Daoud Boughezala reçoit l’écrivain et traducteur Thierry Marignac, auteur du célèbre roman Fasciste, sorti en 1988. Il revient aujourd’hui sur la scène littéraire avec un nouveau roman, L’Icône, qui nous plonge au coeur d’un voyage passionnant aux accents slaves. Dans un entretien exclusif, l’auteur nous parle de sa vie et de la littérature. 



Causeur
vous propose de lire un extrait de l’entretien, que vous pouvez découvrir en intégralité sur la webtélé des mécontemporains REACnROLL.

Daoud Boughezala : Quand avez-vous rencontré votre ami écrivain Edouard Limonov ?

Thierry Marignac. Edouard Limonov est arrivé à Paris en 1981 après sept ans d’exil à New York, et j’ai dû le rencontrer deux mois après son arrivée à Paris. Je l’ai interviewé pour ce qu’on pensait être une radio libre à l’époque, qui est mort-née comme beaucoup de radios libres, et puis finalement notre interview est parue dans le magazine “Actuel”, c’est de cette manière que je l’ai connu. Il dit que c’était en automne 1980, mais moi j’ai l’impression que c’était en automne 1981. Vous voyez, ça fait quarante ans !

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La première fois que je suis allé à New York, j’y suis allé avec Edouard Limonov mais, en arrivant, Edouard disparaît. J’attends quatre ou cinq heures, il ne sort pas. Heureusement, j’avais un numéro de téléphone de quelqu’un que j’ai appelé, même si je ne le connaissais pas, et j’ai réussi à le convaincre de m’héberger. Je ne comprenais pas ce qui s’était passé. Je passe alors une annonce dans le Village voice, “Limonov, call me”. La portoricaine qui s’occupe des petites annonces m’a dit qu’on n’avait pas le droit de mettre des noms de famille, je lui ai dit, en russe, que c’était un prénom ; elle ne pouvait pas me dire le contraire. Deux jours après, le lendemain peut-être, Edouard appelle, c’était un copain qui lui avait dit « eh dis-donc… ». En fait, ce qui s’est passé, c’est qu’il a transporté des modèles de vêtements de Paris à New York, et la douane l’a arrêté en lui disant qu’il devait payer des droits là-dessus. Donc, il a disparu et il est sorti huit heures plus tard peut-être, parce qu’il a fallu qu’il appelle les gens, que ces gens viennent, qu’ils payent, bref, tout un tas de formalités administratives.

Donc, il me téléphone et il me donne rendez-vous dans une galerie de Soho avec des artistes russes qui faisaient du faux réalisme socialiste : Staline dans sa cuisine, Lénine dans sa salle de bain, des choses comme ça… Et ça faisait fureur dans les années 80, avec l’inflation Reagan du marché de l’art, etc. Le champagne coulait à flots, il y avait des belles femmes partout, des artistes russes très savants, et je retrouve Edouard Limonov là !

Donc après, évidemment, on a vécu toutes nos petites aventures à New York où il se trouvait plus ou moins. Quand j’y suis retourné, je connaissais déjà.

Daoud Boughezala : On parlait de Limonov mais il y a un personnage qui a beaucoup compté dans votre vie, dans votre oeuvre aussi, c’est sa compagne Natalia Medvedeva. Cette femme est quasiment devenue un mythe puisqu’elle est morte à 45 ans, rockeuse, et poétesse… 

Elle a chanté pendant des années au cabaret Raspoutine à Paris, ce qui la faisait rentrer très tard et pas toujours très sobre, et qui énervait beaucoup Edouard. Elle était totalement insupportable et totalement adorable aussi ; inséparablement les deux parce qu’elle se prenait pour une star. Elle avait une voix très grave et très profonde, très belle. Les gens du Raspoutine, y compris les milliardaires comme Adnan Khashoggi, lui envoyaient des bouteilles de champagne, des fleurs, tout était extrêmement romantique autour d’elle. Ils avaient une histoire très forte avec Edouard, très passionnelle. J’ai fini par me marier avec elle pour qu’elle puisse rester avec Edouard, il n’y a jamais rien eu entre nous contrairement à ce qu’on répète souvent en Russie. Pour moi, c’était un peu une petite soeur. Elle était très casse-pieds, il lui arrivait beaucoup d’incidents où il fallait aller tout de suite s’occuper d’elle. Et puis après je téléphonais à Edouard, parce qu’elle disait « tu es mon mari après tout, c’est toi qui dois t’occuper de moi », mais je disais à Edouard « j’en ai marre, viens » : ça c’était toute l’époque, les quatorze années pendant lesquelles Edouard est resté là. Je n’étais pas toujours à Paris, j’étais assez souvent à New York puisque je faisais cette espèce de contrebande de bouquins, – contrebande de manuscrits pour exercer mon métier de traducteur qui me nourrissait.

L’autre jour, à ma grande stupéfaction, j’ai regardé le site de la Bibliothèque Nationale et j’ai découvert que j’avais quatre-vingt-une traductions, j’étais content puisque je ne me souvenais plus du nombre, forcément. Ça m’a fait rire.

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