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Le tracking: protégés de tout, libres de rien

A défaut de vous dépister, le gouvernement pourrait bien vous pister

Le tracking: protégés de tout, libres de rien
Application de tracking israelienne © DAINA LE LARDIC/ISOPIX/SIPA Numéro de reportage: 00954822_000058

La tentation de l’espionnite vous inquiète-t-elle?


Tracking. C’est un curieux mot. Bien sûr, c’est au départ du français : traquer appartient au vocabulaire de la chasse (probablement emprunté à trac, la piste, la trace, en moyen français), et l’on sait que les aristocrates anglais ont transposé sans trop se soucier d’orthographe tout ce qui, dans le domaine de la vénerie ou de la table, venait de France.
Voici que le mot nous revient, pour désigner la traque informatique, qui permet de suivre à la trace chaque citoyen français, sous prétexte qu’il pourrait héberger le coronavirus, ou avoir croisé quelqu’un qui l’héberge.

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Le coronavirus ou autre chose. Une fois que la boîte de Pandore est ouverte, qui peut savoir où s’arrêtera la tentation de l’espionnite… Vous saurez ainsi si la personne que vous croisez a un casier judiciaire, paie régulièrement ses impôts, a dans sa parentèle des gens qui hébergent telle ou telle maladie génétique, ou a fait ses études à Notre-Dame-Des-Fleurs-Perpétuelles, et non dans un collège de banlieue tout pourri…

Les imbéciles (et leur nom est légion, comme disait l’Évangile de Marc, en cette semaine pascale, c’est une référence qui en vaut bien une autre) s’exclament déjà : « Qu’est-ce que cela peut vous faire ! Ça ne gêne que ceux qui n’ont pas les braies nettes… » On a déjà entendu ça il y a quelques années, quand un système équivalent suivait les terroristes. Désormais, tout citoyen est soupçonné d’en être un.

La prophylaxie est un merveilleux prétexte. Donnez à un ministre de l’Intérieur les moyens de pénétrer chacun de vos instants, et vous verrez ce qu’il en fait.

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Prenez Fabien G***. Il dirige, dans le midi de la France, un magasin de grande distribution alimentaire. Il a 41 ans, il est marié, il a 2,1 enfants, il est ordinaire à tous niveaux. Il a, comme tout le monde, une maîtresse — la Directrice des Ressources Humaines de son groupe —, il est raisonnablement trompé par sa femme (qui reste au foyer pour s’occuper des enfants, encore jeunes, et couche de temps en temps avec le voisin, un informaticien abonné au télé-travail bien avant le confinement, et dont l’épouse, institutrice, avait jusqu’à la mi-mars des horaires rigoureux qui permettaient des ébats de qualité). Il gère bien ses affaires, il aime prendre un pot, en happy hour, avec quelques amis sur le Quai de Rive-Neuve, à Marseille, avant de rentrer chez lui, et il paie ses impôts dans les temps. Le dimanche, il allait jouer au foot avec des copains. Parfois, sous prétexte d’aller passer la nuit au Frioul pour y taquiner la dorade, il découchait chez sa maîtresse, et achetait de jolis poissons issus des pêcheries locales, avant de rentrer chez lui, au petit matin. Rien de bien méchant, les vies droites sont faites de minuscules écarts.

Et il avait pris l’habitude de…

 >>> Lire la fin sur Bonnet d’âne, le blog de Jean-Paul Brighelli <<<


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Normalien et agrégé de lettres, Jean-Paul Brighelli a parcouru l'essentiel du paysage éducatif français, du collège à l'université. Il anime le blog "Bonnet d'âne" hébergé par Causeur.

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