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Mon tailleur est riche. So what ?

Mon tailleur est riche. So what ?

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C’était le 27 février 2012 : le Premier ministre britannique, David Cameron, s’en souvient comme du jour de sa première communion. Avec l’annonce de la création d’une imposition à 75% pour les revenus supérieurs à 1 million d’euros, le candidat à l’élection présidentielle et bientôt président François Hollande réjouissait les conservateurs et embarrassait les travaillistes de Grande-Bretagne. Le maire de Londres, le trublion Boris Johnson, s’exclamait devant les caméras de la BBC, France 24, Al-Jazeera et CNN : « Formidable ! Et bienvenue à tous les riches français ! Londres vous attend les bras ouverts ! » Quant à Ed Miliband, chef de file de l’opposition Labour, il déclarait, rougissant, qu’en Grande-Bretagne, on ne détestait pas les riches autant qu’en France.

Douce litote. En Grande-Bretagne, riches et argent sont vénérés, portés aux nues. La richesse, une valeur en soi, signe distinctif de la réussite, voire du doigt de Dieu, véhicule comme une aura morale. C’est à des détails que l’on perçoit cette culture bien différente de la nôtre.[access capability=”lire_inedits”]

Prenons par exemple, ce qu’en France nous appelons, avec le plus grand dédain, la « spéculation ». Outre-Manche, le terme ne suscite aucune désapprobation et ne charrie aucune connotation immorale : la spéculation financière constitue une activité comme une autre, parfois même un divertissement. Ce qui distingue spéculateurs et non-spéculateurs ? Pas les principes, mais le goût du risque, et le talent. L’appât du gain aussi, bien sûr, mais celui-ci serait presque secondaire tant le côté ludique et sportif de la spéculation financière tient un rôle central.

De cet appétit pour la compétition et le jeu découle tout naturellement le goût pour les paris, une obsession nationale. Les bookies (bureaux de paris) pullulent dans les rues du royaume. Il y est plus facile de prendre un pari sur la couleur du bibi que portera la reine à la messe de minuit que de trouver un café digne de ce nom. Et ne vous étonnez pas de découvrir qu’un Britannique a encore empoché la cagnotte de l’EuroMillion : ce sont les plus grands joueurs d’Europe.

Au cœur de la vie du citoyen britannique, il y a également l’accession à la propriété, source de spéculation effrénée. Car l’immobilier, aussi, est un sport national. Ces quinze dernières années, à Londres, le prix de l’immobilier a triplé alors que les comptes d’épargne classiques affichent actuellement des taux de rendement de 0,2%, avec une inflation à plus de 0,4%. Le calcul est vite fait. Le Britannique moyen semble naître programmé pour acheter dès la fin de ses études une propriété en mauvais état qu’il retapera entièrement et dont il louera une chambre à un lodger pour rembourser son emprunt. Tous les quatre ans, il vendra et rachètera plus grand, renégociant à chaque fois avec la banque, et accueillant toujours plus de locataires chez lui. Pas surprenant, dans ces conditions, que la Grande-Bretagne compte 70% de propriétaires contre 58% en France.

Parcourez n’importe quel journal anglais : vous y observerez une pratique étrange. On y parle d’un entrepreneur, d’un malfrat, d’un romancier, du témoin d’un crime ? Vous pouvez être sûr de lire après leur nom la valeur sur le marché de leur résidence principale. « Untel, auteur de trucmuche, propriétaire d’un trois-pièces à Bermondsey d’une valeur de 600 000 livres, va sortir un nouveau roman aux éditions Ding Dong. » Vous n’avez pas bien compris le rapport ? Ne cherchez pas, il s’agit de « situer » l’individu cité sur l’échelle de la réussite.

En France, quand on dit que la résidence de Depardieu, rue du Cherche-Midi, à Paris, a été mise sur le marché à 50 millions d’euros, c’est pour vomir de dégoût. Ce n’est pas la frontière belge que le grand acteur aurait dû franchir, mais bien la Manche.[/access]

*Photo : Mr. T in DC.

Janvier 2013 . N°55

Article extrait du Magazine Causeur


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