Chez l’Oncle Sam, la liberté de conscience, c’est sacré. Même aux heures les plus sombres de la psychose anti-islamiste, personne ou presque ne songeait à interdire la pratique du culte mahométan, y compris chez les néoconservateurs préparant l’Armageddon à partir du bourbier irakien. Puis vint Obama. Barack « Hussein » Obama, comme le stipule son acte de naissance à Hawaï, ce prénom musulman étant l’héritage d’un père kenyan qui l’abandonna à la naissance. Obama le faux américain pour les plus frapadingues du Tea Party, Obama le musulman caché, Obama le bolchévique en costume cravate. 

Dans l’Amérique d’Obama – qui n’est rien de tout cela, auquel cas on rirait bien – la prestigieuse université d’Harvard vient de faire inscrire un extrait du Coran au-dessus de son portail. Et pas n’importe quel passage, mais le verset 135 de la sourate Femmes, qui propose « l’une des meilleures descriptions de la justice » d’après les dirigeants de la faculté.

Jugez sur pièces, dans la traduction que nous livre l’agence officielle d’information iranienne, cela donne : « Ô, les croyants ! Allons ! Debout, témoins pour Dieu avec justice ! Fût-ce contre vous-mêmes ou contre père et mère ou proches parents, et qu’il s’agisse d’un riche ou d’un besogneux ; car Dieu a priorité sur les deux. Ne suivez donc pas les passions, afin d’être justes. Si vous louvoyez ou si vous devenez indifférents, alors oui, Dieu demeure bien informé de ce que vous faites. »

Nous laisserons le lecteur juger de la pertinence du propos. Mais en attendant l’élection présidentielle iranienne de juin, la fac étasunienne fait un premier pas interculturel dans la direction de Téhéran : au pays des mollahs, les versets coraniques décorent déjà préaux et jardins publics. De quoi inspirer des projets de reconversion universitaire au futur ex-président Mahmoud Ahmadinejad ?