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Fin de partie

Comme convenu, la motion de censure défendue par la Nupes n’aboutit pas

Fin de partie
Jean-Luc Mélenchon, Paris, 20 juin 2022 © ISA HARSIN/SIPA

Samuel, Marlène et Monsieur Hamel


« Fini, c’est fini, ça va finir, ça va peut-être finir… La fin est dans le commencement, et cependant on continue » (Beckett). Fin de partie de campagne : la motion de censure déposée par la Nupes a été rejetée. Tout le monde est content, tout le monde a gagné. Sans majorité absolue, le président est condamné à l’immobilisme. Cela tombe bien, il n’avait pas de programme. Le soir de sa réélection, il promettait « l’invention collective d’une méthode refondée ». À cheval, à pied, en taxi Uber, il fait piteuse mine… Il ne faut pas humilier Emmanuel Macron.

Tout est bien qui finit bien

La droite comateuse reprend des couleurs avec le Sénat, 62 députés et un rôle d’arbitre des élégances parlementaires. Ni le Rassemblement national des coups de menton, ni la Nupes, ses petits malins des grands soirs, n’avaient la capacité ou l’envie de gouverner. Ils sont ravis dans une opposition de postures, vociférations et guignolades. Les journalistes sont contents : le melon plus gros qu’une pastèque, le trotskyste tangétan assure le spectacle. Les Français sont contents, rien ne va changer. 

Après sa déconvenue aux législatives, Emmanuel Macron a su rebondir avec une idée de génie : « un gouvernement d’action au service de la France ». Guidée par un fil rouge -servir- (la région Poitou-Charentes, Lionel, Ségo, Hulot, Eiffage, la RATP, Jupiter), la Première ministre polytechnicienne n’est pas une femme de grandes phrases et petits mots. Elle croit en trois choses : « l’écoute, l’action, les résultats », et puis les confessions. « C’est vachement marrant, on passe notre temps à répondre à des questions cons ». L’infatigable bâtisseuse de compromis a la pupille de la notion : « Nous avons les moyens et la volonté de nous retrouver autour de valeurs et d’objectifs communs ». Jusque-là, tout va bien. 

A lire aussi: Le Premier ministre, les journalistes et leurs questions «cons»

Si l’arc républicain plein centre, élégant, éthéré, est fragile, Elisabeth Borne peut compter sur une fine équipe de battants. « No extra balls » pour Damien Abad, accouchement difficile à la Francophonie, mais Bérangère Couillard tient bon la barre et le vent de l’Écologie. La ministre des Sports, Amélie Oudéa-Castéra, a gagné l’Orange Bowl des moins de quatorze ans en 1992. Place Vendôme, Éric Dupond-Moretti suit ses affaires. Ex-directrice des Clowns Sans Frontières, Rima Abdul-Malak va cartonner à la Culture. Économie sociale et vie associative pour Marlène Schiappa. L’intellectuelle du gouvernement, polymathe partout, creuse son sillon, poursuit un combat inspirant, une œuvre. 35 livres à 39 ans (Osez les sexfriends ; Osez l’orgasme féminin ; Maman travaille, le guide…), dix opus depuis 2017. Toutes les jeunes filles doutent de leur foy… La Première ministre est moins concentrée et épanouie. « C’est un cauchemar, on fait tout à l’arrache ». Les cabinets de conseil, 41 membres du gouvernement, 600 collaborateurs de Matignon, travaillent-ils suffisamment ? 

Ils s’instruisent pour vaincre 

Les saint-cyriens ont une bien belle devise. L’avenir du pays, c’est sa jeunesse, l’éducation et la culture. Le bulletin scolaire de Marianne n’est pas bon. Le BAC est mort. Les lycéens sont tétanisés, leurs parents terrifiés par les algorithmes opaques du Loto Parcoursup. Les enseignants, humiliés, mal formés, sous-payés, désertent ; tout va de mal en PISA. Qu’importe la Bérézina : en théorie, tout se passe bien. On croit ce que l’on désire. 

