Iacub dans l’Obs : la surprise du chef
La parution du « machin » de Marcela Iacub – on ne sait comment nommer l’opus : roman, récit, autofiction ou reportage sexuel ? – Belle et Bête – n’a été commentée que du point de vue de l’éthique éditoriale et du respect de la vie privée, ce qui est, ma foi, plus que légitime. Malgré l’abondance de rubriques « médias » dans la presse, personne ne s’est cependant risqué à tenter de comprendre comment et pourquoi cette affaire a pu survenir dans un journal tel que Le Nouvel Observateur.
Laurent Joffrin, directeur de la rédaction, et Jérôme Garcin, patron des pages Culture, ont invoqué, sans rire, la « qualité littéraire » de l’ouvrage. Or, jusqu’à présent, Joffrin était plus intéressé par la vie de Napoléon que par la prose de Christine Angot, la grande papesse de l’autofiction. Quant à Jérôme Garcin, il ne s’était jamais enthousiasmé pour l’autofiction, qu’il s’agisse d’Angot ou de ses imitateurs, si nombreux dans l’édition depuis qu’elle a été portée aux nues par l’aristocratie de la critique.
C’est donc l’éditeur de Marcela Iacub qui leur a apporté sur un plateau le divin plat littéraire, « prêt à cuire ». Le péché sans la faute, pour les deux parties : le livre ne mentionnant pas DSK, seul un lancement médiatique en grande pompe permettait à l’éditeur d’espérer un best-seller sans risquer le délit d’« atteinte à la vie privée ». Quant au Nouvel Obs, dont la santé économique n’est guère brillante – comme celle de tous ses concurrents, d’ailleurs –, ce scoop lui offrait la quasi-certitude de ventes en kiosque supérieures à 100 000 exemplaires (103 000 est le chiffre annoncé en interne, soit 70 % de hausse), assurance de quelques mois de nuits paisibles pour son patron. Cela méritait bien quelques accommodements avec ses goûts littéraires. Mais ce type de « coup » impliquait aussi une clandestinité absolue.

*Photo : Martin.Menu.

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