Pour Emmanuel Macron, ce pragmatique qui croit que tout – y compris la dimension culturelle – découle de l’économique, la laïcité est un non-sujet : il ne pense pas « qu’elle soit réellement menacée »1. Il a néanmoins promis de respecter la loi de 1905 à laquelle les Français sont attachés. C’est donc avec ses lunettes idéologiques que le nouveau président aborde la question de l’intégration républicaine de l’islam. Il y a sans doute réfléchi. Et il sait pouvoir compter sur son ami Hakim El Karoui. Ex-directeur des fusions acquisitions Afrique-Méditerranée chez Rothschild, militant actif de la diversité en entreprise (il a fondé l’influent Club XXIe siècle, ainsi que les Young Mediterranean Leaders, sur le modèle du réseau franco-américain des Young Leaders dont il fut membre en 2007 et 2008, comme Macron et Philippe qui ont participé, ensemble, au programme de 2012), cet ancien conseiller de Jean-Pierre Raffarin à Matignon a soutenu la campagne d’Emmanuel Macron.

Mais El Karoui est aussi l’auteur du rapport « Un islam de France est possible » paru en octobre 2016. Et ce qui s’apparente fort à une note politique portée par le think tank libéral institut Montaigne expose une véritable stratégie parfaitement adaptée à la vision macronienne de l’homme et de la société. Les recommandations de ce rapport risquent donc de former le squelette de la politique du président quand il décidera de se pencher sur le sujet « islam de France ». Du reste, la tribune publiée dans le JDD, avant la parution des bonnes feuilles du rapport, par El Karoui et d’autres futurs soutiens d’Emmanuel Macron comme Bariza Khiari et Rahmene Azzouzi, donne une idée des prétendants à la direction de cet « islam de France »2

L’enquête de l’institut Montaigne a suscité dans l’opinion des commentaires inquiets. Elle révélait l’ampleur de la diffusion de l’idéologie islamiste et du conservatisme religieux au sein de la communauté musulmane française, en particulier chez les jeunes. Mais on a peu commenté les analyses et les recommandations. On a eu tort, car celles-ci impliquent une refonte radicale de la laïcité que la République a instituée dans le droit en 1905.

L’explication-réflexe socio-économique

El Karoui reprend régulièrement dans son analyse la cause socio-économique (« la précarité ») pour expliquer la plus grande religiosité et le ressentiment de la jeunesse musulmane à l’égard de la société française. La volonté de « vivre en terre d’islam » affirmée par près de 30 % de l’échantillon reflète selon lui l’absence de « perspective de l’amélioration de leur condition sociale […] sous l’effet des discriminations et des inégalités ». Voilà bien la lecture de l’homo-economicus occidentalo-centré, pour qui l’engagement religieux ne peut être qu’un palliatif au malheur social. La radicalité religieuse, un fait culturel voire théologique ? Pensez donc ! Comme nos politiques après chaque attentat islamiste, El Karoui trie le « bon » du « mauvais » musulman. Il excommunie les Kouachi et autre Abaoud, les « ce n’est pas ça, l’islam », pour déculpabiliser les musulmans du surgissement de l’islam politique et en faire porter la responsabilité à toute la société française. À l’instar d’Emmanuel Macron qui l’a laissé entendre après les attentats de novembre 2015, El Karoui écrit : c’est « notre échec à tous ». Vient alors la liste des discriminations en tous genres subies par les jeunes musulmans, suivie par la solution : la discrimination positive que l’on nous sert, en vain, depuis Chirac… El Karoui recommande aussi de « les inclure de nouveau dans le récit national en tant que musulmans ». Étonnante requête de ces passionnés de la diversité : classer les citoyens par religion ou quantité de mélanine (les fameux « racisé-e-s »), tout en accusant la société française de racisme.

Visibilité, ostentation, prosélytisme politico-religieux ? El Karoui ne tranche pas

Comme les médias l’ont relevé à la publication de l’enquête, les musulmans interrogés aspirent à une plus grande visibilité de l’islam dans l’espace public. El Karoui va dans le même sens, déplorant que « les mosquées françaises [soient] relativement modestes, voire invisibles » et regrettant qu’il n’y ait en France que trois mosquées cathédrales car « cela ne correspond pas à la réalité de l’islam français ».

L’herméneutique d’El Karoui arrive d’ailleurs à apprivoiser même les chiffres les plus compliqués à expliquer. 80 % des musulmans interrogés souhaitent que le halal soit proposé dans les cantines scolaires, alors que selon une étude Ifop (2015) 64 % des Français refusent de céder aux revendications communautaires dans les cantines publiques. 85 % des Français sont opposés au port du hijab à l’école en vertu de la loi de 2004 (Ifop, 2015) quand 60 % des musulmans sondés par l’institut Montaigne y sont favorables, en dépit de la loi3. Pour El Karoui ce n’est pas si grave : « 50 % d’entre eux [les musulmans vivant en France] suivent un chemin qui va les mener progressivement vers la

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Juin 2017 - #47

Article extrait du Magazine Causeur

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