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United colors of laïcité

Laïcité à l’école: de la guimauve pour la rentrée

United colors of laïcité
D.R.

La campagne d’affichage de Jean-Michel Blanquer visant à promouvoir la laïcité est belle et pleines de belles intentions. Mais si la laïcité menacée est un vrai sujet, à force de ne pas dire clairement les choses et à ne pas rappeler la loi, elle ne convaincra que des convaincus. L’école française est-elle en train de mourir du “vivre-ensemble” ?


La campagne nationale de promotion de la laïcité à l’école, déployée à partir du 30 août et tout le mois de septembre par affichage, sur internet et sur les réseaux sociaux, ainsi que dans les écoles et les établissements scolaires, nous offre tout beau tout chaud en cadeau de rentrée un nouvel exemple de la bouillie idéologique qui semble nourrir les têtes pensantes chargées de l’éducation. Il y a pourtant urgence : un sondage IFOP / LICRA de mars 2021 nous apprenait que le port de signes religieux ostensibles (voile, kippa…) par les élèves dans les lycées publics était soutenu par plus d’un lycéen sur deux (52%).

Un concept inlassablement ressassé

On croyait avoir tout compris, malgré son côté fourre-tout, du concept ressassé depuis des années (et bien en vain) de laïcité. Grosso modo, chacun est libre en matière de religion, l’État n’en soutient ni finance aucune, la croyance est une affaire privée qui ne doit pas interférer dans le domaine public.

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Voilà que les communicants du ministère de l’Education nationale, chargés de promouvoir cette cause obsédante, ne semblent pas du tout en accord avec cette définition. Se prenant les pieds dans le tapis woke à la mode, tissé de bons sentiments et d’antiracisme, voilà qu’ils nous sortent une campagne guimauve et gnan-gnan au possible, exaltant le « vivre ensemble ».

Une campagne qui illustre nos problèmes sans s’y attaquer

Finalement la laïcité serait, d’après cette campagne, permettre aux blancs, aux noirs, aux beurs, aux juifs, de recevoir la même éducation et, sous-entendu, sans se bouffer le nez. Un tel dévoiement du concept de laïcité pour en faire l’alpha et l’oméga de l’antiracisme (la campagne semble insister sur les différences de couleurs de peau ou de prénoms, au lieu de pointer les problèmes liés à la religion) montre bien à quel point le problème de la coexistence des communautés multicolores, qui composent désormais la France, supplante tous les autres. Un détail révèle bien cet état de fait : on n’ose même plus dans ce genre de campagne utiliser des prénoms comme Louis ou Marie pour évoquer nos petits Français « de souche » qui passent quasiment à la trappe. Il n’est guère dans tous ceux qui sont employés ici qu’un « Simon » qui sonne un peu classique. Et exactement comme dans tous les éléments de langage institutionnels, on parle toujours de la République plutôt que de la France.

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Mais là n’est pas le problème. Cette campagne prétend s’adresser aux 9-12 ans et aux 13-18 ans. Pour les ados elle est tellement nunuche qu’ils passeront devant sans s’arrêter. Ceux pour qui ce vivre ensemble ne pose aucun problème n’y verront pas d’intérêt, ceux qui le refusent ne la comprendront pas. Dans tous les cas, c’est peine perdue. En ce qui concerne les plus jeunes, le message est bien confus, voire dangereux. Il semble dire que, sans cette fameuse laïcité, il serait impossible de vivre dans la même école si on n’est pas de la même origine, comme si cette sociabilité n’était pas naturelle et souvent spontanée chez les enfants, en tout cas ceux qui ont reçu un minimum d’éducation dans leur famille.

Parlez leur plutôt d’assimilation!

Et tout ce prêchi-prêcha qui essaie de se faufiler derrière le concept de laïcité montre une réelle et justifiée inquiétude pour l’avenir d’un pays qui doit gérer une « diversité » de plus en plus massive. La coexistence de populations d’origines, de coutumes, d’éducation, de références et de morales extrêmement différentes, ne se règlera pas par les beaux discours et les bons sentiments. Autrefois nous avions chaque semaine des cours de morale à l’école primaire. Mais cela n’était possible que parce que notre culture était commune. Cette campagne souligne combien les cultures sont aujourd’hui différentes, et, croyant œuvrer à la solution, elle ne fait que souligner le problème. La solution, à moyen et long terme existe, c’est l’assimilation, c’est-à-dire l’éducation exigeante à une unique culture commune. Le vivre-ensemble, cette tarte à la crème, a depuis longtemps démontré son inefficacité en la matière.


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Réalisateur de films d'entreprises et institutionnels. Organisateur de spectacles.

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