Jérôme Leroy. Vous animez depuis bientôt vingt ans l’émission Mauvais Genres, le samedi soir, sur France culture. Pouvez-vous tenter une définition du mauvais genre, que l’on croise aussi bien dans la littérature d’un Jean Ray ou le cinéma d’un Mocky ?

François Angelier. Il y a la même différence entre le mauvais genre et la vulgarité qu’entre le dandysme et l’excentricité. L’excentricité, c’est une pratique scolaire de la transgression réduite à un stock de trucs, c’est une pratique appliquée, besogneuse, de l’outrage et de la provocation. Le dandysme, au contraire, est une façon de contre-grâce comme le mauvais genre. Le mauvais genre peut être de mauvais goût mais il n’est jamais vulgaire. Le mauvais genre est un dandysme. Le mauvais genre diffuse, imbibe, tandis que la vulgarité se contente d’être voyante.

Mais quand la transgression est partout, en quoi le mauvais genre est-il plus transgressif ?

Le mauvais genre, c’est l’impression violemment angoissante d’une transgression volontaire. Elle peut être agie ou spontanée mais ce serait une erreur de croire que cette transgression ne touche que les formes extérieures du monde et de la morale. Le mauvais genre, c’est un attentat ontologique, une corrosion de l’essence même des choses. Avec le mauvais genre, le monde n’est pas détruit. C’est pire, il devient sinistré, il est rendu inhabitable.
Les Contes du whisky et La Cité de l’indicible peur de Jean Ray, éditions Alma, 2016.

Vous venez de lire un article en accès libre.
Causeur ne vit que par ses lecteurs, c’est la seule garantie de son indépendance.
Pour nous soutenir, achetez Causeur en kiosque ou abonnez-vous !
Partager
Jérôme Leroy
Ecrivain et rédacteur en chef culture de Causeur.Dernière parution, Le Bloc (Gallimard)