La nomination du nouveau ministre de l’Education nationale, Pap Ndiaye, fait polémique. Paris, 20 mai 2022 © Christophe Ena/AP/SIPA

Soucieux de refonder la refondation de l’école, Pap Ndiaye réchauffe cinq priorités : lutte contre les inégalités sociales, école bienveillante, maitrise des savoirs fondamentaux, revalorisation du métier d’enseignant, bâti scolaire écologique, sans oublier le codage informatique et « les cuisseaux de veau et les cuissots de chevreuil prodigués par l’amphitryon » pour la cantine de l’École Alsacienne. Les dominés ont du mal à maîtriser le geste graphomoteur avec l’outil scripteur ? Distribuons de la brioche, des tablettes, supprimons les compositions françaises, les classes bilangues. Bourdieu mais c’est bien sûr ! On s’aime à tout vent des EPI (Enseignements Pratiques Interdisciplinaires) ubuesques, adaptations de Bérénice en verlan, châteaux forts en cannettes de bière, Woke around the cloud. Les pédago-sociologues, qui ne voient rien, ne savent rien, diront tout, font la loi dans les rectorats. Les Meirieuseries ont laminé notre système éducatif, l’un des moins performants et le plus inégalitaire de l’OCDE. Depuis 50 ans, l’intensité des chocs, la profondeur des grands chantiers, fondations, refondations, sont telles, que nous allons bientôt rejoindre la Nouvelle-Zélande. 10/10 pour tout le monde, multiplication des diplômes en chocolat : l’animation apprenante et les noces de Cana sont célébrées rue de Grenelle. Le plus désespérant, c’est que loin de combattre les déterminismes sociaux, l’École des fans les accroît. 

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« La Culture qui sauve », c’est l’autre grande névrose nationale. « La culture grandit. La culture fait l’âme et le rayonnement de notre pays. Rendons la culture accessible à toutes et tous, dès la jeunesse ». La Première ministre va étendre le pass Culture, Les Minions 2, Dragon Ball Super, Trials of Mana, en sixième. Tout va très bien Madame la Marquise de Villeparisis… La jeunesse mérite mieux que les palinodies sur la métamorphose des savoirs, les vierges folles de la déconstruction, petites fadas des trempettes de la renommée. Le lancement d’un Master RTL (Rap féministe-Tags citoyens- Laïcité coranique) par la Bondy Business School, la diffusion de l’intégral de Docteur Justice, Chouette de classe, Totalité et Infini, à Loudéac, Aubervilliers ou Neuilly, pour lutter contre le vent mauvais (et nauséabond) qui nous emporte, ne changent rien à l’affaire. Adorno et Pasolini avaient vu juste sur les fétichisations mystificatrices de la culture de masse, les foules somnambuliques, la liquidation de l’individu. L’abeille de la Culture a été décapitée par le frelon (vespa velutina) culturel. Un crime contre les Humanités. La civilité est jumelle de la civilisation. La paideia est en perdition. Ce n’est pas le ‘multi’ qui manque, c’est la culture. La France ne se redresse qu’après les guerres civiles et déculottées militaires : 1815, 1871, 1945, 1958… Nous y voilà, rien n’est perdu ! 

« Monsieur Hamel se mit à nous parler de la langue française, disant que c’était la plus belle langue du monde, la plus claire, la plus solide : qu’il fallait la garder entre nous et ne jamais l’oublier, parce que, quand un peuple tombe esclave, tant qu’il tient sa langue, c’est comme s’il tenait la clef de sa prison (…) Alors il se tourna vers le tableau, prit un morceau de craie, et, en appuyant de toutes ses forces, il écrivit aussi gros qu’il put : ‘VIVE LA FRANCE !’ Puis il resta là, la tête appuyée au mur, et, sans parler, avec sa main il nous faisait signe : ‘C’est fini… allez-vous-en’ » (Alphonse Daudet, ‘La dernière classe’, Les Contes du lundi).

« Ça finira mal toute cette histoire, vous verrez… » (Hergé, Les 7 Boules de cristal).


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