Daoud Boughezala. Vous lancez une nouvelle formule du quotidien Présent, plus fournie, riche en photos et haute en couleurs que la précédente. Ressentiez-vous le besoin de moderniser ce titre lancé par Jean Madiran voici plus d’une trentaine d’années ?

Caroline Parmentier. Avec la concurrence des autres journaux et des sites d’information, un quotidien de réinformation comme le nôtre se doit en effet d’être le plus attractif et le plus agréable possible à lire. Il doit être visible en kiosque aussi. Ce qui n’était pas possible jusque-là, l’est devenu grâce à la virtuosité et au talent d’un nouvel imprimeur. Nous doublons notre nombre de pages (8 en semaine et 16 le week-end). Nous sommes entièrement en couleur avec des photos à chaque page et un contenu élargi. C’est un saut qualitatif brusque tout à fait exceptionnel.

caroline-parmentier-present-fn-garderesOuvertement de droite, Présent s’affiche comme le seul quotidien soutenant le Front national. En tant que journaliste d’opinion, comment conciliez-vous cet engagement idéologique avec la nécessité d’informer en toute impartialité ?

A la différence de nos confrères qui ont roulé à 90% pour Macron pendant toute la campagne sous couvert d’objectivité et d’impartialité, nous avons clairement affiché dans  Présent que nous soutenions Marine Le Pen pour la présidentielle car elle était la candidate qui se rapprochait le plus de notre ligne éditoriale et de nos convictions ou qui s’en éloignait le moins. Elle est celle (comme Jean Madiran le disait déjà de son père) qui a porté électoralement au plus haut les idées du mouvement national. Et elle a encore amélioré ces scores électoraux en 2017. Nous ne sommes pas à 100% d’accord avec elle évidemment. Mais concernant la submersion migratoire, l’immigration, l’islamisation et le terrorisme islamiste, questions essentielles où se joue la survie à court terme de notre pays, elle est la seule à proposer d’inverser clairement le processus. J’ajoute que je n’ai aucune leçon de déontologie ou d’impartialité à recevoir de ces journalistes qui ont couvert comme un seul homme les agressions sexuelles massives de Cologne et dans d’autres villes d’Allemagne durant le réveillon 2016 parce que la vérité était trop politiquement incorrecte.

Présent soutient-il la ligne Philippot ou préconise-t-il une union des droites ?

Nous ne prenons parti pour aucune ligne. Dans le cadre du Congrès du FN en 2018, nous donnerons la parole à toutes les lignes et à tous les courants qui accepteront de nous répondre. Nous avons contacté Emmanuelle Ménard qui pour le moment ne nous a pas répondu. Après Libération, ce sera sans doute notre tour. Quant à l’union des droites cela fait trente ans que j’en entends parler sans jamais en apercevoir ne serait-ce que les prémices. A l’exception notable de Nicolas Dupont-Aignan, aucun responsable ni sous-responsable de droite n’a appelé à voter Marine Le Pen contre Emmanuel Macron au deuxième tour de la présidentielle alors qu’il s’agissait pourtant d’une urgence vitale.

Laurent Wauquiez a clairement et vivement repoussé la main tendue par Marion Maréchal-Le Pen

Si on parle d’union des droites depuis bien longtemps, ce mirage pourrait devenir réalité avec la probable élection de Laurent Wauquiez à la présidence des Républicains. Que vous inspirent ses prises de position droitières ?

Je me souviens surtout qu’en juin dernier Laurent Wauquiez a clairement et vivement repoussé la main tendue par Marion Maréchal-Le Pen qui l’avait désigné comme comme “un profil qui change la donne », avec qui « on aurait des choses à dire et à faire ». « Jamais, jamais d’alliance avec les Le Pen, ni de compromis avec le Front national” a-t-il alors lancé sur BFM TV, “Je ne peux pas être plus clair. » Comme tous les autres, Wauquiez s’inscrit dans une logique éternelle de confrontation avec le FN, bien plus durement que contre le gouvernement Macron. C’est la “ligne rouge” fixée par Juppé, finalement. Comme Sarkozy, il veut ramener vers lui tous ceux qui sont allés voter FN à cause des lâchetés et des compromissions de la droite.

Durant la dernière campagne présidentielle, vous avez été l’une des premières plumes à dénoncer l’assassinat de la Juive orthodoxe Sarah Halimi par un islamiste. Pensez-vous vraiment que les grands médias ont occulté ce fait divers pour ne pas faire le jeu de Marine Le Pen ?

Absolument. Je ne suis d’ailleurs pas la seule à le penser. Gilles-William Goldnadel a pointé « la responsabilité de la communauté juive organisée » dans l’omerta : « Chut ! Danger FN ! » a-t-il écrit. Présent a parlé de cet assassinat dès le 6 avril relevant que ni le nom ni l’origine du tueur n’avait été révélés. Une véritable omerta médiatique et politique s’est employée à dissimuler cette affaire d’attentat islamiste anti-sémite en pleine campagne présidentielle parce qu’il ne fallait surtout pas favoriser Marine Le Pen à ce moment-là. Et qu’il ne doit y avoir qu’un seul antisémitisme en France : Vichy, le Vel d’Hiv et le Front national. La haine antisémite arabo-musulmane n’existe pas, c’est bien connu.

L’un de vos derniers numéros inclut un entretien avec le ministre russe du Développement économique. Afin de ne pas dépendre des dépêches d’agence, disposez-vous de vos propres relais d’information pour relayer l’actualité internationale ?

Nous avons souvent obtenu des interviews étrangères, grâce aux contacts noués ici ou là : Pegida en Allemagne, Casa Pound en Italie, des Serbes, des Anglais, des Américains, etc. Nous cherchons toujours à étoffer notre réseau de correspondant à l’étranger, seule façon de traiter l’actualité internationale sans passer par le filtre français médiatico-correct. Ainsi notre correspondant aux Etats-Unis rétablit-il la vérité sur la politique de Trump et la perception qu’en ont les Américains. Notre correspondant en Pologne couvre l’actualité de ce pays mais aussi celle du groupe de Visegrad et sa résistance face à l’UE. Nous avons également un correspondant au Québec, une au Liban, et un en Amérique latine… Des correspondants en Asie et en Russie seraient les bienvenus : nous finirons par les trouver !

Nos lecteurs « bouffent » assez de chroniques épidermiquement de gauche dans tous les autres médias

Terminons sur une note cosmopolite. Les spectateurs de TV Libertés connaissent votre tragi-comique duo avec Nicolas Gardères, avocat de la Ligue judiciaire des musulmans, absolument parfait dans l’emploi du gauchiste échevelé. Pourquoi ne pas lui confier une tribune régulière dans Présent ?

Nicolas Gardères a le courage et le goût d’apporter la contradiction sur un plateau télé qui serait beaucoup moins animé sans lui. Il a déjà brillamment répondu à deux interviews dans Présent, l’une sur les lois Taubira et l’autre sur la défense des autistes, une cause qui lui tient particulièrement à cœur. Preuve qu’il n’est pas sectaire et nous non plus ! Néanmoins je crois que nos lecteurs « bouffent » assez de chroniques épidermiquement de gauche dans tous les autres médias pour ne pas avoir envie d’en reprendre une dose dans leur quotidien préféré. Que Libé donne déjà une chronique vraiment libre à quelqu’un de notre famille d’idées, catho tradi et FN, et on étudiera la question…