Face à l’oppression des femmes, des homosexuels, des juifs qui sont arrivés en France avec nous et, à présent, des chrétiens d’Irak exilés à Sarcelles, la République laisse faire. Nader Allouche, signataire de la tribune des 101 musulmans contre le voile, réagit.


La France, aujourd’hui, je l’appelle bien amèrement la « République des lâcheurs ». Combien de fois m’a-t-elle lâché et abandonné à mes oppresseurs, ces islamistes dont elle autorise les défilés dans la capitale des Lumières, où je me suis réfugié? A cette question rhétorique, je ne saurai répondre, tant elle n’a manqué les occasions de nous lâcher, nous autres, les « éclairés », les philosophes et les minorités de l’islam.

Contre les femmes et les homosexuels

Face à l’oppression des femmes, des homosexuels, des juifs qui sont arrivés en France avec nous et, à présent, des chrétiens d’Irak exilés à Sarcelles, la République a laissé faire.

Que n’a-t-on parlé, pendant le Grenelle contre les violences conjugales, de ces centaines de milliers de femmes musulmanes ou « ex-muslims » martyrisées par leur conjoint, d’une violence tout droit inspirée du Coran, comme au verset 34 de la sourate « Les femmes » : « les hommes ont autorité sur les femmes en raison des faveurs qu’Allah accorde à ceux-ci sur celles-là… Quant à celles dont vous craignez la désobéissance, exhortez les, quittez leur lit et, sinon, frappez les… ». Il en va de même du viol conjugal, si l’on en croit le verset 223 de la sourate « La vache » : « vos épouses sont comme un champ de labour pour vous ; allez à votre champ comme et quand vous le voulez… ». Cette sourate porte décidément bien son nom : oh la vache!

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La violence contre les femmes, je l’ai vécue dans mon intimité. C’est une violence véhiculée par notre culture religieuse, banalisée pour ne pas dire normalisée par le Coran. A l’école primaire que j’ai fréquentée, trop de mères et trop de camarades étaient concernées. Je me souviens encore des discussions entre elles et maman, à la sortie de l’établissement, où elles essayaient de décompresser.

Des ratonnades anti-homos

La violence, je l’ai subie, jeune homme, en région parisienne. La violence homophobe de mes coreligionnaires, qui m’a contraint à m’exiler deux fois : du 18ème arrondissement, puis de Nanterre.

Quand j’ai découvert le terrible reportage de France sur 2 sur Lyes, un habitant homosexuel de Gennevilliers, j’ai eu, paradoxalement, un soupir de soulagement. Car j’ai pensé qu’enfin, on parlait de nous.

J’ai eu la chance, grâce à mes études et aux milieux qu’elles m’ont faits intégrer, d’être beaucoup moins exposé que Lyes. Ma vie n’a pas été un enfer, mais elle a été un parcours du combattant : combien de quartiers où je m’interdis d’aller pour éviter de revivre des scènes passées? Arrivé au croisement de Barbès, en direction de Marcadet-Poissonniers, je sais qu’il faut prendre le trottoir de gauche et qu’il faut traverser le plus rapidement possible le boulevard Barbès, afin d’arriver sur la rue Ordener, où, contrairement au boulevard Ornano, je pourrai trouver de l’aide en cas de problème. Paris est devenu comme un emmental : il y a des « trous » dans lequels je dois éviter de tomber. C’est aussi pour cette raison que je milite en faveur de Pierre-Yves Bournazel pour les élections municipales à Paris.

SOS Homophobie aux abonnés absents

Qu’a fait la République pour nous protéger, mes semblables et moi, qui sommes à l’avant-garde des valeurs françaises face à l’entrisme de l’islam orthodoxe? Le Grenelle contre les violences conjugales a oublié nos mères et nos sœurs, et le marché complètement dérégulé de l’immobilier à Paris nous a fermé les portes des ilots « protégés » et trop chers.  De son côté, la mairie de Paris nous propose de rejoindre les « zones » (en plein boboland) du 11ème et du 15ème arrondissements, où Mireille Knoll a été tuée et où les rixes entre bandes rivales peuvent se retourner contre le premier homosexuel au mauvais endroit, au mauvais moment.

Ce qui me choque le plus, c’est qu’on mette en doute l’origine de cette violence ou, comme Jérémy Faledam, le coprésident de SOS Homophobie, qu’on accuse de « réacs » les personnes qui, comme moi, lancent des appels vigoureux à combattre l’homophobie des banlieues musulmanes. Quand Monsieur Faledam déclare ceci : « sans nier le fait qu’il y a un sujet sur l’homophobie dans les banlieues, nous regrettons que cette situation soit, une fois de plus, un prétexte pour les réactionnaires de stigmatiser les banlieues », il nous condamne, nous autres homosexuels musulmans.

Doit-on rappeler le discours de l’islam sur l’homosexualité? Pour reprendre les termes du Coran, il s’agit d’une « turpitude », et Dieu a puni les membres du peuple homosexuel de Lot en les exterminant par une pluie de pierres (proche de la mort par lapidation que la charia recommande contre les « fornicateurs »). C’est pourquoi, d’ailleurs, nombre de pays musulmans nous condamnent encore à mort. Ce discours religieux nourrit les préjugés des musulmans « pieux » de France contre les homosexuels.

Un Ilan Halimi gay ?

Je pose cette question désespérée : va-t-on attendre un Ilan Halimi « gay » pour réagir, et mes alertes font-elles vraiment de moi un réac islamophobe? J’espère, chers compatriotes français, qu’enfin, vous comprendrez que nous ne sommes ni réacs, ni fachos, seulement des opprimés qui vous appelons à l’aide.

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