La multiplication des attaques contre les mouvements dits « populistes » pourrait être un signe de l’agonie du système. Dernier exemple en date: le rejet du budget italien par la Commission européenne.


Le quotidien suisse Le Temps a bien compris la portée économique du rejet, mercredi 21 novembre, du budget italien pour 2019 par la Commission européenne et en a anticipé les conséquences politiques lorsqu’il titre : « Derrière le budget italien, la lutte politique contre l’Europe », et sous-titre : « Le gouvernement d’extrême droite et antisystème s’attendait au rejet par Bruxelles de son projet de budget. Cette décision renforce la Ligue et le Mouvement 5 étoiles au pouvoir. »

« Le pays s’enfonce aveuglément dans l’instabilité »

C’est le délégué de la Lettonie, l’un des plus petits pays d’Europe,  entré dans l’euro en 2014, sous perfusion européenne, qui humilie l’Italie – 60 millions d’habitants et deuxième industrie européenne, fondatrice du Traité de Rome – en appelant à « une procédure de déficit excessif… pouvant aboutir à des sanctions financières ». Et Valdis Dombrovskis d’ajouter, l’air sévère, que « dans une situation d’endettement très élevé, l’Italie prévoit essentiellement d’importants emprunts supplémentaires au lieu de la prudence budgétaire requise » puis de craindre « que le pays s’enfonce aveuglément dans l’instabilité ».

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Dans son rapport, la Commission estime que le budget de Rome ne lui permettra pas de réduire l’énorme dette de 132 % du PIB. Le gouvernement italien prévoit un déficit public de 2,4 % du PIB en 2019, puis 2,1 % en 2020, prévisions jugées irréalistes par la Commission. Pour elle, le déficit atteindra 2,9 % du PIB en 2019, puis 3,1 % en 2020. Concernant le taux de croissance 2019, le gouvernement italien mise sur 1,5 %, l’Institut italien des statistiques sur 1,3 % et la Commission sur 1,2 %. Querelle d’experts ? Ou combat pour la survie des nations ?

La menace fantoche

Bruxelles souligne aussi que le gouvernement italien « prévoit d’opérer une marche arrière importante sur les réformes structurelles propices à la croissance, en particulier les réformes mises en œuvre par le passé en matière de retraites ». Ainsi donc le scandaleux malheur des retraités est qualifié de « réforme structurelle » par le monstre froid et aveugle européen.

La publication de ce rapport constitue la première étape du lancement d’une « procédure de déficit excessif », vers décembre ou janvier… à trois mois des élections européennes ! Alors, des sanctions financières correspondant à 0,2 % du PIB italien (4 milliards d’euros) pourraient être prononcées. L’Italie ne les paiera pas, non plus d’ailleurs que les intérêts de la dette, constituée essentiellement de non-monnaie : des écritures abstraites sans lien avec des réserves existantes d’argent vrai.

La physique des populismes

Dans la physique des matériaux on sait que tout solide possède son point de rupture : l’instant T où un solide se brise sous l’effet d’une force F trop grande. Il est difficile d’anticiper cet instant mais chacun sait que cela aura obligatoirement lieu si la force continue à augmenter. Dans la chimie politique on peut tenter, un temps, de remplacer les faits et la vérité scientifique par l’invective, la calomnie, le mensonge. Tout un vocabulaire a même été inventé pour masquer le vide intellectuel. Au lieu de tenter de défendre rationnellement le système, on s’en prend à ceux qui souffrent. Les spéculateurs, et leurs très dévoués chambellans, scribes, gourous, chamanes ou simples pions, ont des intérêts personnels à soutenir : le système se défend par tous les moyens odieux. Il essaie de retarder l’échéance. Avec cynisme, on a remplacé l’argument par la menace. Et on promet des catastrophes comme si les humbles existences n’étaient pas déjà, bien souvent, catastrophiques.

Les points de rupture sont clairement visibles partout dans le monde : Brexit, Europe centrale (Pologne, Tchéquie, Slovaquie, Hongrie, Autriche, Slovénie), Italie. Sans oublier les Etats-Unis en train de détruire tout le système mondialiste, et donc multilatéraliste, qu’ils ont enfanté. Il y a aussi des points chauds futurs : le budget espagnol à venir (dont personne ne parle mais qui contient des mesures comparables à celles du budget italien), les gilets jaunes…

Insultes à gogo

La logorrhée et les invectives remplacent la raison pour les qualifier : populisme, nationalisme, extrémisme, chauvinisme, repli frileux sur soi, fermeture, identitarisme, racisme, xénophobie, égoïsme… On y ajoute, pour faire bon poids, le « risque de guerre » ; mais oui : ne sommes-nous pas à nouveau dans les années trente ?

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On vénère des dogmes et on se prosterne devant des idoles, des veaux d’or : l’euro, les 3 % de déficit budgétaire, la dette, la libre-circulation sans limites, l’émission de fausse monnaie par les banques privées, la bourse, la compétitivité. Tout ceci relève d’une conception inepte et dangereuse de l’économie, et même simplement du libéralisme. On nous trompe beaucoup sur les critères, les indicateurs, les chiffres, les urgences. Que reste-t-il de la croissance d’un PIB à 1 % si on lui applique l’inflation réelle, l’augmentation démographique et les spéculations des banques ? Qui s’enrichit et dans quelles faramineuses proportions de la fausse monnaie en circulation ? Qui s’appauvrit constamment ? On se reportera à l’enquête Insee de ce mois ou aux travaux du géographe Christophe Guilluy.

Dernier souffle

C’est tout cela que les gilets jaunes et le gouvernement italien sont en train de balayer. Rien ne pourra les en empêcher : ceux qui souffrent de plus en plus sont de plus en plus nombreux et de plus en plus déterminés. Ce sera Valmy. Leur système a échoué. Il ne pouvait qu’échouer car il était aberrant depuis le début. Les savants de la philosophie, de l’économie et du droit le disent en vain. Et qui les contredit ? Des Juppé, Barnier, Juncker, Moscovici, Philippe, Macron. Quels sont leurs travaux scientifiques ? Doctorat de quoi ?

Comme l’observent Le Temps et Il Corriere della Sera, le rejet du budget italien par Bruxelles rend service à la coalition italienne, suivie par 60 % du pays. On nous avait pourtant juré qu’elle ne se créerait pas, puis qu’elle ne durerait pas. L’analyse était polluée par le choix partial des mots : « alliance de l’extrême droite et du mouvement antisystème ». Rien compris. Si, à force, tout de même , on a compris que « la route choisie par la Ligue et les 5 étoiles, en plus de créer de graves risques économiques, en plus de suivre une tactique sur le court ou très court terme et empreinte de provincialisme, est rationnelle seulement si elle vise la rupture totale, la sortie de l’euro et de l’Europe». In cauda venenum : Le Temps a bien vu que le système s’agitait de ses derniers spasmes.

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