Entre incivilités, délinquance, tourisme festif et incompréhensions culturelles, le royaume thaïlandais serre la vis face aux dérives d’une minorité de visiteurs étrangers. Cocorico: ce sont les Français qui figurent parmi les nationalités les plus souvent citées ces derniers mois !
Considéré comme un petit paradis sans contraintes, la Thaïlande est-elle en train de tourner la page du tourisme sans entraves ?
En décidant de ramener de soixante à trente jours l’exemption de visa accordée aux ressortissants de nombreux pays, dont la France, le gouvernement thaïlandais envoie un signal clair : l’heure est désormais au contrôle. Officiellement destinée à lutter contre la criminalité et les abus du système migratoire, cette mesure intervient alors que les autorités multiplient les opérations de police contre les étrangers impliqués dans des délits, des comportements jugés irrespectueux ou des activités économiques illégales.
Si les Français ne sont évidemment pas les seuls concernés dans la longue liste dévoilée par le gouvernement, leur nom revient avec une fréquence inhabituelle dans les faits divers, notamment sur l’île de Phuket, haut-lieu du tourisme local, où plusieurs incidents très médiatisés ont fini par ternir l’image d’une clientèle pourtant longtemps appréciée.
La fin d’un régime très favorable aux touristes
Instaurée en 2024 pour soutenir une industrie touristique durement frappée par la pandémie de Covid-19, l’exemption de visa de soixante jours avait permis aux ressortissants de plus de quatre-vingt-dix pays de séjourner librement en Thaïlande. Deux ans plus tard, Bangkok estime que cette mesure a produit des effets inattendus.
Au-delà de la relance du tourisme, elle aurait facilité le maintien prolongé d’étrangers impliqués dans des trafics de stupéfiants, des escroqueries, des entreprises exploitées illégalement ou encore des réseaux criminels. Le gouvernement considère également que certains visiteurs utilisent ces séjours prolongés pour travailler clandestinement ou contourner les règles d’immigration en s’installant dans le pays en toute impunité.
Désormais, la France fait partie des cinquante-quatre pays dont les ressortissants pourront séjourner trente jours sans visa. Au-delà, une prolongation devra être sollicitée auprès des services d’immigration thaïlandais. Cette décision intervient dans un contexte paradoxal : le tourisme représente près de 10 % du produit intérieur brut thaïlandais, mais la fréquentation reste inférieure aux attentes. En 2025, les arrivées internationales ont encore reculé de plus de 7 % par rapport à l’année précédente indique CNews, poussant les autorités à rechercher un équilibre entre attractivité économique et sécurité publique.
Phuket, laboratoire des nouvelles mesures
S’il existe un endroit où cette évolution est particulièrement visible, c’est bien Phuket. Première destination balnéaire du pays depuis les années 1970, vaste paradis tropical, l’île attire chaque année des centaines de milliers de visiteurs européen pour ses plages, le patrimoine historique de la vielle ville du même nom, sa dynamique et ses opportunités, ses nuits folles et agitées qui prêtent aux fantasmes en tout genre. Mais, depuis plusieurs saisons, cette enclave au sein de l’ancien Siam est aussi devenue le théâtre d’une succession d’incidents impliquant des touristes étrangers. Parmi lesquels, les Français qui occupent une place particulière dans cette actualité.
Début 2026, un couple français était interpellé après s’être déshabillé dans un tuk-tuk circulant dans les rues de Phuket. Quelques semaines plus tard, ce sont plusieurs touristes français qui ont été sanctionnés pour conduite dangereuse de scooters par la police locale. Un autre épisode a marqué également les esprits : le tournage non autorisé d’un clip du rappeur Gambi, accompagné d’une importante escorte de jeunes conducteurs de scooters (notre photo ci dessous), avait paralysé plusieurs minutes l’une des principales artères de Patong, provoquant d’importants embouteillages et suscitant l’agacement des habitants. L’affaire de trop selon TF1 qui a consacré un reportage à ce phénomène.

Pris isolément, ces faits peuvent sembler anecdotiques. Leur répétition, largement relayée sur les réseaux sociaux et dans les médias locaux, finit toutefois par alimenter une perception négative.
Une jeunesse attirée par une destination devenue très accessible
Pour les professionnels du tourisme, plusieurs facteurs expliquent cette évolution. Depuis quelques années, la baisse du coût des billets d’avion, l’explosion des réseaux sociaux et l’image festive de Phuket attirent une clientèle de plus en plus jeune, en quête d’exotisme et de rencontres faciles.
Locations de scooters puissants, hôtels bon marché, vie nocturne particulièrement développée, alcool peu coûteux : tous les ingrédients sont réunis pour séduire une génération qui découvre parfois son premier grand voyage à l’étranger, des étoiles pleins les yeux.
