Parce qu’il voulait expérimenter l’uniforme scolaire, parce que l’extrême gauche locale avait décidé que c’était une très mauvaise idée et voulait surtout l’embêter sur ses positions anticommunautaristes, le directeur d’école Nicolas Bourez a été qualifié d’antimusulman et d’extrémiste, dans un tract distribué devant son établissement. Il a poursuivi l’auteur des propos devant un tribunal, et nous raconte ici sa déconvenue judiciaire.
Témoignage : Diffamation publique aggravée mettant en danger un directeur dans un quartier prioritaire à Neuilly-sur-Marne : la justice considère que cela n’est pas un problème. On peut donc écrire n’importe quoi et calomnier le directeur d’école juste devant son établissement sans être inquiété ? A bon entendeur…
Après un mois de préparation nous voilà prêts pour l’audience de plaidoirie deux ans après les faits. La date du 18 juin me plaît bien pour le symbole évidemment, mais aussi parce que je suis convaincu que nous devons absolument résister à la volonté sans cesse affichée de nous faire plier pour changer nos modes de vie et voir disparaître nos libertés.
Le tribunal de Bobigny est aussi lugubre à l’intérieur qu’à l’extérieur. Il fait plus de 34°C et le hall du tribunal est clairement en surchauffe. Il y a beaucoup de monde, la salle d’audience est déjà pleine car de nombreux avocats et journalistes sont présents afin d’assister au prononcé du jugement dans l’affaire qui oppose Erik Tegnér à une dizaine d’avocats spécialisés dans le droit des immigrés. La salle comble est trop petite. Dans un premier temps, avec mon témoin, nous ne sommes même pas certains de rester car on nous intime l’ordre de nous asseoir ou de sortir, malgré l’absence de place assise. Le respect de la justice envers les citoyens semble commencer là-bas et s’arrêter ici, juste devant nous.
Inversion accusatoire

Quelques places se libèrent et cette courageuse mère d’élève et moi pouvons nous installer avant le début de l’audience. Il est 13h10 passées et nous ne savons pas à quelle heure ce sera à notre tour car tout le monde est convoqué à la même heure : 13h. La sollicitude ne comprend pas les horaires… Un peu comme à l’hôpital, il s’agit de prendre son mal en patience, le droit en bandoulière, histoire de se rappeler la raison de notre présence, car tout ici nous fait oublier que c’est nous, ou plutôt c’est moi qui suis à l’origine de cette présence : une plainte avec constitution de partie civile pour diffamation publique aggravée pour avoir été qualifié d’antimusulman et d’extrémiste dans un tract distribué juste devant mon école aux parents de mes élèves pour avoir souhaité participer à l’expérimentation de l’uniforme.
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Le verdict du procès d’Erik Tegnér est hallucinant, les avocats présents piaffent avec les journalistes à l’écoute des conclusions du juge et tout ce petit monde bien ouvert sur lui-même sort de la salle une demi-heure après y être entré. Le temps d’invoquer Samuel Paty pour condamner un journaliste qui a fait une enquête très désagréable aux yeux et aux oreilles de l’extrême gauche, ici bien représentée par ce juge. Maître Carine Chaix, mon avocate mandatée par l’association Défense des Serviteurs de la République, va parler de Samuel Paty mais pour les vraies raisons, qui là, seront sûrement moins bien prises en compte. L’inversion semble baigner la salle d’audience et je me dis que la journée s’annonce très longue.
D’autres prononcés de verdicts ont lieu, puis les audiences de fixation du jour. Commencent ensuite les affaires traitées au fond avec plusieurs dossiers sur des sujets liés au harcèlement moral ou de diffamation en ligne sur les réseaux. Une suspension d’audience a lieu quelques minutes, puis une deuxième plus longue interrompt le cours d’une plaidoirie pour une urgence concernant le juge Youssef Badr. Après plusieurs hésitations entre poursuivre la journée ou reporter les dossiers à une date vraisemblablement située du côté des calendes grecques, il est annoncé un report pour les plus gros dossiers et un autre juge pour reprendre une vingtaine de minutes plus tard avec les autres. Il est déjà plus de 17h30, et il reste trois dossiers dont le mien.
A 19 heures passées, nous sommes enfin appelés à descendre devant les juges. J’attends d’avoir la parole en entendant le militant LFI qui est en cause pratiquer ce qu’ils maîtrisent le mieux à l’extrême gauche, l’inversion accusatoire. Je suis critiqué ouvertement pour avoir écrit des textes, notamment ici dans Causeur, pour m’être inscrit dans la défense des valeurs de la République et surtout la laïcité en dénonçant l’entrisme islamique dans les écoles ; bref si je suis affiché en tant qu’antimusulman c’est que je l’ai amplement mérité… Lui n’a fait que formuler une opinion, rien d’autre.
