Cette année, à Bologne, la fête de Saint Pétrone proposera un menu de substitution sans porc. L’évêque se fait le chantre des « tortellini de l’accueil ». De quoi courroucer les puristes du patrimoine gastronomique italien et les gardiens de l’identité nationale-catholique. 


Le 4 octobre, les catholiques de Bologne célèbrent la fête de leur saint patron Pétrone. Cet évêque du Ve siècle issu de l’aristocratie romaine a donné son nom à l’une des plus belles églises de la capitale de l’Emilie-Romagne dont la tour défie les étoiles. Il y a quelques années, des islamistes sympathisants d’Al-Qaïda avaient projeté d’y perpétrer un attentat pour venger le prophète Mahomet – comme diraient les frères Kouachi – qu’une des fresques de l’église représente brûlant dans les flammes de l’enfer1.

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A tout péché miséricorde. Revenue de ce genre de provocations, l’Eglise catholique fait aujourd’hui amende honorable en tendant la main aux musulmans, migrants et autres étrangers, conformément aux préceptes du Pape François. La prochaine fête de Saint Pétrone se fera donc sous le signe du vivre-ensemble, voire du parti de l’Autre (Alain Finkielkraut).

Des musulmans et des vieux

Traditionnellement, les bondieuseries offrant le parfait prétexte pour se remplir la panse, les Bolognais dégustent des tortellini (petits raviolis) farcis au porc. Or, cette année, l’évêque de Bologne Mateo Zuppi, bientôt cardinal, a prévu une innovation de taille : en plus de la recette habituelle au porc, sera proposé un menu alternatif sur la grand-place de la ville. En l’espèce, le « tortellino de l’accueil » privé de la moindre trace de cochon (adieu mortadelle, jambon et longe de porc… ) et rempli de poulet. Grâce à ce volatile, « tout le monde pourra en profiter, aussi bien ceux qui ne mangent pas de porc pour des raisons religieuses que les plus vieux qui veulent manger léger », plaide le clerc. Healthy et inclusif, que demander de plus ? Du sans gluten ?

Plus de crucifix de classe ?

Trêve de plaisanterie. Expulsés de Bologne en 1593, les Juifs du ghetto n’ont jamais eu droit à pareille faveur. O tempora… Chez les gastronomes puristes, on crie à l’hérésie ! Même les cuisiniers favorable à l’intégration des migrants s’opposent à cette innovation, expliquant qu’il ne faut pas renoncer à son identité et ses traditions pour s’ouvrir à l’autre. Sur le terrain politique, l’ex-ministre de l’Intérieur (Lega) Matteo Salvini dénonce avec gourmandise un crime contre l’identité italienne. A l’heure où le nouveau gouvernement Pd-M5S projette de réformer le code de la nationalité pour y introduire le droit du sol, ce genre de polémique flambe vite. Le cabinet Conte bis ne manquant pas d’idées, faute du pétrole, son ministre de l’Education a récemment porté un nouveau coup à l’identité catholique du pays en proposant de retirer les crucifix des salles de classe. Au nom de la laïcité, ce social-démocrate bon teint propose de les remplacer par des cartes du monde.

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Pour une fois, le Vatican réagit et s’oppose vigoureusement à la gauche culturelle, avec un argument sinusoïdal: la suppression des crucifix favoriserait… la Lega. Les joutes entre Salvini et le Pape François sur l’immigration ont visiblement laissé des traces. Sur le front maritime, le nombre d’arrivées d’embarcations illégales chargées de migrants a d’ailleurs triplé depuis le départ du Capitano du Caroccio.

On n’a pas fini de rire et de pleurer au pays de Don Camillo.

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