Dans le domaine de l’art, les Etats-Unis ont-ils encore l’avantage de l’hégémonie ? Deux ouvrages viennent remettre en cause cette idée.


Les meilleurs soft powers du monde sont anglo-saxons, les pires sont ceux de la Chine et de la Russie. C’est ce que l’on apprend en consultant le Top 30 des soft powers du monde, publié tous les ans par l’USC, Center on Public Diplomacy et le cabinet de conseil Portland. Les critères qui y président semblent plus appartenir à l’ordre du classement entre vertueux et peccamineux que puissants ou faibles, ce qui donne à penser que ces palmarès sont plus un travail d’influence que de connaissance. Pour examiner la situation d’un peu plus près, viennent de paraître en 2019 deux livres qui évoquent le sujet.

Le premier est celui de Nathalie Obadia, galeriste parisienne réputée, admise dans le premier cercle du marché international de l’Art contemporain, adoubée par la Foire de Bale, enseignante à Sciences Po : Géopolitique de l’Art contemporain : une remise en cause de l’hégémonie américaine ? (1). Le livre est paru le 15 mars, date où sont publiés les bilans du marché de l’art de l’année précédente et moment convenu pour les médias d’évoquer les performances internationales. Elle y pose la question et y répond : pourquoi et comment l’Amérique exerce encore un pouvoir hégémonique sans faille ni concurrence en 2019.

Le pouvoir de l’Amérique

Chaque année, Nathalie Obadia participe aux foires les plus prestigieuses du monde, cet essai est donc instructif parce qu’il informe sur le point de vue et le discours sur lui-même du très haut marché. Il donne quelques clefs sur l’art global, visible du monde entier, intensément relayé par les médias. L’auteur qualifie clairement cet « Art contemporain » international de « soft power », de « marqueur de puissance » politique de l’Amérique. Cet art étant devenu hégémonique après la chute du mur de Berlin. Au cours des trente années qui ont suivi la disparition d’un monde bipolaire, l’ACI (2) a inclus tous les continents dans sa boucle de consécration d’artistes incarnant une identité « globale ».

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L’interconnexion et organisation de ce cercle international de l’art sont décrites. Tout particulièrement la chaîne de fabrication de la valeur des produits artistiques : collectionneurs, salles des ventes, foires, galeries internationales, institutions publiques et privées : « Une fois que l’objet d’art est identifié comme portant les attributs symboliques, il lui reste à être reconnu comme une valeur d’échange au sein d’un marché de l’art organisé autour de l’acheteur-collectionneur placé au centre du système économique »(3). Elle définit l’Art contemporain, raconte son histoire, les fondements de sa légitimité, son éthique. Sont aussi évoquées des menaces que connaît aujourd’hui ce système, devenu presque parfait, mais commençant à connaître les inconvénients de son triomphe : concurrence entre foires, difficulté de renouvellement des œuvres, des collectionneurs, etc.

Elle note que tout ce qui n’est pas labellisé « Art contemporain international » n’est pas vraiment de l’art d’aujourd’hui, mais un anachronisme, un manque de créativité, une expression locale, ne pouvant pas de ce fait acquérir une valeur monétaire significative.

Certes « l’hétérogénéité des marchés existe, mais son impact est encore marginal ». Seul le marché international de l’Art contemporain propose des produits qui ont « plus qu’une valeur de luxe classique, une valeur d’échange » (4)… un pouvoir libératoire en quelque sorte. Il n’existe donc aujourd’hui aucune concurrence au système de l’Art contemporain.

L’arrivée des Chinois

Elle évoque cependant le problème posé par la Chine. Il est vrai que depuis dix ans celle-ci est en tête…

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