La liberté sexuelle conquise après Mai 68 a légitimé abus, dérives et transgressions. Mais le climat actuel est tout aussi déplaisant. Le lynchage des présumés coupables et le désir de jeter la pierre témoignent d’un mal aussi profond que celui qui est dénoncé.


Je n’ai jamais aimé cette gauche donneuse de leçons, reluisante de morgue intellectuelle, dont Olivier Duhamel faisait partie, en compagnie de quelques autres. Je n’ai jamais aimé ce petit monde, méprisant pour le peuple qui votait mal. Je n’ai jamais aimé Mitterrand, ses ministres et sa cour. Je n’ai jamais aimé tous ces échappés de Mai 68 qui portaient bien haut le drapeau de la liberté et du jouir sans entraves, et se sont gavés des prébendes accordées par les puissants dont ils se gaussaient autrefois.

J’ai lu le récit de Camille Kouchner. Il est glaçant, certes, mais il décrit un milieu, une époque où toutes les valeurs qui fondaient la société du passé devaient être renversées. Malgré les dénégations de certains qui voudraient qu’on ne généralisât pas les pulsions perverses d’une minorité, je m’inscris en faux. Tous ne passèrent pas à l’acte, mais le climat de permissivité qui régnait a autorisé de nombreuses dérives illégales. Je me souviens très bien de ces années-là. J’ai été responsable de la commission culturelle de l’Union des grandes écoles en 1967. J’ai été professeur de français à Paris et ensuite dans la campagne nivernaise, et un peu plus tard à l’université en Allemagne. Tous mes élèves baignaient dans cette ambiance de libération où il était interdit d’interdire. Sans parler des journaux « de référence » de l’époque, le magazine Actuel faisait la promotion de la révolution sexuelle en cours. On y affirmait que les adultes amérindiens initiaient très tôt les enfants à la sexualité. Le mariage et la fidélité étaient ringards. Les marginaux et les anticonformistes provocateurs étaient à la mode. Cet état d’esprit rencontrait peu de résistance, sauf chez ceux qui étaient alors considérés comme des « fachos », suspectés de s’opposer au progrès des mœurs, ou chez des personnes qui n’étaient pas du tout, pour des raisons diverses, en révolte contre leur milieu ou leur famille.

Révolution sexuelle: pour et contre

Pourtant, ceux que l’on a appelés les soixante-huitards n’ont pas tous foulé les palais de la République et peuplé les cabinets ministériels. Certains d’entre eux sont devenus des « éclopés de l’âme », détruits en poursuivant jusqu’au bout les illusions de l’époque. D’autres ont profité avec allégresse du vent de liberté qui soufflait alors.

Ceux qui ne l’ont pas vécu ne peuvent savoir ce qu’a été la « rév

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Février 2021 – Causeur #87

Article extrait du Magazine Causeur

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