Jean-Pierre Le Goff occupe une place tout à fait singulière dans la vie intellectuelle française. Il a une œuvre de sociologue tout à fait considérable et admirée par beaucoup de bons esprits mais, peu présent dans les médias, il reste assez marginal dans les institutions académiques, sans doute parce qu’il a choisi de consacrer sa vie à une tâche aujourd’hui oubliée – l’éducation ou l’Université populaire, telle qu’on pouvait la concevoir au début du XXe siècle. Il anime l’association Politique autrement, qui joue un rôle en fait considérable dans la vie intellectuelle française par les débats qu’elle organise, mais qui offre aussi à ses adhérents des séminaires de formation philosophique et politique du plus grand intérêt. Il y a du Pelloutier chez cet homme chaleureux et modeste, dont la culture fondamentalement libertaire réunit sans difficulté apparente le goût de l’excellence et l’amour de l’égalité ; il y a aussi du Péguy chez ce républicain qui ne se reconnaît pas toujours dans la démocratie d’aujourd’hui –  mais qui est néanmoins plus raisonnable et beaucoup moins amer que l’auteur de Notre jeunesse.

Jean-Pierre Le Goff, La fin du village, Gallimard

*Photo : Hannah Assouline.