Mais où est passée la majorité de députés « godillots » élue en juin 2017 ? Deux ans après leur entrée en fonction, certains membres du groupe LREM sèment la zizanie au sein du troupeau le mieux gardé de l’Assemblée. Au point que des menaces d’expulsions planent et que Marlène Schiappa passe pour le plus bel atout du parti présidentiel. Au sein de l’Assemblée LREM, personne n’est d’accord sur rien mais tout le monde veut faire croire le contraire. 


La France, éternellement « en retard » sur bien des questions, a besoin d’un peu d’aide pour être réformée par le Grand Manitou de l’Elysée. La majorité LREM se lève chaque matin avec entrain pour accomplir sa mission.

Sur les questions d’économie, il est admis par toutes et tous que la politique doit être libérale. Ou « néolibérale ». J’ai personnellement renoncé à comprendre la nuance, malgré toutes les explications de nos intellectuels sur le sujet. Quoi qu’il en soit, on ne discute plus cette politique à LREM. C’est heureux pour eux. Sur toutes les autres questions, en revanche, personne n’est d’accord.

Chacun pour soi et PMA pour toutes

Faut-il ouvrir la PMA « pour toutes » ? N’est-ce pas la porte ouverte à des dérives, voire une dérive en soi (je blasphème) ? Les homosexuels masculins ne vont-ils pas se sentir discriminés à leur tour (la discrimination étant, avec la hausse soudaine des températures, ce qui peut vous arriver de pire de nos jours) ? L’ambitieuse secrétaire d’Etat à l’Egalité des droits entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa, entend bien voir présentée sa loi pro-PMA dans l’hémicycle avant l’été. En coulisses, certains sont plus réservés. Au point qu’Agnès Thill, le député de la deuxième circonscription de l’Oise a bien failli dégager du groupe LREM après des propos inconvenants. Le ministre des Relations avec le Parlement, lui, aurait préféré que cette proposition de loi soit repoussée. Au moins jusqu’à la fin 2019. Malheureusement pour lui, l’appétit réformateur de la très bavarde secrétaire d’Etat est le plus grand et semble devoir être satisfait dans les semaines qui viennent.

Qui veut gagner des millions (d’électeurs) ?

Autre sujet de discorde: qui envoyer tout en haut de la liste LREM pour les élections européennes ? Nicole Belloubet, Agnès Buzyn ou Nathalie Loiseau ? On ne sait pas. Et pourquoi pas Daniel Cohn-Bendit ou Brune Poirson, d’ailleurs ? LREM ne manque pas de prétendants, tous plus brillants les uns que les autres, mais cherche aussi « la » personnalité qui ne soit pas trop repoussoir pour les quelques électeurs pro-européens qu’il reste. Par ailleurs, personne ne sait non plus si le grand chef doit ou non profiter du scrutin pour interroger les Français par référendum, et tenter par-là de mettre un point final aux plaisanteries des gilets jaunes. Pour Paris, c’est la même chose ! La majorité se divise quant au poulain à soutenir pour ravir la capitale à Anne Hidalgo. Benjamin Griveaux, Mounir Mahjoubi ou Cédric Villani ? Lequel de ces trois marcheurs (plus ou moins géniaux) accueillera les athlètes du monde entier sous la Tour Eiffel lors des JO en 2024 ?

République et islamo-macronisme

Sur l’islamisation à marche forcée de la France, le débat n’est pas moins remuant. Fallait-il laisser Décathlon vendre son « hijab » de course en toute impunité ? Plus divisée que jamais entre députés qui ont gardé quelques notions de républicanisme laïc et sorciers du communautarisme, LREM a présenté un visage peu avenant. Surtout Aurélien Taché, le député de la 10e circonscription du Val d’Oise, a démontré qu’à côté de l’islamo-gauchisme, l’islamo-macronisme pourrait avoir de beaux jours devant lui. Ce n’est plus chasse gardée pour la France insoumise.

« Tournant social » et casseurs d’unité

Après la crise des gilets jaunes, faut-il finalement un « tournant social » pour la suite du quinquennat de notre ex-vertical président ? Là aussi, les avis sont partagés à l’Assemblée nationale. Même quand il s’agit de faire entendre raison aux gilets jaunes et de les renvoyer dans leurs zones commerciales péri-urbaines les samedis (plutôt que sur les Champs-Elysées où ils salissent tout), ça coince. Lors du vote de la loi « anti-casseurs », cinquante LREM s’abstiennent. Bonjour l’unité ! Macron et Castaner font mine de ne pas s’en offusquer. Il est vrai que leur écrasante majorité à l’Assemblée leur permet de continuer de tout faire passer, même quand il y a division.

