Par définition, tout, chez l’homme, est culturel. Même nos manières de nous nourrir ou de nous accoupler sont tributaires de la représentation que nous nous faisons des sexes, de la jouissance, des saveurs ou de la sociabilité. Rien n’y échappe. La culture n’est nullement cantonnée aux musées, bibliothèques ou au temps libre de certaines classes supérieures : elle conditionne le moindre de nos gestes, nos sentiments et nos instincts mêmes − car elle module l’appétissant et le désirable. La culture, c’est la grande mise en forme par les facultés spirituelles du magma animal d’où l’homme s’élève. Elle est autant l’œuvre de grands initiateurs (Jésus, Bouddha, les prophètes), que celle du génie collectif des peuples ou encore d’individus géniaux exprimant au mieux ce génie collectif. En conséquence, le rapport que nous entretenons à la culture est lui-même culturel. Il révèle la manière spécifique qu’a celle-ci de modeler les êtres et leurs gestes.

« Kultur » vs « Zivilisation »

En France, quand nous entendons le mot « culture », nous sortons nos « humanités ». Mais nous oublions que cet élégant réflexe tient à une tradition bien particulière, parfaitement aristocratique à l’origine. Souvenons-nous simplement de l’idéal de l’ « honnête homme » au XVIIe siècle, quand le terme d’« honnêteté » avait quelque chose à voir avec l’idée d’honneur. Il y avait alors un type d’homme supérieur, modèle vers lequel tendre, « cultivé » au sens botanique du terme et dont l’excellence des mœurs − et donc des actes − représentait la naturelle fructification. En outre, le perfectionnement de cet homme devait, presque mécaniquement, l’universaliser. Alors l’universel se touchait par l’un, non par le nombre, et la culture était comme la foi : une correction de la chute.

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