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Anglet: au paradis des noyés

Anglet: au paradis des noyés
People walk near the sea in Anglet, southwestern France, Sunday, Nov. 3, 2019. Most of the French regions are on alert for violent storms and high winds. (AP Photo/Bob Edme)/BOB105/19307402774979//1911031214

 


Cet été, sur la côte basque submergée par un afflux de touristes français avides d’air marin et d’océan, les températures caniculaires et les moyens limités des secours augmentent le risque de noyade.


Dimanche 9 août, à Anglet, la chaleur est accablante malgré un ciel nuageux et quelques rares gouttes de pluie. Sur la dizaine de plages que compte la ville, dont le littoral s’étend sur 4,5 km, surfeurs et baigneurs – par milliers – vont à la rencontre des vagues, sous le regard de jeunes maîtres-nageurs sauveteurs recrutés pour la saison et perchés sur leurs miradors en bois. En raison du nouvel engouement inouï des touristes pour le surf, les trois quarts du littoral angloy sont désormais dédiés aux surfeurs. La ville, surnommée « Surf City » et placée sous le patronage de la championne du monde de surf Pauline Ado, se targue de posséder 12 écoles de surf.

Aux prises avec les vagues

Sur la plage des Corsaires, dans une zone de baignade restreinte délimitée par des drapeaux, une centaine de personnes tentent de s’ébattre dans les vagues. Régulièrement, un coup de sifflet strident en provenance du mirador retentit pour signifier aux baigneurs qu’ils ont dérivé vers la zone réservée aux amateurs de beach-break, ces brisants de plage, très prisés des innombrables novices juchés sur leur planche de surf ou de bodyboard.

Perdue au milieu de la masse des baigneurs, je tente moi aussi – en famille – d’affronter les vagues tubulaires qui déferlent dans un vacarme assourdissant. Soudain poussée par une vague, je vais faire pour la première fois de ma vie l’amère expérience d’une quasi noyade, comme le relatera le lendemain le journal Sud-ouest.

La cause de cette mésaventure serait liée à un changement de topographie du littoral. D’une part, au fil des dernières décennies, la construction d’« épis » construits au vingtième siècle sur les plages d’Anglet, a visé à empêcher les courants latéraux de transférer le sable vers l’embouchure du fleuve Adour (phénomène dit “d’engraissement de la côte”) et de bloquer le port. Mais cela a créé des turbulences et des effets tourbillonnaires sous-marins. D’autre part, comme l’affirme un maître-nageur sauveteur, interrogé pour l’occasion, des « baïnes », nouvellement apparues lors des fortes marées de l’hiver 2020, creusent les plages et provoquent le déplacement d’immenses masses d’eau contre lesquelles il est impossible de lutter sans palmes lorsque la marée monte ou redescend.

Gare aux vives

Résultat : sur ladite Plage des Corsaires, le 31 mai dernier, une femme de 51 ans est morte noyée, tandis que trois semaines plus tard, le 21 juin, un quinquagénaire polonais décédait également par noyade au même endroit !

En dépit de ces deux accidents tragiques et du fait que chaque jour de nombreux autres baigneurs se retrouvent piégés par les vagues sur les plages angloyes, je n’ai pas vu de zodiac ou de scooter des mers à proximité du mirador des maîtres-nageurs sauveteurs, comme je l’ai constaté en revanche, ces derniers jours, sur la plage d’Hendaye, ville-frontière au sud du Pays basque français. Sur cette immense plage-là, des CRS, formés au centre de formation des nageurs sauveteurs du pôle d’excellence maritime (PEM) de Cenon en Gironde, assurent la sécurité des baigneurs et surfeurs. Si les vagues y sont moins menaçantes qu’à Anglet, le danger vient de la présence de vives (Echiichtys vipera), des poissons venimeux dont la taille peut atteindre 50 centimètres et qui se cachent sous le sable en bord de plage. Leur piqûre, extrêmement douloureuse, est certes rarement fatale (sauf en cas d’allergie et de syncope !), mais suffisamment effrayante pour me dissuader de toute tentative de baignade. Comme le venin de cette créature est thermosensible, plusieurs fois par jour, les policiers du poste de secours soulagent les victimes, en trempant les pieds blessés dans un saut d’eau à plus de 40°C pendant près de 30 minutes.

De passage sur l’île indonésienne de Bintan, l’année dernière, j’avais renoncé à me baigner malgré la chaleur tropicale étouffante, car les cubozoaires ou méduses-boîtes, dont le venin peut entraîner la mort, y proliféraient. En 2020, sur les côtes de l’ouest de la France, il semble que le baigneur désireux de ne pas s’attarder sur les plages où plane encore le spectre du coronavirus en raison de la promiscuité, doive tout de même y regarder à deux fois avant de se jeter à l’eau.


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Analyste géopolitique (Russie, Turquie), auteur et spécialiste en relations internationales et en études stratégiques.

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