Les mesures trop « marquées à droite » du ministre de l’Education nationale sont aussi l’objet de tensions. Drapeau tricolore dans les classes et Marseillaise chantée par les mouflets : des membres de LREM estiment qu’on n’a pas stoppé la peste brune en votant pour Macron, pour se taper du Blanquer.

Touchez pas au grisbi !

Ne parlez plus non plus de fiscalité à Jacqueline Gourault. Quand elle n’est pas occupée à consoler une députée LREM en pleurs à l’Assemblée (parce que cette dernière ne sait pas ce qu’elle doit y faire), le ministre de la Cohésion des territoires émet l’idée de faire payer l’impôt à tous les Français, même symboliquement (seuls 43% des foyers fiscaux sont soumis à l’impôt sur le revenu). Les députés LREM ont déjà du mal à retourner dans leurs circonscriptions sous les vociférations de leurs administrés, on ne va pas en remettre une couche, si ? Non, et Gourault est immédiatement recadrée par Macron et son Premier ministre.

LREM, le présent d’une illusion

Sur l’écologie, enfin, mère de toutes nos inquiétudes, la majorité est encore divisée. La démission fracassante de Nicolas Hulot a exacerbé le clivage. Beaucoup estiment que le bilan de l’exécutif est insuffisant. Le député  du Doubs, l’ex-Vert Eric Alauzet le reconnait : « La crise des gilets jaunes a eu pour effet de faire passer cet enjeu après d’autres. » La députée du Finistère, Sandrine Le Feur, agricultrice bio dans la vraie vie, est également toute désolée : à l’Assemblée, les écolos perdraient quasiment tous leurs bras de fer face au ministre de l’Agriculture.

Dans son livre Les Grandes illusions, la journaliste du Monde, Manon Rescan, résume bien ces clivages et cette cacophonie permanente. Elle est de plus en plus audible. Et une fois que les gilets jaunes auront fini d’occuper tout le terrain, les médiatiques seront bien contraints de mettre un peu de lumière sur les divisions les plus évidentes. Manon Rescan précise qu’il y a, selon elle, deux groupes à l’Assemblée : « Ceux qui ont compris comment faire de la politique » comme Aurélien Taché, et ceux, plus nombreux et un peu désabusés, qui « cherchent encore »… Quand ils auront trouvé, de nouveaux moments de drôlerie ne sont donc pas exclus !

Le Monde, parce que Macron le vaut bien

Ces divergences, curieusement, la sphère médiatique semble peu s’en inquiéter. Les éditos du Monde confortent en permanence l’exécutif. C’est souvent assez drôle. Et subversif !  Le 6 mars dernier, c’est le duo Hulot-Berger qui était proposé comme nouvel opposant à Macron. Et quand le président publie une lettre à destination de nos voisins européens dont tout le monde se fout, le quotidien du soir salue le « goût du risque » du chef de l’Etat : « Il a choisi de s’exposer. Il a raison. Gouverner c’est choisir » (7 mars). Quand Macron et Le Maire ne parviennent pas à convaincre les autres Etats de taxer les GAFA et mettent en place en solo une taxe franco-française, c’est « légitime » : « Cela a le mérite de faire avancer le débat […] à l’échelle planétaire ». D’ailleurs, « mieux vaut un volontarisme désordonné que des atermoiements compassés ». Circulez, y a rien à voir.

LREM est plusieurs et indivisible

Le reste de la presse, non moins contestataire, se grise à écouter pérorer Marlène Schiappa, dont chaque prise de parole provoque une poussée d’urticaire à de nombreux citoyens. Cette dernière n’en a pas conscience et s’imagine un avenir politique radieux. La Culture lui a été refusée pour le moment ? Chez Ruquier samedi dernier, elle restait persuadée de se voir bientôt proposer d’autres responsabilités, là où elle serait « utile ». Son nouveau dada ? Rappeler que la République est « une et indivisible ». Il y aurait péril en la demeure, les gilets jaunes étant très méchants, et c’est l’occasion trop bonne pour elle de sortir un énième livre. Mais par République en danger, Marlène Schiappa entend surtout « contenus haineux » sur Twitter…

Je lis à gauche et à droite qu’une réorganisation politique majeure pourrait résulter du « grand débat ». Le président entendrait accélérer la décentralisation. C’est amusant. Car ses députés sont vraisemblablement les moins ancrés dans les « territoires » que la Ve ait connus.

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