La guerre fait les hommes, la guerre fait les héros, la guerre fait la nation, la guerre fait les chefs, la guerre fait l’unité. Célébrons la guerre qui nous extirpe de la platitude des jours et qui nous établit grande puissance sur les pays misérables livrés au fanatisme. Et de s’ébaudir sur le mol apparatchik devenu homme d’État parce qu’il a jeté une poignée de fantassins dans les sables du désert pour y traquer des guérilleros enturbannés tassés sur des pick-up… Et de clabauder contre le terrorisme, alibi ultime qui décime toute contestation. Aux armes, citoyens !
Belle fumisterie, à la vérité. Le prétexte de la « lutte contre le terrorisme » ne tient guère à l’analyse : la bataille se conduit contre des armées déterminées, non contre un concept universel que seul incarnerait un groupuscule agité aux confins du Sahel.

Le Mali n’est pas un vrai pays mais l’accolement, par un trait de plume coloniale, de deux régions et populations sans lien entre elles, mises sous la coupe d’une clique incompétente et malversée dont la légitimité tient à un bricolage juridique branlant maintenu à grand renfort de subventions et de pots de vin de l’étranger. L’Azawag a été conquise en un rien de temps par quelques centaines de combattants de fortune, auxquels les locaux n’étaient pas vraiment hostiles. La pseudo armée malienne fut vite déconfite par les Touaregs et leurs opportuns alliés, lesquels alliés furent les nôtres puisqu’ils assurèrent le versant terrestre de la guerre contre le régime de Kadhafi tandis que nous en tenions le ciel, qu’ils sont les ferments des printemps arabes que nous applaudîmes, que nous appuyons aujourd’hui leurs confrères en Syrie, qu’enfin ils sont alimentés par les despotes arabiques que nous chérissons.

Comment, de si proches, ces desperados de l’Islam devinrent-ils nos ennemis ? C’est ce que l’histoire ne raconte pas.

Mais au fond qu’importe ? Qu’importe même si les apparences d’une bénédiction africo-onusienne sont affichées ? Il n’est qu’une question : cette guerre, toute incompréhensible ou infime soit-elle, est-elle légitime ? Est-elle juste ?

La conception traditionnelle de la « guerre juste » se résume en quatre critères cumulatifs. « Il faut à la fois :

  1. Que le dommage infligé par l’agresseur à la nation ou à la communauté des nations soit durable, grave et certain.
  2. Que tous les autres moyens d’y mettre fin se soient révélés impraticables ou inefficaces.
  3. Que soient réunies les conditions sérieuses de succès.
  4. Que l’emploi des armes n’entraîne pas des maux et des désordres plus graves que le mal à éliminer. » (Catéchisme de lÉglise catholique, § 2309)

Rapide passage de revue, puisque la pratique est redevenue de mode :

  1. L’application de la charia est-elle grave au Sahel, quand elle est désormais normale aux rives de la Méditerranée ? Vérité en-deçà du Sahara, erreur au-delà…
  2. A-t-on assez négocié avec les milices qui tiennent l’Azawag et avec leurs soutiens ?
  3. Y a-t-il une issue heureuse possible à ce conflit ? Peut-on se satisfaire de rétablir l’absurde assemblage malien, sa corruption et ses profiteurs, sous la houlette de l’insubmersible Françafrique ?
  4. Jusqu’à combien de victimes collatérales ces combats sont-ils acceptables ?

Sans préjuger du diagnostic, je suis certain que ces interrogations se devraient poser, et que leurs réponses sont loin d’être évidentes, voire qu’elles pourraient chahuter le piédestal du tout nouveau vaillant guerrier.

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