Élisabeth Lévy. Au sujet de notre « Manifeste des 343 salauds », vous avez déclaré au Monde : « La forme était contestable. Mais je n’ai pas de critiques sur le fond. » Je comprends, sans la partager, votre réticence sur la forme, et vous remercie de votre soutien sur le fond. Comment expliquez-vous que ce sujet suscite un tel déluge d’insultes et de réactions outrées ?

Élisabeth Badinter. Aujourd’hui, tout sujet qui touche aux femmes se conclut en termes de « bien » et de « mal ». C’est comme ça. Pour couronner le tout, en osant vous emparer du manifeste des « salopes » sur l’avortement, vous avez commis une grosse erreur psychologique. On ne touche pas impunément à une cause sacrée ! Beaucoup de femmes ont mené un combat très dur pour obtenir le droit à l’avortement, le droit de disposer de leur corps. Dans ce contexte, notre ministre des Droits des femmes a eu beau jeu de dire : « Les 343 salopes réclamaient en leur temps de pouvoir disposer librement de leur corps. Les 343 salauds réclament le droit de disposer du corps des autres. » Et sa formule a fait mouche !

Certes, mais elle est fausse puisque le texte souligne l’impératif du consentement. Mais ne revenons pas là-dessus. Je pense que c’est surtout le titre : « Touche pas à ma pute ! » qui a scandalisé.

Le slogan « Touche pas à ma pute » a été taxé de « vulgaire », d’épouvantable. Ce souci de la vulgarité me fait un peu ricaner, mais en même temps, si on veut convaincre, il faut essayer de ne pas braquer ceux que l’on veut convaincre…

De toute façon, pour certaines néo-féministes, tous les prétextes sont bons pour crier haro sur le mâle !

Je ne comprends pas comment nous en sommes arrivés là. À leurs yeux, la prostituée incarne la victime absolue tandis que l’homme utilisateur de plaisir tarifé devient un « salaud » absolu, dominateur, exploiteur et violent, qui doit donc être puni. Cette image de l’homme m’est absolument insupportable, parce qu’elle l’essentialise sous les couleurs les plus sombres.

*Photo : CHAMUSSY/SIPA. 00586921_000001.

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