Jusqu’au générique final, Colette fut le film parfait.

Et une honte pour la France : pourquoi diable faut-il que ce soient des Américains et des Anglais qui tournent un film (très réussi) sur l’un des plus grands écrivains français ? Aurions-nous honte des vraies grandes gloires de la France ? Sur les dernières années, il n’ y a guère que l’Autre Dumas, le film fort intelligent de Safy Nebbou, qui ait attiré mon attention : les relations du grand Alexandre (pas la pâle copie du petit, l’auteur de la Dame aux camélias — l’autre, le grand, le vrai), interprété par un Depardieu presque dessoûlé, et de son nègre favori, Auguste Maquet (Benoît Poelvoorde en grande forme) y étaient évoquées avec une grande justesse et assez de verve pour satisfaire tous les dumassiens. Exception faite de Claude Ribbe, qui en tant que Guadeloupéen s’est annexé tout ce qui appartient à l’histoire noire, et qui protesta parce que ce n’était pas un métis qui jouait Dumas — lui-même quarteron…

Quand les Anglais font des films français…

Dis-moi, Claude, tu es sûr d’avoir réussi l’ENS et l’agrégation de philo, pour sortir des bourdes de cette taille ? Tu te prends pour un Native American, le genre qui exige que seuls des Indiens certifiés conformes jouent des rôles d’Indiens ? Et les copies de Bronco Apache, où Burt Lancaster jouait le rôle-titre et Charles Bronson celui d’un Apache renégat (sans oublier le Jugement des flèches ou la Bataille de San Sebastian, où ce même descendant de Lituanien faisait l’Indien avec conviction), on les brûle ? Touche pas à mon western ni à la liberté de créer ! Si on t’écoutait, on brûlerait aussi les copies de l’Othello d’Orson Welles, où le génial acteur s’était grimé en noir pour jouer le More de Venise… Politiquement correct un jour, c***ard pour toujours.

Un ami cinéaste, à qui j’avais adressé diverses suggestions, me répondit que désormais, la télévision française, qui jadis a commis des films historiques de grande qualité, ne peut plus le faire, parce qu’elle ne dispose plus de costumes adéquats — d’où le fait que toutes les fictions se déroulent désormais dans le temps présent.

Les Anglais, apparemment, n’ont pas ce genre de problèmes. Ils disposent d’un fond inépuisable de toilettes étourdissantes des années 1900, que ce soit pour tourner les adaptations d’Agatha Christie avec David Suchet — de vraies perles —, ou justement Colette, où chaque robe est plus belle que la précédente.

La Belle époque de Colette

Avec une réticence sur leur façon inattendue d’interpréter le « col Claudine » — puisque Claudine justement il y a.

Parce que Colette met en scène les premières années de celle qui fut et demeure le plus grand écrivain du tournant du siècle et au-delà — avec Proust. Cette petite dizaine d’années où la romancière est mariée avec ce grand hâbleur de Willy, qui certes l’exploita jusqu’au bout des dentelles, mais lui apprit en même temps à écrire — ce que le film montre avec une grande finesse, et il est toujours bien difficile de mettre en scène l’acte d’écrire, rappelez-vous l’extraordinaire Genius. Willy qui la lança à Paris, lui fit connaître tout ce que la capitale de la Belle Epoque comptait de jolies femmes de Lettres (Rachilde, par exemple, que joue Rebecca Root) ou de comédiennes à la taille fine (Polaire, le tour de taille le plus étroit jamais enregistré — 33 cm — fort bien interprétée par Aiysha Hart) — ou de transsexuelles provocantes, comme la très fameuse Missy, habillée en homme et la main adroite : Denise Gough est la copie conforme de Mathilde de Morny — le vrai patronyme de la lesbienne la plus fameuse du Paris 1900, qui en comptait quelques-unes, et pas des moindres (et non, Natalie Clifford Barney n’apparaît pas dans le film : il a fallu choisir, sous peine de virer au catalogue des amours saphiques 1900).

Ai-je dit que Keira Knightley (aperçue et appréciée dans A Dangerous Method ou Imitation Game), qui interprète Colette, est merveilleusement dans le ton ? Voilà, c’est fait.

Pas un film militant…

1893-1912. Années de formation où Colette écrit toute la série des Claudine, et se lance dans le music-hall, dans des rôles ébouriffants de momie découverte par un hardi explorateur de sexe indéterminé qui roule une pelle à la belle emmaillotée. Si. Lisez ou relisez la Vagabonde.

Il a bien fallu tailler dans les anecdotes, et arrêter l’histoire juste avant qu’elle ne se remette aux hommes — avec Auguste-Olympe Hériot. Qui ça ? Lisez ou relisez Chéri (ou revoyez le très beau film de Stephen Frears…).

Le réalisateur est homosexuel, l’héroïne est bisexuelle, on pouvait craindre le pire dans le genre militant — mais Willy (Gauthier-Villars de son vrai nom) est montré pour ce qu’il était, un personnage larger than life, as they say, un peu maquereau sur les bords, surdoué de la « réclame » — comme on disait à cette (Belle) époque où l’on n’avait pas le mot « communication » sans cesse à la bouche.

…jusqu’au générique de fin

Quant aux amours homosexuelles de Colette, on n’insiste pas plus que nécessaire. Wash Westmoreland n’est pas Abdellatif Kechiche, dont j’ai eu l’occasion de dire tout le bien que je pensais… Lui, c’est un vrai metteur en scène.

Et alors mon plaisir fut gâché par le générique final, où le banc-titre vint rappeler au public que Colette allait devenir…

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