Alors que nous en sommes arrivés à arrêter les matchs de ligue 1 pour cause de paroles « homophobes » entendues dans les tribunes, alors que Marlène Schiappa jure ses grands dieux qu’elle quittera le stade si cela se produit en sa présence à l’avenir,  l’humoriste Jean-François Dérec se questionne sur le caractère réellement discriminatoire du terme « enculé »… 


J’écris « homophobe » à dessein, bien que ce mot récent imposé par je ne sais qui ne veuille rien dire*, comme tous les mots en phobie, et me sorte par les orifices, notamment l’anus (par où on se fait enculer). La question est d’importance. Ce mot est utilisé essentiellement en milieux footballistiques ou automobilistiques. Ce serait l’injure suprême.

Pourquoi ?

Pour les tenants de l’anticolonialisme, c’est vite vu : dans la société occidentale, l’enculade est l’humiliation absolue. C’est aller vite en besogne, il ne semble pas que ça soit une distinction particulière dans les autres civilisations. Enculé est toujours utilisé contre un homme. Pour une femme, on préférera connasse, salope, voire pute.L’enculade serait-elle moins humiliante pour une femme que pour un homme ? Etonnant. Il y a des synonymes à va te faire enculer.  Par exemple : Va te faire sodomiser. Est-ce toujours une insulte ? Moins, on dirait.

Et que dire des synonymes plus imagés comme va te faire mettre, qui ne contient aucun mot grossier ? Ni va (impératif du verbe aller), ni te, ni  faire, ni mettre, deux verbes bien inoffensifs. Et pourtant l’ensemble renvoie sans hésitation à une vision d’enculade. Et va te faire voir, alors qu’il n’y aucun rapport entre voir et enculer ? C’est même un non-sens: impossible de se voir en train de se faire enculer. Puisque par définition, ça se fait par derrière.

Élevons le débat

Il y a aussi va te faire enfiler, qui renvoie plutôt une image de légèreté et de finesse (on dit enfiler un gant ou une chaussette). L’arbitre est un enfilé, est-il une insulte ? De moins en moins.

Il semblerait que enculé s’éloigne de plus en plus de l’insulte au fur et à mesure qu’on avance dans la poésie.

Le mot enculer a également un sens figuré : se faire escroquer par un malandrin.

L’arbitre est un enculé pourrait avoir le sens de L’arbitre s’est fait escroquer par un malandrin. Là, ce n’est plus du tout une insulte, mais plutôt une marque de compassion envers une malheureuse victime. Mais pourquoi ce lien entre l’enculade et l’escroquerie ? Il est rare qu’on se fasse enculer sans s’en apercevoir, à moins d’être très naïf. Ou victime du GHB.

L’insulte serait donc plus dans le mot lui-même que dans l’action. Sans doute à cause de la syllabe « cul », qui renvoie à caca. Et pourtant rien de plus naturel que de faire caca. On peut passer toute sa vie sans avoir de rapport sexuel, mais impossible de vivre une vie entière de constipé.

On voit bien qu’à y regarder de plus près, on est très éloigné de la peur ou la haine des pédés.

Conclusion : Il faut donc être très prudent avant de mettre de la phobie partout.

Je précise : je ne me suis jamais fait enculer et n’ai pas l’intention de le faire dans un futur proche (mais on ne sait jamais les surprises que nous réserve la vie). J’ai d’excellents amis enculés.

Le jour où j'ai appris que j'étais Juif, dernier succès de Jean-François Derec, notamment à Avignon et au théâtre du Petit Montparnasse
Le jour où j’ai appris que j’étais Juif, dernier succès de Jean-François Dérec, notamment à Avignon et au théâtre du Petit Montparnasse

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