Il y a des secrets de polichinelle ; il y a aussi des échecs du même nom. Qui pouvait raisonnablement croire en une qualification de François Fillon au second tour de la présidentielle ? Certes le candidat de la droite avait amorcé dans les derniers jours de sa campagne un petit mouvement de reconquête qui laissait espérer, chez certains, une heureuse surprise dimanche soir. Mais en réalité, les jeux étaient faits, l’échec était annoncé depuis que les Républicains avaient choisi obstinément de soutenir leur candidat plombé par le Pénélope gate. La rage des militants accusant les médias ou la justice a quelque chose de pathétique. On peut certes s’indigner d’un certain acharnement des juges à instruire le procès contre Fillon avec autant de zèle et de précipitation. Mais pourquoi le vainqueur de la primaire n’a pas voulu se retirer ? Comment n’a-t-il pas pris la mesure de la déception pour ne pas dire de l’écœurement produit par les multiples révélations sur sa cupidité endémique ? Le pire vient sans doute de ses rangs qui ont continué à le soutenir sans avoir le courage de passer le flambeau au seul qui aurait pu faire gagner la droite, Alain Juppé. Il était encore temps dans ce moment de vacillement qui a précédé le rassemblement du Trocadéro.

 

Le pilote a continué sa course folle

C’était à la mi-mars, au moment où Fillon fut mis en examen. Selon les déclarations de l’intéressé fin janvier sur le plateau de TF1, ce devait être normalement le coup d’arrêt porté à sa campagne. Jugeant la poursuite de sa candidature comme un manquement à cette promesse, le porte-parole Thierry Solère décidait de jeter l’éponge tout comme le directeur de campagne, Patrick Stefanini. Durant 2-3 jours tout le monde a cru que le pilote allait se résoudre à abandonner la course et appeler son adversaire du second tour, Juppé, à prendre le volant. Mais c’était sans compter la politique de gribouille de Sarkozy et de ses comparses. Tout valait mieux pour l’ancien président de la République que de devoir apporter son soutien au maire de Bordeaux qu’il déteste. Juppé a sans doute eu des coquetteries de diva, en se refusant à prendre le relais sans un baiser de sa babouche par l’ensemble des « Républicains ». Il n’empêche, quelles que soient les réserves que l’on pouvait avoir sur son programme, le maire de Bordeaux restait le seul espoir pour la droite d’être présente au second tour. Par aveuglement pour l’un, et cynisme pour l’autre, Fillon et Sarkozy n’ont pas voulu de ce plan B.

Encore une affaire de personne

On connaît la suite. Galvanisé par le relatif succès du Trocadéro et assuré du soutien plus ou moins résigné de ses troupes, Fillon a continué sa route, tel un avion poursuivant son décollage avec un réacteur en feu. La défaite de la droite n’est donc pas celle de ses idées. C’est ce duo Fillon-Sarkozy qui en porte avant tout la responsabilité. Déjà, en 2012, la droite a échoué non sur une question de programme mais parce qu’elle s’incarnait dans un président sortant qui s’était montré indigne de sa fonction. En 2017, l’échec tient de nouveau à une affaire de personne, celle d’un homme discrédité par son culte du veau d’or allié à sa tartufferie. En politique, la persévérance dans l’erreur est décidément diabolique.