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Caroline Parmentier, de la presse aux marchés

Presse-purée!

Caroline Parmentier, de la presse aux marchés
Caroline Parmentier © DR.

L’ancienne journaliste de Présent était depuis quatre ans l’attachée de presse de Marine Le Pen. Elle se présente désormais dans la 9e circonscription du Nord-Pas-de-Calais. Sur les pas de sa cheftaine, elle axe sa campagne sur le social et l’insécurité.


Quand elle estime qu’un journaliste est malhonnête envers Marine Le Pen, Caroline Parmentier ne s’embarrasse pas : elle décroche son téléphone et l’engueule. Depuis toujours, elle est d’une fidélité sans faille aux idées de la droite nationale. « C’est une femme extrêmement solide. Elle ne laisse rien passer », m’a prévenu Jordan Bardella, le président du RN par intérim. Pendant la campagne victorieuse des européennes, « tout ce qui était susceptible de me nuire faisait l’objet d’une réponse immédiate », se souvient-il, précisant avoir été peiné qu’elle ne s’occupe plus de lui.

Le 24 avril, lors de l’annonce des résultats du second tour, sur la gauche de Marine Le Pen, on ne voit qu’elle. Avec son tailleur rouge vif impeccable, elle se montre alors très affairée, chargeur et portable en main. Sur la photo prise à 20 heures, il est difficile de dire si elle se réjouit du score historique de sa chef (plus de 13 millions de voix), ou si elle est déçue. Si elle a toujours son téléphone en main, c’est parce que tous les journalistes politiques de Paris ont désormais son 06 dans leur répertoire. Lorsque je la retrouve en mai à Paris, elle est en ligne et organise le passage de Marine Le Pen, le lendemain, sur France Inter. Caroline Parmentier s’impatiente : elle veut connaître les thèmes qui seront abordés. Mais c’est d’elle, la fidèle seconde de Marine Le Pen, dont il est maintenant question.

« Marine Le Pen m’a embauchée en 2018 en sachant que j’aimais la presse, et que j’avais de bons rapports avec les journalistes. Je trouvais que la façon dont était traité le FN par les médias n’était pas normale depuis des années, confie l’attachée de presse. Mais plus on parle bien à la presse, plus la presse nous parle bien, c’est un cercle vertueux. Si on ne répond pas aux journalistes, qui ont de toute manière un papier à rendre, ils iront chercher leurs infos auprès des bavasseurs, des rageux et des aigris. Ce qui ne m’empêche pas de leur tomber dru dessus, quand je vois une erreur notoire ou une fake news sur Marine. » Grande gueule, Caroline Parmentier ? Cela lui sera utile, si elle rejoint les travées du palais Bourbon. En attendant, elle n’hésite pas à tancer les rédactions ou les photographes qui s’aventureraient à publier une photo déplaisante.

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La presse écrite, elle connaît par cœur. La politique aussi. Gamine, à Pau, ses parents lisaient Présent, quotidien tendance catho-tradi, et votaient pour Jean-Marie Le Pen. « À 20 ans, je débarque de ma province à Paris. Je dépose le matin mon dossier pour m’inscrire à l’école de journalisme de la rue de Turenne, dirigée alors par Jean-Claude Bourret, et l’après-midi, je me rends à la rédaction de Présent. Je leur dis que je veux faire un reportage sur eux, avec mon petit micro, pour m’entraîner. » La jeune Rubempré rencontre les journalistes qu’elle a lus chez ses parents, comme Alain Sanders ou Jean Madiran. Ce dernier la reçoit dans son bureau, lui dit que faire une école de journalisme revient à apprendre la natation par correspondance, et lui offre un stage avec lui à la place. Caroline Parmentier restera trente ans. « Jean Madiran a dû se dire que j’étais marrante et que cela allait rafraîchir son armée de vieux grognards ! Au début je faisais du rewriting de dépêches. C’était à l’époque un quotidien du soir comme Le Monde, je me levais horriblement tôt. » La ligne éditoriale du canard, en revanche, n’est pas tout à fait celle du Monde. Quand on lui demande si elle n’a jamais eu un problème avec le maurassisme assumé du journal ou la Francisque décernée à Madiran sous l’Occupation, elle répond qu’elle avait de bonnes relations avec lui mais que c’était un homme d’une autre époque (cinquante ans de différence d’âge, quand même !) et qu’elle n’avait pas de filiation spirituelle ou idéologique directe avec lui. La preuve, c’est qu’en farfouillant dans ses articles, ce que nos confrères ont trouvé de plus compromettant, ce sont des analyses laudatives sur Zemmour, et quelques critiques passées de décisions de Marine Le Pen.

« Tout le monde pense qu’il fallait son certificat de baptême pour travailler à Présent, ce qui n’est pas du tout vrai. Ce n’était pas exclusivement un vivier de gens de droite. On avait des journalistes plus ou moins anar, certains tout de même assez gauchistes au fond de leur pensée, et même un protestant ! » s’amuse-t-elle. Reste que quand elle divorce du père de ses trois enfants, certains esprits conservateurs ne lui adressent plus la parole. On lui reproche d’être la mariniste gauchiste et féministe de la bande, Caroline Parmentier étant pro-Marine dès 2011, lorsque la fille hérite du parti de son père. Elle n’a plus mis les pieds à Présent depuis trois ans et demi.

D.R.

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La neuvième circo du Nord-Pas-de-Calais, c’est elle qui l’a demandée à Marine Le Pen. Et c’est gagnable : la candidate RN a fait 54 % au deuxième tour. Parmentier, qui vit dans l’Ouest parisien, assure que, la circonscription, elle la connaît vraiment, comptabilisant 45 déplacements dans le département. Marine Le Pen viendra la soutenir le 28 mai sur un marché aux puces. Comme la chef, Caroline Parmentier a deux axes de campagne privilégiés : l’insécurité et le social. Elle part en croisade contre les jets de missiles, phénomène bien connu des riverains de la prison de Béthune : des jeunes, petits ou grands frères de détenus, escaladent les toits de maisons pour balancer colis, téléphones, drogue ou lames de couteau dans l’établissement. Un jeune a même été retrouvé mort dans une flaque de sang dimanche 24 avril, dans la cour d’une école maternelle dont il avait escaladé le toit. « Il a fallu attendre cette mort et la fin de cinq ans de mandat pour que la députée sortante, Marguerite Deprez-Audebert, daigne annoncer qu’elle allait en toucher un mot au garde des Sceaux », se lamente la candidate RN. Le maire de Béthune, l’UDI Olivier Gacquerre, a désavoué son ancienne adjointe et déclaré qu’il souhaitait une autre députée. Parmentier ne manque pas une occasion de rappeler que la députée de la majorité avait demandé aux ouvriers de Bridgestone de signer le contrat de performance collective en 2019, et toute la population se souvient de ce choix funeste – le site a définitivement fermé l’année dernière.

Quand notre entretien prend fin, Caroline Parmentier semble gagnée par le doute et me demande si, à mon avis, elle va passer. En guise de réponse, je lui demande si élue, ce sera à son tour d’aller se faire charcuter sur les matinales. Ah, ça, il va falloir en toucher un mot à Marine…

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Juin 2022 - Causeur #102

Article extrait du Magazine Causeur


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Rédacteur en chef du site Causeur.fr

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