Le journaliste Hugo Clément et l’actrice Juliette Binoche sont les deux nouveaux chevaliers du monde nouveau. Celui qui doit advenir après la prise de conscience mondiale au sujet du climat, de la planète, des animaux. Et s’ils doivent parcourir le monde en avion à coups de kilos de kérozène, c’est pour mieux vous sensibiliser… 


C’est le 25 février, nous sommes lundi et Juliette Binoche est l’invitée de France inter. Dure dure la vie d’actrice en promo quand on a décidé de ne plus manger de viande ce jour-là. Prendre le gouvernail du rafiot mal en point du camp du Bien, ce n’est pas tous les jours facile. Elle affronte déjà des vents prétendument contraires dans son noble combat pour l’écologie, et voilà qu’elle se trouve en plus raillée par des éditocrates malveillants quant à son bilan carbone !

« L’important, c’est d’avoir conscience de cette situation d’urgence »

De festivals en avant-premières chics, notre actrice gouailleuse n’aurait pas son pareil pour consommer du kérosène. Lequel est plus désastreux pour l’environnement qu’un trajet en Uber, selon ces mauvaises langues. Cette pollution inappropriée, pas facile de l’assumer, surtout quand on est une jolie fille naturelle qui tient en ville et à longueur d’interviews un discours éco-citoyen moralisateur.

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De son côté, alors que Le Point s’apprêtait à le mettre à son tour face à ses petites contradictions, le rusé journaliste Hugo Clément répondait du tac au tac : « Je fais des vols long-courriers pour mon travail, donc j’ai un bilan carbone sûrement plus élevé que la moyenne des Français. Mais l’important, c’est d’avoir conscience de cette situation d’urgence et de pouvoir agir à son échelle. » Quoi qu’absurde, la réponse est donc bien préparée. Le catéchisme vert est parfaitement récité par le Tintin le plus ennuyeux de sa génération. Pour ne rien arranger, la « tête de gondole de Konbini » est aussi tout ce que certains mauvais coucheurs réactionnaires exècrent. Quand il tourne un reportage, on passe plus de temps à filmer sa chic trombine que le sujet qu’il couvre. Les « haters » n’ont en fait rien compris : c’est juste du journalisme « incarné ». Un peu comme Juliette Binoche est, de son côté, une actrice « engagée ». Beaux et bons, si ce n’est déjà fait, il faudrait penser à faire se rencontrer ces deux philosophes !

« Vous êtes devenue une égérie de l’écologie et du climat et on vous en remercie tous »

Binoche est l’une des plus importantes signataires de l’appel des 200 pour sauver la planète dans Le Monde. Ce n’est pas rien, c’est « le plus grand défi de l’histoire de l’humanité ». Nicolas Hulot ayant renoncé, Juliette Binoche a immédiatement pris sa plume et activé ses réseaux. Pas son genre de se résigner. La « Sarah Bernhardt » de nos temps post-modernes est également l’initiatrice de « l’Affaire du Siècle », un procès contre l’Etat, « pour inaction » face au dérèglement climatique, qui fait trembler le pouvoir macronien plus que n’importe quelle manifestation de gilets jaunes.

Les critiques sont donc injustes. Et, comme le dit le titre de son dernier film, Juliette Binoche n’est pas « celle que vous croyez ». Elle s’explique donc au micro de Charline Vanhoenacker sur France Inter quant à sa consommation problématique de kérosène. « Vous êtes devenue une égérie de l’écologie et du climat et on vous en remercie tous. […] Vous avez vos impératifs de travail », reconnait la journaliste/humoriste, accommodante. Oui, et Juliette Binoche réfléchit d’ailleurs beaucoup avant de prendre l’avion, figurez-vous. Comment accommode-t-on sa conscience avec ça ? « Difficilement », répond-elle, un peu honteuse.

« Mon objectif n’est pas du tout d’être moralisateur »

Défendre la planète et beaucoup prendre l’avion pourrait être vu comme « une contradiction difficile à vivre, je l’avoue », ajoute-t-elle. Heureusement, l’actrice oscarisée se tire de ce mauvais pas par une pirouette : dans tous ses festivals et évènements importants, elle « peut parler d’écologie » ! Ainsi, elle pollue mais c’est pour mieux s’impliquer « pour que les gens réfléchissent et puissent être le plus conscients possible par rapport aux évènements généraux » [ndlr : la fin des temps]. Enfin, elle nous le certifie : « Pour partir en vacances, je partirai pas loin. C’est la déontologie minimum que je peux avoir. » Une « déontologie » qui l’honore.

Le truc d’Hugo Clément, c’est plutôt la défense des animaux qui se font trucider dans nos abattoirs. Malgré toutes les actions de ses amis de Direct Action Everywhere et L214, le carnage continue.

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Rassurons-nous, son « objectif n’est pas du tout d’être moralisateur ». Tant mieux, la morale ce n’est pas disruptif du tout ! Non, le journaliste – formé à l’Internationale progressiste cathodique de Yann Barthès – entend « dédramatiser la conversion au végétarisme ». Affirmant qu’il est « d’accord avec les antispécistes » comme Aymeric Caron, il estime que ce dernier est « parfois trop radical pour convaincre le plus grand nombre de gens ». Lesquels ne vont pas tarder à être convaincus qu’il faut arrêter de vouloir manger de la viande. De toute façon, les employés des abattoirs n’ont que « l’alcool et la drogue pour tenir ». Et la consommation de viande fait autant de mal à Mère Nature que les miles « Flying Blue » accumulés par Juliette Binoche durant sa carrière. Les citoyens écoresponsables vont bien finir par faire entendre raison à leurs « politiciens ». Les abattoirs, ces « usines de la mort » à l’ « univers concentrationnaire », c’est décidément anachronique. J’ajoute que le cresson et les choux de Bruxelles, en plus d’être délicieux, sont pleins de fer.

Binoche, Clément: marions-les ?

Dans son film, Juliette Binoche s’encanaille de François Civil, 30 ans. Pourrait-elle s’enticher de Hugo, 27 ans ? Son discours incisif a tout pour la séduire. Alors qu’elle revenait de Berlin (en avion) elle observait le manque de haies déplorable de la France rurale, véritable « catastrophe dont on ne parle pas suffisamment » et qu’elle a déjà observée enfant dans le Loir et Cher. Rêveuse, elle ajoute au micro de France inter que l’écologie, ce n’est « pas seulement acheter bio ». C’est aussi « l’écologie de faire attention à son voisin. Et de faire attention à ses pensées et à ce qu’on dit ». J’espère que l’actrice prendra quelques instants pour prier pour moi. On pourrait être tentés de fiancer rapidement nos deux écolos médiatiques. Et de les envoyer en lune de miel, de préférence très loin.

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