J’ai tendance à me défendre quand je suis attaqué directement, alors je modifie mon intervention par rapport à mes prévisions que j’avais axées sur mon professionnalisme, ma neutralité idéologique dans l’exercice de mes fonctions de directeur et mon investissement important pour mes élèves, sans faire de distinction d’aucune sorte entre eux bien sûr. Je dis ces arguments mais je passe plus vite à l’aspect sécuritaire et aux risques encourus par moi-même et l’école dans son ensemble. J’aborde aussi le préjudice moral et psychoaffectif de devoir quitter mon école pratiquement du jour au lendemain, dans une espèce de réaction contre nature pour tenir mon rôle de directeur jusqu’au bout et assurer la sécurité des élèves et des adultes en m’éloignant de l’école puisque j’étais pris pour cible.
Mon avocate agacée
Puis après deux ou trois questions j’aborde l’aspect politique, inévitable puisque le tribunal actionne « l’entrisme islamique » qui forcément interroge la population d’une seule religion, ce que les juges me reprochent de manière très appuyée. Incroyable inversion : je retiens sur le bout de la langue « Et vous avez un exemple de juif ou de catholique ayant égorgé ou décapité un enseignant ces dernières années », mais j’ai beaucoup de difficultés à conserver mon calme. Je suis assez vite persuadé que le déroulement importe peu, la pièce est déjà écrite et à la fin je perds car je dois perdre. Le méchant est identifié depuis longtemps, pour eux aujourd’hui c’est moi qui tiens ce rôle. Alors je réponds aux dernières questions le plus brièvement possible et j’écoute mon avocate faire sa plaidoirie.
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Maître Chaix, elle aussi est agacée, cela se sent, cela s’entend, mais je trouve que c’est une très bonne chose. Le moment que je pressentais avec le premier juge arrive aussi avec celui-là, à la troisième fois que Carine Chaix prononce le nom de Samuel Paty, il intervient pour lui dire que tout le monde a compris.
Quoi qu’il pense de l’argumentation en rapport avec la décapitation de Samuel Paty pour mon affaire, le respect dû à cet enseignant martyr de la République aurait dû l’inciter à écouter mon avocate jusqu’au bout et à se taire. Qu’il ait le droit de penser ce qu’il veut, il a le devoir d’une part de juger en toute impartialité, et d’autre part de respecter l’homme victime du terrorisme islamiste, duquel j’aurais effectivement pu également être la cible ! Mis en danger et diffamé publiquement comme lui, la référence est évidente et seuls les spécialistes de la mauvaise foi peuvent l’ignorer et dormir tranquille. Les autres savent très bien que ce genre de propos, qualifier nominativement d’« extrémiste et antimusulman » le directeur de l’école, est une réelle mise en danger potentiellement dramatique. Mais la politique est plus forte que les sentiments, c’est bien connu, et la justice n’a pas de sentiment à faire…
Nous voilà deux semaines plus tard, le vendredi 3 juillet pour le prononcé du jugement. Là, comble de l’irrespect et marque du peu de cas que ce tribunal a fait de mon dossier depuis le début, ils avaient oublié de l’ajouter à la liste des délibérés de l’audience du jour. Après avoir insisté, ils finissent par me confirmer qu’effectivement ce prononcé aura bien lieu… Expédié en deux minutes montre en main, en tout début d’audience : « Dire et écrire qu’un directeur est extrémiste et antimusulman n’est pas diffamatoire. La diffamation publique n’est pas caractérisée car elle n’est pas imputable à un fait précis. » Comme je restais debout devant le tribunal en attendant la suite, la juge qui lisait le prononcé me dit fermement : « Vous pouvez disposer ! » oubliant au passage de me rappeler mon droit de faire appel… Circulez, il n’y a rien à voir !
Ainsi, un directeur peut être traité comme je l’ai été, sali, diffamé et mis en danger pour un engagement dans un projet ministériel encouragé par le président de la République, sans que cela ne pose de problème à notre justice… Il est urgent de se réveiller car ces affaires se multiplient et finissent par exposer clairement que la justice politique de l’extrême gauche devient l’instrument de cet entrisme islamique de plus en plus présent dans notre société, jusque dans nos institutions et notamment dans notre école qui devrait par nature en être le lieu le plus préservé !
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