Or, certains visiteurs semblent considérer la Thaïlande comme un espace où les règles seraient plus souples qu’en Europe. Conduites dangereuses sur deux-roues, circulation sans permis ni casque, nuisances sonores nocturnes, bagarres dans les quartiers festifs, consommation excessive d’alcool, insultes envers le personnel des établissements touristiques ou refus de respecter certaines règles locales figurent parmi les comportements régulièrement dénoncés.
Des restaurateurs, hôteliers et chauffeurs de taxi évoquent également une clientèle française parfois particulièrement exigeante, multipliant les négociations pour un oui ou un non, qui s’autorise les contestations ou verse dans les altercations verbales. Bien que ces comportements ne concernent qu’une minorité des visiteurs, leur forte visibilité a contribué à dégrader l’image de l’ensemble des touristes français.
La réaction des autorités françaises
Au-delà des faits de délinquance, nombre d’incidents relèvent d’une incompréhension des codes culturels thaïlandais.
Dans une société où la retenue, la politesse et le respect de l’autre occupent une place centrale, élever la voix, interpeller agressivement un employé ou afficher ostensiblement son mécontentement est très mal perçu. Le respect de la monarchie, du bouddhisme et des traditions locales demeure également un sujet particulièrement sensible. Les autorités rappellent régulièrement que les visiteurs doivent adopter une tenue correcte dans les temples, respecter les lieux sacrés et observer les règles de savoir-vivre locales.
Pour beaucoup d’expatriés français installés de longue date, ces différences culturelles sont insuffisamment expliquées aux voyageurs avant leur départ.
Face à la multiplication des incidents, le consulat général de France n’est pas resté silencieux. Le consul de France en Thaïlande, Christophe Hemmings, s’est rendu à Phuket afin de rencontrer les autorités provinciales et les responsables de la police. L’objectif était d’évoquer « la multitude d’actes délictueux, d’incivilités et de comportements inappropriés imputés à des Français titulaires de visas de court séjour ». À cette occasion, le diplomate a réaffirmé son soutien à l’application stricte de la législation thaïlandaise, notamment en matière de sécurité routière.
Depuis, les barrages routiers se sont tout de même multipliés, les contrôles d’identité ont été renforcés et les autorités n’excluent plus des mesures d’expulsion ou des interdictions de retour pour ces récidivistes.
Une minorité qui ne représente pas toute une nationalité
Selon les autorités locales, à chaque saison touristique, ce sont des dizaines de ressortissants français qui sont interpellés tous les soirs pour diverses infractions, allant des délits routiers aux troubles à l’ordre public.
Chaque intervention policière filmée, chaque bagarre dans les quartiers festifs ou encore chaque vidéo montrant des comportements jugés irresponsables est rapidement relayée sur TikTok, Facebook ou Instagram. Une réalité qui, bien que limitée à une fraction des visiteurs, a fortement retenu l’attention des médias.
Dans ce contexte, une expression s’est progressivement imposée: « French Arabic ». Employé de manière péjorative pour désigner des Français d’origine maghrébine, ce terme est régulièrement présenté comme l’explication des débordements observés en Thaïlande. Pourtant, aucune communication officielle des autorités thaïlandaises ne vient étayer cette lecture des événements, pas plus qu’elle ne distingue les personnes mises en cause selon leur origine. Pour de nombreux résidents francophones de Thaïlande, ce terme de « French Arabic » relève avant tout d’une construction apparue dans certains milieux français et largement amplifiée par les réseaux sociaux. Face à la diffusion de cette expression, plusieurs expatriés français installés de longue date en Thaïlande, ont tenu à rétablir les faits, agacés par cette publicité. Sur les réseaux sociaux et dans les groupes d’expatriés, ils rappellent que ce vocable n’est pas utilisé par les Thaïlandais et participe davantage à une stigmatisation d’une partie des touristes français qu’à la description d’une réalité reconnue localement. Dans le langage courant, les habitants du royaume désignent traditionnellement les Occidentaux sous le terme générique de farang, sans distinction d’origine, de nationalité ou de confession. Les autorités thaïlandaises, de leur côté, rappellent régulièrement que l’immense majorité des visiteurs français respecte les lois du royaume et contribue positivement à son économie. Business oblige. L’Hexagone demeure l’un des principaux marchés touristiques européens de la Thaïlande, et les voyageurs français sont généralement appréciés pour la durée de leurs séjours, leur intérêt pour le patrimoine culturel ainsi que leur fréquentation des hôtels, restaurants et sites touristiques.




