Entre like et lèche, followers et groupies enfiévrées, chronique d’une journée d’été ordinaire dans le monde fabuleux d’Instagram.


Il paraît que le bonheur ne vaut que s’il est partagé. Que la prospérité est un secret à dispenser d’urgence, plutôt qu’à dissimuler jalousement. Ce doit être vrai. Il n’y a qu’à surfer quelques instants sur les comptes Instagram des célébrités, comme ceux des sans-grades – ils fleurissent comme des feux de pinèdes en période de pique-nique post-Covid – pour constater que le monde ne tourne plus désormais essentiellement qu’autour de ces maximes. Elles sont même la pierre angulaire des réseaux sociaux. La clef de voûte de la vie moderne. Prouvant qu’il ne sert plus à rien de connaître tout seul l’allégresse. D’être égoïstement heureux en silence. Comme un autolâtre transi s’adonnerait à la félicité solitaire, replié sur lui-même. Il faut partager maintenant son plaisir ou sa réussite avec le plus grand  nombre. En criant si possible son bien-être et sa joie. En l’affichant complaisamment à la face de ses followers, de ses abonnés. Qu’on soit inconnu ou puissant. Ici c’est un coucher de soleil, évidemment unique, qu’on immortalise ; là une « party » entre amis avec barbecue… soyons dingues ! Ou même pire, un plat gastronomique. Un tartare de saumon au caviar offert à la caméra de son iPhone, comme un coq au vin fraîchement régurgité que l’instagrammeur ne résistera pas à nous faire profiter.

Adieu cartes postales

Autrefois, on envoyait des textos. Histoire de mettre les cartes postales au rayon des antiquités et de donner accessoirement des nouvelles à ses quelques amis. Maintenant, il faut poster sur Facebook. Envoyer du bois sur Twitter, faire sa « com sur Insta ». En clair, il faut « balancer sa life » en pâture, comme certaines multinationales achètent parfois des pages de pub dans les grands quotidiens pour communiquer avec satisfaction sur leurs bons résultats. C’est comme ça. Et pas autrement. C’est vrai après tout, à quoi bon être heureux si on ne peut pas en faire état ? Mais il y a évidemment un risque à ne pas respecter ces passages obligés. Le pilori des ringards. La potence des arriérés. Pire que l’oubli : la déchéance de la non existence numérique.

Le bonheur ne vaut que s’il est approuvé 

Tout cela va évidemment bien plus loin qu’une simple lettre à la poste. Et dépasse en creux l’acte de com sur sa pauvre  existence. Car un instagrammeur, donc un homme moderne, ne fait pas que poster. Il attend aussi (et surtout) de ses messages-missives, un évident retour. L’approbation ulti

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