bien sûr, et par conséquent pour l’exploitation et l’oppression du travailleur, de surcroît forcément inculte et frivole, ne travaillant que pour mon argent de poche. Je n’ai eu d’autre choix que d’endosser la défroque.

Comme l’établissement était calme, mes nouveaux collègues avaient le temps d’afficher, la main posée sur un cœur dont ils avaient le monopole, leurs aspirations égalitaristes. Malheur à qui semblait s’en écarter dans son mode de vie ou son apparence.

En ce qui me concerne, l’affaire, rondement menée, fut pliée dès le premier jour. D’emblée cataloguée comme bigote privilégiée par mes collègues soi-disant exempts d’idées reçues et laudateurs de l’ouverture de l’esprit, j’ai eu tout le loisir, durant de nombreuses années d’une grande solitude, de me lier d’une solide amitié avec la machine à café de la salle des profs. 

Le nombre de mes enfants dérangeait. Aussi, mes collègues commencèrent par me demander sur le ton d’une profonde commisération, si j’étais à la tête d’une telle tribu pour des raisons religieuses. J’eus beau leur expliquer que mon mari et moi avions simplement souhaité une grande famille, rien n’y fit auprès de ces bouffeurs de curés. À quelques années près, il se serait certainement murmuré qu’on m’avait vue en tête d’un cortège de La Manif pour tous.

Mes enfants étaient, pour ceux qui en avait l’âge, scolarisés dans un établissement privé, ce qui n’arrangea pas mes affaires auprès de mes petits camarades, champions au demeurant du contournement de la carte scolaire pour leurs propres enfants. Je fus sommée de me justifier d’un tel choix. Sans dissimuler le désir qui était mien de donner à ma progéniture l’enseignement que j’estimais le meilleur pour elle, je ne fus pas sans préciser que ledit établissement avait aligné les dates des vacances scolaires du primaire et du secondaire, ce qui me permettait de m’organiser plus facilement pour travailler. Là encore, sourires entendus et remarques désobligeantes : « On peut toujours s’arranger autrement, tu es fonctionnaire, c’est un peu déloyal, comme démarche. Enfin, tu as la chance de pouvoir scolariser tes enfants où tu veux, ce qui n’est pas donné à tout le monde. »

On s’enquit ensuite de la profession de mon époux et on apprit, avec horreur, qu’il était à la solde du grand capital, puisqu’il travaillait « dans le privé ». Pour mes collègues enseignants, souvent mariés avec des enseignants, « travailler dans le privé », c’était pactiser avec le diable et ça impliquait des émoluments scandaleux et injustes pour les travailleurs. 

Dès lors, ce fut pour moi un long calvaire sur fond de harcèlement.

Pourquoi travaillais-je avec autant d’enfants ? Pour me payer le coiffeur, de toute évidence !  Peut-être était-ce pour frimer avec les tailleurs que j’osais porter au mépris de la tenue de rigueur :  jean, sandales et pull large ?  De toute façon on se demandait bien à quel moment, pourvue d’une telle marmaille, j’avais le temps de préparer des cours corrects. Le proviseur alla même jusqu’ à me consoler, conscient de ma mise à l’écart : « Ils vous en veulent parce que vous n’êtes pas dans le moule de l’Éducation nationale. »

Ceux qui seraient tentés par l’enseignement, à la lecture de mon billet, doivent bien se mettre en tête qu’officier dans l’Éducation nationale, de nos jours suppose qu’on appartienne à une secte qui pour moi s’apparente à un marécage.

Un jour, on me posa la question suivante : « Tu ne trouves pas que nos élèves prennent le mauvais genre des petites pétasses de l’école privée d’à côté ? » (Notoirement fréquentée par mes enfants.) Tout y passa. Même ma voiture manquait, selon mes camarades, d’un petit chien posé sur le siège passager pour coller tout à fait à ce que j’étais.

Je crois que le sommet fut atteint un soir de réunion parents-professeurs. Un collègue s’avisant que je portais ce jour-là du bleu, du blanc et du rouge, me gratifia d’une saillie tout en finesse : « Tu as mis ta tenue Front national ? » Comme quoi, de grenouille de bénitier à facho, la frontière est ténue.

À tous ces esprits larges, sectateurs du Bien, de l’humanité et de la culture, je dédie ces propos tenus par Henri Poincaré : « La pensée ne doit jamais se soumettre, ni à un dogme, ni à un parti, ni à une passion, ni à un intérêt, ni à une idée préconçue (…) » Sans oublier de leur suggérer de méditer l’une des Pensées de Pascal les plus connues : « L’homme n’est ni ange ni bête, et le malheur veut que qui veut faire l’ange fait la bête. »


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est professeur de Lettres modernes

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