François Bayrou descend les marches du palais de l'Elysée, juin 2016. SIPA. 00761864_000106

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Mardi 9 mai, 10h44, Mairie de Pau

François Bayrou posa son téléphone mobile sur le bureau de maire de Pau, dont il savait qu’il allait bientôt le quitter. Il venait d’accepter la proposition du nouveau président élu de devenir Premier ministre. Certes, si on comparait le score obtenu par Emmanuel Macron lors de ce second tour avec les précédents duels de la Ve République, il pouvait être considéré comme aussi bien élu que François Mitterrand en 1988 (154%). Mais compte tenu de son adversaire et des prévisions des instituts de sondages, qui le donnaient tous vainqueurs le 23 avril au soir avec un minimum de 60%, le nouveau chef d’Etat était conscient d’avoir réalisé une contre-performance. François Bayrou était d’accord avec son allié sur l’idée de nommer Christine Lagarde à Matignon. Mais ce matin-là, Emmanuel Macron avait enregistré le refus de la directrice du FMI, qui préférait rester sur les rives du Potomac, plutôt que de s’engager dans une périlleuse batailles des législatives, qui plus est face à celui qui l’avait nommée ministre des Finances puis lui avait obtenu le poste qu’elle détenait à Washington. Emmanuel Macron pouvant difficilement nommer un membre du PS à Matignon, et compte tenu du fait que Juppé et NKM ne bougeraient pas, François Bayrou était le seul homme à être taillé pour le poste. Et il ne pouvait pas refuser cette mission. C’était à lui de livrer la bataille contre Sarkozy, son adversaire de toujours, au service du nouveau président. Il n’était même plus question de négocier les sièges du Modem, ni de coalition. Il était devenu de facto le général du futur parti du président.

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Jeudi 11 mai, 16h03, Le Carré, Nanterre

Marion Maréchal-Le Pen n’avait pas pu apprendre le maniement des armes, sa demande d’intégration à la réserve citoyenne ayant été refusée. Mais ce jour-là, elle était partie à la chasse. La chasse au Philippot. Pour elle, le temps était venu. Il fallait en finir avec son adversaire au sein du FN, responsable, selon elle, de la défaite du parti à la présidentielle, et de l’occasion manquée de faire exploser la droite entre les deux tours de l’élection présidentielle. Elle avait pris rendez-vous avec sa tante et lui balança alors toutes ses vérités. Si Sarkozy avait pu ainsi sauver l’armée LR pourtant en mauvaise posture avec le score catastrophique de son candidat à l’élection présidentielle, c’était à cause du projet trop à gauche, à cause du logiciel national-républicain du stratège frontiste. Marine Le Pen rétorqua à sa jeune nièce que sa candidature avait créé la surprise en obtenant huit points de plus que ne lui en accordait les sondages. Que la stratégie mise au point avec Florian Philippot lui avait permis de gagner le face-à-face, de l’avis de tous les observateurs. Mais Marion Le Pen ne désarma pas. Pour elle, une occasion avait été manquée. L’occasion de tuer la droite républicaine. L’occasion d’ouvrir les bras à tous les électeurs de droite face au candidat de la « gauche libertaire » chimiquement pure, incarnée par Macron. Il aurait fallu être conservateur, réactionnaire. Ne pas aller chercher bêtement les électeurs de Mélenchon, dont une bonne part, pourtant – Damien Philippot avait rédigé une note en ce sens- avait préféré le vote frontiste au second tour. Comprenant que sa nièce ne désarmerait pas, Marine Le Pen tenta de gagner du temps. « Nous avons des élections législatives à gagner maintenant. Nous pouvons obtenir une centaine de sièges. Tu me jugeras après. Si je me ramasse, tu pourras essayer de demander la tête de Florian. Et même la mienne. Mais pendant la bataille, toute déclaration perturbant le travail de nos candidats sur le terrain serait un crime contre le Front ». Marion tourna les talons, fit trois pas, et avant de passer la porte du bureau de sa tante, se retourna : « D’accord. A moins de cent sièges, je déclare la guerre. A toi. Pas aux frères Philippot ».

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Dimanche 18 juin, 23h47, Rue de Miromesnil, Paris

Le décompte était terminé. Les trois dernières circonscriptions tangentes étaient passées dans l’escarcelle de « Pour l’alternance ». Dans les Ardennes, dans l’Eure et dans le Vaucluse, où le député-sortant Julien Aubert avait vaincu dans une triangulaire avec une avance de trois voix, trois nouveaux sièges portaient la future majorité parlementaire au nombre de 291, soit deux de plus qu’il n’en faut pour qu’elle soit absolue. Nicolas Sarkozy était vainqueur. Le téléphone ne tarda pas à sonner. Le président de la République lui annonçait la démission de François Bayrou, et lui fixait rendez-vous pour le lendemain à 11h00. Après avoir accepté d’être un acteur de la quatrième cohabitation de la Ve République, il pensa au maire de Pau, plus éphémère Premier ministre depuis 1958. Il pensa à ce fauteuil de Matignon qu’il n’avait jamais occupé. Il pensa aussi aux deux promesses d’ivrogne qu’il avait faites un soir de mai 2012 et un autre de novembre 2016. Ses passions publiques et privées étaient à jamais mêlées. Il pensa enfin à ce que lui avait confié Michel Gaudin quelques jours auparavant. A moins de 100 sièges obtenus, la guerre éclatait au sein du FN. Alors que minuit approchait, il était désormais certain que le chiffre n’irait pas au-delà de 99.

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David Desgouilles
est blogueur et romancier.Responsable du blog politique "Antidote" sur Causeur.fr, il a grenouillé un peu dans la politique, surtout pendant les années 90. Derniers livres parus : Dérapage (Édition du Rocher) / Le bruit de la douche (Édition Michalon)