Vu sa grande taille, je suppose que le général de Gaulle doit avoir bien du mal à se retourner dans sa tombe. Et pourtant, il y aurait de quoi. Un journaliste du Monde vient en effet de comparer le premier ministre hongrois Viktor Orbàn à l’homme du 18 juin. Sans parler de l’aspect physique, sur le plan moral, l’image met face à face un nain et un géant.
Yves-Michel Riols, auteur dudit papier, établit un parallèle entre le parcours des deux hommes dans la résistance. Ici, l’outrance le dispute au ridicule. Car Orban s’est contenté de tenir un discours enflammé contre l’occupant soviétique en juin 1989.  Il avait alors 26 ans et son acte n’intimida pas outre mesure Gorbatchev.
Pour tordre le coup à cette comparaison fumeuse, nous rappellerons que Viktor Orbàn participe ouvertement à la réhabilitation de l’amiral Horthy, allié des nazis, alors que de Gaulle fut condamné à mort par le régime de Pétain. Inutile d’enfoncer le couteau dans la plaie en évoquant la réhabilitation d’écrivains nazis, tel József Nyírő, par le fidèle ami d’Orbàn et président de l’Assembleé nationale László Kövér.
Mais l’imagination d’Yves-Michel Riols ne s’arrête pas là. Viktor Orbán conduirait « une politique économique de gauche », nous dit-il. Jugeons sur pièces :  réduction du taux d”imposition de 32% à 16% sur les hauts salaires (alors que de Gaulle augmenta de près de 80% la tranche fiscale supérieure dès 1958), suppression du dégrèvement fiscal sur le salaire minimum, TVA de 27% sur les produits de première nécessité, limitation à trois mois des indemnités chômage, licenciement des fonctionnaires sans motif, confiscation pure et simple des fonds de pension privés, etc. Autrement dit, à gauche toute ! 
Dans le domaine institutionnel, Riols nous apprend que Viktor Orbán respecte l’Etat de droit, puisqu’obligé de céder aux avis de la Cour constitutionnelle. Or, le diable se cache dans les détails : les députés ont amendé la Constitution à deux reprises pour limiter les compétences de la Cour et rendre ses décisions caduques.
On a bien évidemment droit au couplet classique sur la souveraineté, tant la tentation est grande de rapprocher les deux hommes, malgré la différence des contextes. Même s’il prônait la défense tous azimuts et sortit, non de l’Otan, mais de son commandement intégré, même s’il s’opposa aux instances d’un Lecanuet pour hâter l’intégration européenne par une Europe politique, De Gaulle n’en fut pas moins profondément attaché aux valeurs de l’Europe , au rapprochement franco-allemand et à l’ouverture vers l’Est. Ce en quoi il se révéla visionnaire et gagna le respect du monde entier, comme le prouva l’appel de Kennedy qui consulta De Gaulle avant de prendre une décision lors de la crise des missiles de Cuba. Orbán serait-il aussi écouté et respecté ? J’en doute.
Une toute dernière remarque. De Gaulle perdit le référendum sur la régionalisation et quitta le pouvoir de son propre chef au printemps 1969. Tout le contraire d’Orbàn. De Gaulle se démit face à 52% de Non. Aujourd’hui, si le parti d’Orbán se maintient avec un noyau dur de 25 % de l’électorat, 55% des sondés disent vouloir changer de gouvernement, d’après le dernier sondage Medián. Viktor Orbán ne se prétend pas moins soutenu par l’ensemble du peuple. Imagine-t-on Orbàn démisionner à cause de 52% d’opinions défavorables ?  On peut toujours rêver…

*Photo : Európa Pont.

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